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Selon une analyse d'Oxfam, les ultrariches continuent de s'enrichir à grande vitesse

durée 19h01
30 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Même s’il est déjà bien connu et documenté que l’écart entre riches et pauvres est en croissance, une nouvelle analyse d’Oxfam vient ajouter des données qui ont de quoi choquer, alors qu’on y apprend que la rémunération des PDG a augmenté 20 fois plus vite que celle des travailleurs l’an dernier.

Oxfam, en collaboration avec la Confédération syndicale internationale (CSI), s’est penché sur les 1500 entreprises les plus rémunératrices de 33 pays ayant déclaré la rémunération de leur PDG pour 2025. La conclusion est sans appel: la rémunération réelle des PDG a augmenté de 11 % l’an dernier, comparativement à 0,5 % – un demi de 1 pour cent – pour les travailleurs.

Les femmes encore loin derrière

Par ailleurs, la lutte pour l’équité salariale entre hommes et femmes a encore beaucoup de chemin à faire, alors que l’analyse montre un écart salarial moyen de 16 % entre les hommes et les femmes au sein des 1500 entreprises analysées. «Concrètement, cela signifie que les femmes travaillent gratuitement à partir du 4 novembre chaque année», note-t-on dans le rapport.

Sur une base territoriale, au Canada, la rémunération des PDG a augmenté de 7,0 % de 2024 à 2025, ce qui est significativement inférieur à la moyenne mondiale, mais le salaire moyen des travailleurs, en contrepartie, a reculé de 0,9 % durant la même période.

Le document produit par Oxfam note qu’«en moyenne, les patrons ont empoché 8,4 millions de dollars (US) en salaires et primes en 2025, comparativement à 7,6 millions en 2024. Il faudrait 490 ans à une personne salariée pour gagner la même somme.»

Quatre entreprises américaines ont déclaré avoir versé plus de 100 millions $ à leur PDG en 2025 et les dix dirigeants les mieux rémunérés ont, à eux seuls, encaissé plus d’un milliard de dollars l’an dernier.

Une progression inverse

Cette tendance s’aggrave depuis longtemps, alors que dirigeants et actionnaires sont toujours plus gourmands au fil des ans. Ainsi, depuis 2019, les salaires réels en dollars constants des travailleurs à travers le monde ont chuté en moyenne de 12 %. En parallèle, la rémunération moyenne des PDG est passée de 5,5 millions $ US en 2019 à 8,4 millions $ US en 2025, une hausse de 54 % en termes réels.

L’analyse d’Oxfam et de la CSI révèle aussi que les personnes ultrariches continuent de recevoir des versements massifs des entreprises qu’elles contrôlent. En 2025, près de 1000 milliardaires dont les portefeuilles d’investissement ont été identifiés ont touché 79 milliards $ US en dividendes, soit l’équivalent de 2500 $ US par seconde. En moyenne, un milliardaire a encaissé en moins de deux heures davantage en dividendes qu’une personne salariée ne gagne en une année complète de travail.

Pour bien comprendre comment les milliardaires s’enrichissent, on explique qu’ils accumulent leur argent principalement de trois façons: la rémunération des PDG de grandes entreprises; le versement de dividendes par les compagnies dont ils sont actionnaires; et les gains en capital provenant de leurs investissements. La rémunération tend à ne représenter qu’une fraction de la rémunération totale, alors que les dividendes sont beaucoup plus importants, mais le mécanisme le plus important de leur richesse se situe du côté de l’augmentation constante de la valeur de leurs actions.

Hausse de 126 000 $ US par seconde

Les 3428 milliardaires recensés par Oxfam – dont 86 % sont des hommes – dominent l’économie mondiale à tel point que leur richesse collective équivaut à 17 % du PIB de la planète. Les chiffres ont de quoi donner le tournis: la richesse totale des milliardaires a augmenté de 126 000 $ US par seconde en 2025; les entreprises ont versé 79 milliards $ US en dividendes aux milliardaires en 2025; en moyenne, les milliardaires récoltent davantage de leurs dividendes en moins de deux heures que le salarié moyen gagnera sur l’année complète.

Dans le communiqué accompagnant le rapport, le directeur général d’Oxfam International, Amitabh Behar, estime que «nous ne pouvons pas continuer à laisser une poignée de personnes extrêmement riches accaparer les fruits du travail qui reviennent à des millions de personnes. Les gouvernements doivent plafonner la rémunération des PDG, taxer de façon plus juste les ultrariches et veiller à ce que le salaire minimum suive au moins le rythme de l’inflation et garantisse une vie digne».

«Ces mesures peuvent faire bien plus que redistribuer les revenus, poursuit-il. Elles peuvent créer des économies qui récompensent le travail, investissent dans les communautés et demandent des comptes aux puissants. C’est ainsi que nous transformerons un système truqué au profit d’une poignée de personnes en un système qui fonctionne pour tout le monde.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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