Plus de 220 000 utilisateurs pour la première année de la plateforme MUSIQC

Temps de lecture :
4 minutes
Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La plateforme MUSIQC, dédiée principalement à la musique francophone du Québec et d'ailleurs, a attiré des dizaines de milliers d'utilisateurs depuis son lancement il y a bientôt un an. Un engouement qui prouve que le public veut consommer du contenu en français, estime l'instigatrice de cet espace numérique.
La Société professionnelle des auteurs, compositeurs du Québec et des artistes entrepreneurs (SPACQ-AE) dévoile des statistiques sur la fréquentation et le contenu de MUSIQC pour souligner son premier anniversaire.
En presque 12 mois, la plateforme a compté près de 225 000 utilisateurs, dont 65 % ont consulté de manière récurrente la page. Elle a également dénombré 540 000 visites sur environ un an.
«On était très heureux de voir à quel point il y a eu un engouement très rapide très tôt. C'est un taux d'adoption vraiment fantastique. On ne s'attendait pas à ça», dit la directrice générale de la SPACQ-AE, Ariane Charbonneau, en entrevue.
L'application québécoise, dont l'accès est gratuit, ne vise pas à contourner les grands joueurs d'écoute de musique en ligne, tels que Spotify et YouTube Music. Elle repose en fait sur leur contenu. MUSIQC cherche à agir comme une vitrine de magasin, illustre Mme Charbonneau.
«C'est comme un magasin où on met en vitrine les produits qui, contrairement, se seraient retrouvés à l'arrière-boutique à côté des toilettes jamais vues», affirme-t-elle.
Sur les plateformes d'écoute en continu, la musique québécoise a du mal à s'imposer face aux contenus majoritairement anglophones.
Mme Charbonneau rappelle les chiffres de l’Observatoire de la culture et des communications: sur les 10 000 chansons les plus écoutées du Québec de 2023, près de 5 % étaient de la musique québécoise de langue française.
«Il y a clairement un problème» quand on prend en considération que la population canadienne compte autour de 22 % de francophones, mentionne Mme Charbonneau. Elle indique que l'enjeu ne se limite pas seulement aux algorithmes, mais aussi à la mise en valeur «qui n'est pas au rendez-vous».
Sur MUSIQC, en quelques clics, le public a accès à une vaste sélection de contenus francophones, et ce, sans avoir à créer un compte. Une fois que l'utilisateur a choisi sa liste de lecture, il peut lancer l'écoute et sera transféré sur la plateforme préalablement sélectionnée.
MUSIQC offre aussi maintenant l'écoute intégrée permettant de rester sur la plateforme sans basculer vers une autre page. Les services accessibles à partir de MUSIQC sont Apple, Deezer, Qobuz, Amazon, Spotify, YouTube et Tidal.
Un contexte favorable au local
Selon Mme Charbonneau, MUSIQC «s'est inséré dans un contexte politique important».
«Je pense qu'avec nos chers voisins du Sud, les Québécois, les francophones, les Canadiens en général, veulent consommer des produits locaux, des produits d'ici. Puis, cette volonté s'étend aussi à la musique», soutient-elle.
Les chiffres sur la fréquentation montrent aussi «qu'il y a une demande pour écouter nos contenus, que ce soit chez nous comme à l'international», fait valoir Mme Charbonneau.
Les utilisateurs proviennent principalement du Québec et du Canada, mais aussi, dans une plus petite proportion, des États-Unis, de la France, l'Allemagne et de la Belgique, évoque la DG de la SPACQ-AE.
«Je pense qu'il faut arrêter de parler de découvrabilité. Il faut agir. Il faut encourager des initiatives de promotion collective. (...) Il n'y a rien de plus triste pour un artiste que de créer de la musique que personne n'écoute et que ça termine dans un fond de tiroir», lance Mme Charbonneau.
Pour le moment, difficile de savoir quel effet a eu MUSIQC sur les milliers d'artistes que regroupe la plateforme.
Mais depuis la mise en place du projet, certains d'entre eux ont dit avoir vu «une stimulation des écoutes sur leurs plateformes» ou «avoir vu la différence», relate Mme Charbonneau.
La SPACQ-AE souhaite approfondir cette année cet aspect en interrogeant un échantillon d'artistes sur l'évolution de leurs écoutes avant et après le lancement de la plateforme.
MUSIQC inclut aussi de la musique d'artistes autochtones, en créole ainsi qu'instrumentale.
Revenus et développement à l'international
Pour la suite, la SPACQ-AE désire également diversifier les revenus et compter sur des partenaires financiers sur du plus long terme afin d'assurer le développement de MUSIQC au cours des prochaines années.
Le projet compte actuellement sur le soutien de fonds fédéraux et québécois, mais qui sont non récurrents, indique Mme Charbonneau.
La SPACQ-AE veut aussi poursuivre le développement de la plateforme à l'international. Elle a lancé l'automne dernier MUSIQC.FR en France.
Selon Mme Charbonneau, le modèle d'affaires «a un très, très, très fort potentiel d'exportation». «L'idée, c'est vraiment de créer des ponts avec d'autres scènes francophones et renforcer justement la circulation des oeuvres, qui va au-delà des frontières», explique-t-elle.
En plus de la France, des discussions ont été amorcées avec des partenaires en Belgique et en Afrique, précise la SPACQ-AE.
Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne