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«Phénomène social»: la mode s'engage politiquement au Stampede de Calgary

durée 12h54
12 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

CALGARY — Le Stampede de Calgary est bien plus qu'un rodéo. C'est un véritable défilé de mode western où les politiciens arborent fièrement leurs tenues chaque année.

Des politiciens de tous bords assistent à cette exposition-rodéo annuelle, considérée comme une célébration de la culture western.

Les chapeaux de cowboy, les boucles de ceinture, les jeans et les bottes que portent les dirigeants témoignent du lien étroit entre politique et style vestimentaire, selon les experts de la mode.

«Le Stampede, c'est avant tout une performance. Ce n'est pas juste une question de tenue du dimanche. C'est autre chose, explique Paul Hardy, un créateur canadien. Tout Albertain digne de ce nom possède une petite collection de vêtements western dans sa garde-robe, et les gens les arborent fièrement. Cela fait partie intégrante de la culture locale. C'est un phénomène social qui continue de me surprendre.»

Le site internet du Stampede encourage le port de vêtements western.

Les politiciens respectent le code vestimentaire

Le premier ministre Mark Carney, le chef de l'opposition fédérale Pierre Poilievre, le premier ministre de l'Ontario Doug Ford et, bien sûr, la première ministre de l'Alberta Danielle Smith ont tous été aperçus en tenue western lors de l'événement cette année.

Leurs tenues montrent que la politique ne se résume pas à des programmes, a déclaré Anne Bissonnette, historienne du costume et professeure à l'Université de l'Alberta.

«Les politiciens et autres personnalités comprennent qu'à travers leurs vêtements, ils contribuent au récit qu'ils tissent pour leur public. Il s'agit donc d'un travail sur leur image», a-t-elle expliqué.

M. Poilievre, par exemple, a fait parler de lui le week-end dernier pour une chemise blanche brodée qu'il portait avec un chapeau de cowboy blanc assorti lors d'un discours critiquant les politiques du gouvernement libéral.

«Nous allons réinstaurer une culture guerrière, et non une culture woke», a dit le chef conservateur vers la fin de son discours.

La chemise, d'une brillance excessive, a été la cible de moqueries en ligne et a donné lieu à de nombreux mèmes.

M. Hardy a comparé la tenue de M. Poilievre à celle d'une poupée Ken.

«La principale polémique résidait dans le fait que le message de son discours semblait quelque peu contradictoire avec son esthétique personnelle pour ce forum», a observé M. Hardy.

Cependant, cela montrait que M. Poilievre s'immergeait véritablement dans la culture western, a-t-il ajouté.

«Il faut se demander ce qui lui a pris de faire ce choix. Peut-être que ses enfants l'aimaient bien. Il a assurément fait un choix vestimentaire audacieux, et cela a fait réagir», a dit M. Hardy.

D'autres critiques

Il y a une dizaine d'années, l'ancienne première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, a été moquée pour avoir porté son chapeau de cowboy à l'envers au Stampede.

Selon Mme Bissonnette, les politiciens portent des vêtements traditionnels pour témoigner de leur respect et de leur compréhension. Ils souhaitent aussi paraître plus accessibles et proches du peuple.

Mais cela peut mal tourner. En 2018, l'ancien premier ministre Justin Trudeau a été critiqué pour avoir exagéré avec les tenues qu'il portait, ainsi que sa famille, lors d'un voyage en Inde.

«Les politiciens veulent être perçus comme faisant partie de la culture, mais ce n'est pas la leur, a déclaré Mme Bissonnette. Ils doivent réfléchir au message qu'ils veulent transmettre. Comment pourrait-il être compris ou mal compris? Ils doivent observer leur public. Ils doivent savoir pourquoi ils sont là, a-t-elle ajouté. C'est un mode de communication très visuel, et ceux qui le comprennent sauront en tirer parti.»

Mme Smith, qui a porté toutes sortes de tenues, des robes à fleurs aux ensembles denim sur denim, est un parfait exemple de quelqu'un qui comprend le Stampede et, par conséquent, les Albertains, a souligné Mme Bissonette.

De leur côté, M. Carney et M. Ford n'ont pas beaucoup dévié de leur style vestimentaire habituel, se contentant d'ajouter un chapeau de cowboy ou une boucle de ceinture lors du Stampede.

Mme Bissonette a indiqué que certains pourraient interpréter cela comme un manque d'intérêt pour la culture western.

M. Carney, connu pour son allure de banquier tiré à quatre épingles, s'est détendu lors de son premier Stampede en tant que premier ministre l'an dernier, avec un jean et un chapeau. Il ne portait ni bottes ni boucle de ceinture, mais des chaussures marron et une ceinture fine.

Cette année, il a légèrement amélioré son style avec une boucle de ceinture, mais toujours pas de bottes. Il portait plutôt des baskets bleues et blanches.

«Même s'ils ne voulaient pas se conformer aux attentes et se fondre dans la masse, ils se démarqueraient en ne rendant pas hommage, d'une manière ou d'une autre, à ce type d'événement», a conclu Mme Bissonette.

Les politiciens semblent prendre plaisir à se mettre sur leur trente-et-un pour le Stampede, a ajouté M. Hardy, et la mode joue un rôle plus important dans leur fonction qu'on ne le pense.

«Ils tiennent vraiment à interagir avec le public, a-t-il déclaré. Nous vivons dans une société visuelle et, qu'on le veuille ou non, nous sommes naturellement attirés par certains types d'esthétique.»

La Presse Canadienne

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