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Pessamit: les opposants à l'entente sont soulagés pendant que Québec garde espoir

durée 18h26
13 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

«Aujourd'hui, on est quand même soulagés, parce que les gens étaient vraiment inquiets au point où ils dormaient mal. Maintenant, que cette chose-là soit derrière nous, on va pouvoir mieux dormir durant les nuits.»

Sylvestre Desterres, membre de la communauté de Pessamit sur la Côte-Nord, a ainsi salué le résultat du référendum, dimanche, où l’entente conclue entre le conseil de bande et Hydro-Québec ainsi que le gouvernement caquiste a été rejetée par près des deux tiers (63 %) des membres de la communauté qui se sont prononcés. Le taux de participation s’est élevé à 37 %.

Cette entente devait régler une fois pour toutes les débats juridiques qui traînent depuis plusieurs années et permettre le développement de nouveaux projets énergétiques. L'entente prévoyait le paiement de 2,535 milliards $ sur 50 ans en guise de compensation pour les projets passés du territoire qui compte 13 barrages et 16 centrales hydroélectriques ainsi que pour les projets à venir, en plus d’autres sommes à déterminer pour l’installation de lignes de transport et le développement éolien à venir.

Des concessions importantes

Cependant, le document fort complexe de 42 pages prévoyait aussi empêcher la communauté de faire appel aux tribunaux pour contester les projets énergétiques à venir et ouvrait son territoire aux projets de la société d’État.

«Il y a certaines clauses (dans l’entente) qui disent que notre conseil des Innus de Pessamit s'engageait à collaborer et à défendre l'intérêt de l'entente et à collaborer évidemment avec le gouvernement du Québec ainsi que Hydro-Québec, dénonce M. Desterres. Il était aussi mentionné qu'Hydro-Québec ou le gouvernement du Québec pouvait arrêter les versements s’ils (les Innus de Pessamit) ne respectaient pas les clauses de l'entente.»

Consultation trop rapide

Ha’dishrayen Gros-Louis, un Wendat-Innu dont le père vient de Pessamit, s’est dit de son côté «très heureux, vraiment très heureux, très fier aussi», de ce dénouement. Comme plusieurs autres, il estime que la communauté n’a jamais pu véritablement comprendre les tenants et aboutissants de l’entente, qui a été présentée à la communauté dix jours avant le référendum. «Dix jours, ce n'est pas assez, particulièrement lorsque les conditions socio-économiques – on le sait très bien dans les communautés – sont très défavorisées. Les gens n'ont pas nécessairement l'éducation et tout ce qui vient avec pour pouvoir se faire une idée en dix jours.»

Sylvestre Desterres abonde dans le même sens. «Ç’a fait mal beaucoup, notamment dans la communauté innue, de ne pas avoir été suffisamment consultés. Nous avons été invités à participer à des rencontres qui s'étalaient probablement sur une semaine, peut-être plus que ça, mais ce n'était pas suffisant pour discuter de nos droits fondamentaux. Même chose au niveau de notre titre ancestral. On a présenté cette entente-là, comme s'il fallait embarquer dans ce train à très grande vitesse.»

Traumatismes sur le territoire

«Ce n'est pas juste une question d'argent, c'est vraiment une question de traumatismes, entre autres parce qu'ici on parle d'inondation de sépultures réalisée par Hydro-Québec depuis les années 50», signale-t-il.

Parlant d’Hydro-Québec et de traumatismes, Ha’dishrayen Gros-Louis rappelle que «quand ils font ça sur le territoire de notre nation innue, ce n'est pas pour nous, c'est pour eux. Les gens de la communauté le savent très bien et ils veulent garder le territoire parce qu’ils ont gardé des gros traumatismes d'Hydro-Québec. Voir leur territoire enseveli sous l'eau, c'est très dramatique».

De nombreux reproches ont été faits à l’endroit du conseil de bande, qui a participé à l’élaboration de l’entente, notamment pour avoir agi sans transparence avant d’arriver avec ce document, un grief que reprend M. Desterres. «On a encore du chemin à faire au niveau de la confiance politique. Bien que tout le monde se connaisse très bien dans la communauté, je pense qu’Il faut reconstruire cette confiance qui s’est éteinte au fil des années, justement parce qu'il y avait très peu de communication qui était véhiculée par le conseil de bande.»

M. Gros-Louis, lui, est catégorique: «Il n'y a plus une seule personne qui a confiance dans le conseil. Ça en dit vraiment beaucoup.»

Stoïcisme et espoir

De l’autre côté du document, la première ministre Christine Fréchette a accepté le résultat avec stoïcisme et un certain espoir. «Ce résultat montre qu’il reste du travail à faire. Le gouvernement du Québec demeure convaincu qu’il est possible de conclure une entente bénéfique, tant pour la communauté de Pessamit que pour l’ensemble des Québécois», a-t-elle d’abord écrit sur ses réseaux sociaux. En conférence de presse à Gatineau pour une annonce dans le domaine de l’éducation et de la santé, elle a déclaré que «le dialogue va se poursuivre entre Hydro-Québec et la communauté. Donc voilà, on va échanger avec eux pour voir à trouver une voie de partenariat pour la suite des choses.»

Le ministre de l’Économie et de l’Énergie, Bernard Drainvielle, qui prenait part à une annonce en matière de formation aéronautique à Mirabel, a tenu le même genre de propos tournés vers l’avenir. «On reste convaincus qu'il est possible d'en arriver éventuellement à une entente qui va être gagnante-gagnante, mais visiblement il reste encore un petit peu de travail à faire pour y arriver. Mais chose certaine, l'esprit de collaboration qu'incarnait cette entente-là, cet esprit de collaboration il demeure. Et on va continuer à travailler avec la communauté de Pessamit, mais aussi avec les autres communautés autochtones pour favoriser le développement énergétique du Québec.»

Dans le même esprit, c’est par voie de communiqué que le principal intéressé, Hydro-Québec, a dit prendre acte et respecter la décision démocratique des Innus, ajoutant que «la décision appartient à la communauté et nous respecterons les prochaines étapes qu'elle choisira de suivre. Hydro-Québec demeure ouverte au dialogue et poursuivra ses échanges avec les représentants de la communauté.»

Laissez les Innus et le Nitassinan tranquilles

Stoïcisme, optimisme ou résignation, les Innus qui se sont opposés à l’entente ne le voient pas du même œil. «Je crois qu'ils vont devoir finir par comprendre qu’assez c'est assez. Les gens ont dit non. Il y a d'autres possibilités de développer l'énergie du Québec sans briser les territoires des Innus. Je crois qu’on doit vraiment laisser les Innus de Pessamit tranquille, le Nitassinan (le territoire global de la nation innue sur la Côte-Nord et au Labrador) tranquille. J’ai vu les gens qui parlaient du nucléaire, il y a la géothermie, il y a le solaire. Il y a toutes sortes de façons de développer l'énergie sans pour autant briser les territoires», avertit Ha’dishrayen Gros-Louis.

«Je pense qu'on peut parler même de nationalisme québécois qui vient sur le dos du nationalisme innu ou des nations autochtones, poursuit-il. C'est à ça qu'on revient quand il y a des gens qui disent que les Innus font partie du territoire du Québec. Non, il faut arrêter de dire ça, parce que de dire ça, ça nous enlève notre droit d'avoir notre territoire, au même titre que le Québec prétend avoir son territoire. Donc, non. On a le nôtre», dit-il en déplorant le racisme derrière les trop nombreux commentaires attaquant les communautés autochtones et leur reprochant de ne pas s’intégrer au Québec.

Sylvestre Desterres est cependant moins tranchant: «Il n'est pas question de bloquer l'économie du Québec. C'est une question de respect mutuel. Ce n'est pas le but de Pessamit en tout cas d'arrêter des projets de développement. Ce sont des retombées, mais qu'est-ce qu'on va gagner nous autres dans ces projets futurs? Parce qu'il s'agit quand même ici du territoire ancestral.»


- Avec les informations de Marieke Glorieux-Strychman

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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