Ozempic et d'autres GLP-1 pourraient affecter le secteur de la restauration rapide

Temps de lecture :
5 minutes
Par La Presse Canadienne, 2025
Si vous vous rendez dans une chaîne de restauration rapide au cours des prochaines années, attendez-vous à ce que le menu soit un peu moins copieux.
Entre les options habituelles, les observateurs du secteur prévoient davantage d'offres en portions plus petites, riches en nutriments, tels que les protéines ou les fibres, et suffisamment équilibrées pour être considérées comme saines.
Ces changements ne reflètent pas seulement notre goût croissant pour les collations ou notre quête permanente de réduction de nos factures — et de notre tour de taille. Ils s'expliquent également par le fait que de plus en plus de personnes ont un appétit réduit sous l'effet de médicaments injectables, comme Ozempic, Wegovy et Mounjaro.
Ces agonistes du récepteur du peptide-1 de type glucagon, ou GLP-1, étaient principalement utilisés pour traiter le diabète jusqu'à ce que le grand public se rende compte qu'ils ralentissent la vidange gastrique, ce qui permet aux gens de se sentir rassasiés plus longtemps.
Ipsos estime que 1,4 million de Canadiens prennent des GLP-1 et que ce nombre triplera d'ici 2030, car beaucoup de gens se tourneront vers une forme de comprimés que le groupe pharmaceutique Eli Lilly a promis de commercialiser prochainement.
Ce produit pourrait poser des problèmes aux chaînes de restauration rapide, qui doivent déjà faire face à des clients plus soucieux des prix et de leur santé qui ne prennent pas ces médicaments.
«En dollars absolus, les restaurants vont en ressentir les effets», affirme Leigh O'Donnell, responsable des études sur les consommateurs chez Kantar, une société d'études de marché.
Depuis qu'ils ont commencé à prendre des GLP-1, 42 % des 500 Canadiens interrogés par Kantar en décembre 2024 ont déclaré avoir commencé à faire des choix plus sains, 34 % ont dit que ces médicaments les avaient amenés à manger moins souvent et 30 % ont indiqué qu'ils avaient tendance à consommer de plus petites quantités.
Ces résultats vont à l'encontre d'une industrie qui a augmenté ses profits en conditionnant les clients à croire que plus c'est gros, mieux c'est. Pendant des années, les gens n'ont pas hésité à prendre une portion supplémentaire de frites pour moins d'un dollar ou à opter pour un hamburger avec une boulette supplémentaire.
Bien sûr, les adeptes des derniers régimes à la mode grimaçaient devant les calories et, lorsque les prix augmentaient, beaucoup détestaient le coût, mais, pour d'autres, une seule bouchée de tout ce qui était baigné dans l'huile de friture ou bourré de sucre suffisait à les convaincre d'ouvrir leur portefeuille.
Les GLP-1 pourraient mettre ces habitudes en péril. Et ce n'est pas seulement la faim qu’ils font disparaître. Ils amènent également les gens à repenser leur façon de s'alimenter.
L'étude de Kantar montre que 31 % des Canadiens interrogés ont déclaré que leurs goûts alimentaires avaient changé depuis qu'ils prenaient ce médicament. Aux États-Unis, un nombre important de personnes prenant des GLP-1 renoncent aux aliments transformés ou optent pour des produits moins riches en sucre ou plus riches en fruits et légumes.
«Tout à coup, ils deviennent plus attentifs, alors au lieu de sortir manger des hamburgers et des frites une fois par semaine, ils peuvent remplacer cela par autre chose, peut-être un sandwich au poulet grillé au lieu d'un hamburger, et peut-être une salade au lieu des frites en accompagnement», explique Jordan LeBel, professeur en marketing alimentaire à l'Université Concordia.
C'est le scénario idéal pour les restaurants, mais tout le monde ne remplacera pas un produit coûteux par un autre. Certains refuseront d'augmenter la taille de leur commande, de la transformer en menu ou d'y ajouter un supplément. D'autres renonceront tout simplement à s'arrêter dans les chaînes de restauration rapide.
Il pourrait en résulter une baisse des dépenses dans ce secteur, comme ce qui se produit déjà au sud de la frontière, où les GLP-1 ont connu un succès encore plus rapide.
Beaucoup d'argent en jeu
Un article publié en décembre 2024 par le Cornell SC Johnson College of Business faisait état d'une baisse de 8 % des dépenses dans les chaînes de restauration rapide, les cafés et les restaurants à service limité, tels que les comptoirs de vente à emporter, au cours de la première année de prise de GLP-1.
«Cela ne semble pas énorme, mais cela représente des centaines de millions de dollars», souligne M. LeBel.
Seulement pour McDonald's, le cabinet d'analyse financière Redburn Atlantic prédit une baisse de 28 millions de clients en raison des GLP-1, ce qui se traduirait par une perte de revenus de 482 millions $ US par an, soit environ 674,2 millions $ CAN.
Bien qu'il soit difficile de déterminer si ce sont les GLP-1 ou d'autres habitudes alimentaires qui ont été le déclencheur, les restaurants traditionnels au Canada se tournent davantage vers les légumes, tandis que les géants de la restauration rapide comme Starbucks et Tim Hortons consacrent une part croissante de leurs menus aux collations et aux boissons protéinées, qui contiennent les nutriments dont les utilisateurs de GLP-1 ont besoin.
Le président de Tim Hortons, Axel Schwan, a déclaré à La Presse Canadienne à la fin octobre que les GLP-1 n'avaient pas d'impact sur les activités de la populaire chaîne de café.
Sans citer de noms, Mme O'Donnell affirme que la plupart des entreprises ont «la tête dans le sable» en ce qui concerne les GLP-1, car elles sont trop préoccupées par d'autres tendances en matière de santé, par les problèmes de main-d'œuvre et par la hausse du coût des aliments.
«C'est juste un coup de plus», souligne-t-elle.
Elle maintient toutefois que «tout espoir n'est pas perdu» pour elles, car la plupart de la population ne prend pas de GLP-1 et tous ceux qui les essaient ne continueront pas nécessairement à les prendre.
De plus, même ceux qui décident de les prendre à long terme auront envie de se faire plaisir de temps en temps.
«Les gens ne se comportent pas comme des moines. Ils ne se disent pas: "Je ne mangerai que du carton et je ne boirai que de l'eau pour le reste de ma vie". Les gens ne prennent pas une portion de frites tous les jours, mais il leur arrive de se faire plaisir», indique-t-elle.
Entreprise dans cette dépêche: (TSX:QSR)
Tara Deschamps, La Presse Canadienne