Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

Oser prendre les devants: une skipper de 17 ans espère inspirer les femmes

durée 10h00
26 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une navigatrice québécoise de 17 ans sera la plus jeune skipper et l'une des rares femmes capitaines à prendre le départ d'une nouvelle course au large à la voile. Et elle compte bien prouver que les femmes ont toute leur place dans cette discipline.

Jasmine Pernot ne cachait pas son excitation ni la petite pression qu'elle vit à quelques jours d'embarquer sur son voilier.

«Cette course-là, tout le monde l'attend, parce que c'est un format de course qu'on n'a pas encore au Québec», a-t-elle expliqué cette semaine, juste avant une séance d'entraînement au club de voile de Deux-Montagnes.

Elle sera sur la ligne de départ à Tadoussac, le 6 août prochain, lors de la première édition de la St-Laurent 400, une course au large qui doit se terminer aux Îles de la Madeleine, avec une escale à Rivière-au-Renard, en Gaspésie.

«C'est quand même une grande course, 400 milles nautiques, ce n'est pas rien», a souligné la jeune navigatrice.

«Souvent, on est habitué de faire une journée sur l'eau, puis on revient à la marina le soir. (...) Mais là, on va passer plus de 24 heures d'affilée sur l'eau en course», a-t-elle raconté.

Rien ne prédestinait la jeune femme originaire de Thurso, en Outaouais, à se lancer dans la voile.

C'est plutôt sur un coup de tête qu'elle a découvert cet univers, en s'inscrivant au programme Femina Jeunesse, qui forme chaque année gratuitement des filles de 15 à 17 ans à la voile.

«Mes parents ont appris après ça qu'ils devaient m'amener quatre week-ends d'affilée à Québec pour faire de la voile, a-t-elle confié en riant. Ils n'étaient pas très contents sur le coup, mais quand ils voient ce que j'arrive à faire maintenant, ça en valait la peine.»

Sans ce programme, elle n'aurait peut-être jamais mis les pieds dans une école de voile, a-t-elle avoué.

«C'est quelque chose que tu regardes les autres faire, mais avoir le courage d'aller le faire soi-même quand tu n'as pas été élevée là-dedans, je pense que c'est autre chose», croit-elle.

À la tête d'un équipage

Jasmine a eu ses premiers contacts dans le milieu à l'école de voile où a eu lieu sa formation. C'est là qu'elle croise le chemin de son mentor, Daniel Bérubé, qui l'a prise sous son aile.

«J'ai eu l'idée folle de faire cette course-là. C'était juste une idée folle, puis c'est lui qui a rendu ça possible», a-t-elle mentionné.

Lors de la St-Laurent 400, il sera son second et tacticien. Son rôle sera de la conseiller sur les meilleurs courants ou encore la trajectoire du vent. Et il sera le seul homme à bord.

En effet, sur son équipage formé de sept personnes, la skipper sera entourée de la conjointe de M. Bérubé, mais aussi d'une amie rencontrée aux Bermudes, d'une jeune femme qui était dans sa cohorte au programme Femina, de sa meilleure amie, et d'une femme contre qui elle a souvent navigué.

«On m'a félicitée d'avoir beaucoup de femmes dans mon équipage», a indiqué celle qui sera une des trois femmes skippers à prendre le départ de la course.

Briser les stéréotypes

Si c'est la première fois qu'elle sera skipper, la jeune femme a déjà vogué sur de nombreuses mers, notamment dans les Caraïbes.

Et c'est lors de ces périples qu'elle s'est rendu compte que les stéréotypes ont parfois la vie dure.

«J'ai rencontré des gens à la voile, et ce n'est malheureusement pas rare que les hommes font de la voile et les femmes vont être juste là pour faire à manger et prendre des photos», a-t-elle illustré.

«Je trouve que, quand ça convient aux deux, c'est le fun, mais j'ai souvent vu des femmes qui se sentaient prises là-dedans, qui voulaient en apprendre et en savoir autant que leur chum», a avancé Jasmine Pernot.

Elle a également noté qu'il n'est pas rare en course que la femme soit équipière et l'homme skipper.

«Je connais beaucoup (de femmes) qui n'osent pas prendre les devants. Donc, je veux montrer qu'on est toutes capables. Ce n'est pas notre sexe qui va nous empêcher de faire ça», a-t-elle soutenu.

La navigatrice a d'ailleurs rappelé que la voile est l'un des rares sports aux Jeux olympiques où les hommes et les femmes peuvent s'affronter dans des épreuves mixtes.

Elle a aussi constaté un changement de mentalité dans la discipline, qui vient avec de nouveaux modèles pour les femmes en navigation.

La jeune femme a ainsi cité Justine Mettraux, qui a été la femme la plus rapide du Vendée Globe lors de l'édition 2024-2025 de ce tour du monde sans escale et sans assistance, ou encore Violette Dorange, qui était la plus jeune à avoir fini cette course.

Après la St-Laurent 400, Jasmine Pernot commencera à la rentrée une technique à l'Institut maritime du Québec. Mais la voile ne sera pas bien loin, puisqu'elle a comme prochain objectif la Caribbean 600.

«Je trouve que (la voile) est une expérience qui rend les gens humbles. Tu te rends compte que tu n'es rien. (...) Tu es une bouteille jetée à la mer», a-t-elle philosophé.

Audrey Sanikopoulos, La Presse Canadienne

app-store-badge google-play-badge