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Non, le sexe ne nuit pas à la performance sportive, selon une étude

durée 09h03
20 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — L'activité sexuelle ne semble pas interférer avec la performance athlétique et pourrait même l'améliorer modestement, conclut une étude espagnole qui vient déboulonner un mythe bien ancré.

Un bémol s'impose toutefois d'emblée (et on s'en excuse): l'étude a porté sur l'impact d'une seule séance de masturbation sur la performance sportive d'athlètes masculins bien entraînés trente minutes avant leur activité physique.

On est donc loin de la réalité d'un athlète du dimanche qui sortirait jogger après une nuit d'amour.

«Quand on parle d'acte sexuel... Avec quel partenaire? Connu ou pas connu? Dans quelles circonstances? Combien de temps avant la compétition? Quelle durée? À quelle intensité? À quel moment du rythme circadien?», a commenté le docteur Mathieu Boudier Reveret, qui est physiatre au Centre hospitalier de l'Université de Montréal.

«C'est là où on introduit plein de variables qui vont faire que c'est très difficile à étudier de manière standardisée.»

Le mythe de l'acte sexuel qui nuit à la performance sportive s'est probablement développé sur la possibilité qu'il puisse nuire au sommeil ou à l'état mental, ce qui aurait bien évidemment un impact négatif sur les résultats athlétiques, «mais ce n'est pas nécessairement ce que les études nous démontraient», a dit le docteur Boudier Reveret, qui rappelle que l'on dispose d'évidences scientifiques en ce sens depuis au moins vingt-cinq ans.

Cela étant dit, les chercheurs espagnols y vont de révélations intéressantes et intrigantes.

Dans un premier temps, ils ont constaté que l'activité sexuelle post-orgasmique a entraîné de légères augmentations transitoires de la fréquence cardiaque, du taux de testostérone et du taux de cortisol, sans nuire aux performances athlétiques.

De plus, les chercheurs ont découvert que la séance de masturbation était associée à des améliorations modestes en termes de durée de l'exercice et – ça ne s'invente pas – de force moyenne de préhension par rapport à l'abstinence.

Aucune modification significative n'a été observée sur le plan de l'accumulation de lactate, de l'inflammation ou des marqueurs de lésions musculaires.

Ces résultats, écrivent les chercheurs, «indiquent que l'activité sexuelle à intervalles courts avant l'exercice ne nuit pas aux performances et pourrait refléter une activation sympathique-neuroendocrinienne transitoire plutôt qu'une fatigue».

Les modestes bienfaits observés sont toutefois temporaires, préviennent-ils.

D'un point de vue mécanistique, rapportent-ils, «cette excitation sympathique transitoire pourrait faciliter le transport de l'oxygène et la préparation neuromusculaire au début de l'exercice».

Cependant, poursuivent les chercheurs, contrairement à un échauffement volontaire, «l'excitation sexuelle s'accompagne d'une cascade neuroendocrinienne intense impliquant la dopamine, l'ocytocine, la prolactine et la sérotonine, qui peut moduler de manière variable l'attention, la motivation et la perception de la fatigue».

«Si l'activation sympathique peut préparer le système cardiovasculaire, une excitation excessive peut également provoquer une fatigue prématurée ou une perturbation de l'attention», préviennent-ils.

Nonobstant les preuves scientifiques à l'effet contraire, le mythe de l'abstinence sexuelle avant l'effort a la vie dure, admet le docteur Boudier Reveret.

«Je serais curieux de savoir en 2026 ce que la majorité des athlètes, des thérapeutes du sport et des professionnels de la santé, des coachs, en pensent, a-t-il dit. Est-ce que d'avoir des activités sexuelles avant une compétition est nécessairement délétère ou est à proscrire? C'est peut-être un peu divisé par groupe, mais aussi probablement qu'il y a beaucoup de variabilité interindividuelle.»

Mais ultimement, a conclu le docteur Boudier Reveret, cette étude «vient renforcer dans le fond l'idée que d'avoir un épisode, que ce soit de masturbation ou potentiellement aussi de l'acte sexuel, ce n'est pas nécessairement délétère à la performance sportive».

«Donc on vient morceler un peu plus le mythe qu'il faut nécessairement être abstinent précompétition, pré-effort, parce que ça aurait un effet négatif», a-t-il dit.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical Physiology & Behavior.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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