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Mark Carney défend la proposition de rachat de condos en Colombie-Britannique

durée 21h11
25 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Transformer l'excès de condos invendus en logements abordables en Colombie-Britannique vise à venir en aide aux Canadiens, et non aux promoteurs immobiliers en difficulté, a soutenu le premier ministre Mark Carney jeudi, défendant la proposition de son gouvernement.

S'adressant aux journalistes lors d'une conférence de presse à Ottawa, M. Carney a reconnu que son gouvernement n'avait pas su expliquer correctement le programme présenté à Vancouver une semaine plus tôt.

Un communiqué de presse publié par le cabinet du premier ministre le 18 juin indiquait qu’Ottawa et le gouvernement de la Colombie-Britannique prévoyaient d'«utiliser des outils de financement innovateurs comme levier pour convertir plus de 2200 condos vacants en zones prioritaires pour la croissance de logements abordables».

M. Carney a précisé jeudi que le gouvernement fédéral prendrait en charge 10 % des dépenses potentielles totales, estimées à environ 1,45 milliard de dollars, pour la conversion de ces logements, le gouvernement de la Colombie-Britannique assumant le reste des coûts.

Ces logements vacants seraient proposés aux Canadiens dans le cadre d’un programme de location avec option d’achat.

Les critiques de la mesure, dont le chef conservateur Pierre Poilievre, ont accusé le gouvernement libéral d’offrir une option de sortie aux promoteurs immobiliers qui ont trop construit et qui risquent désormais de subir de lourdes pertes s’ils sont contraints de vendre dans un marché au ralenti.

M. Poilievre a déclaré jeudi lors d’une autre conférence de presse que ce sont ces promoteurs qui devraient prendre à leur compte les pertes — et non les contribuables.

M. Carney a précisé que la proposition avait été lancée par le gouvernement de la Colombie-Britannique, et qu'elle ne venait d'aucun promoteur immobilier.

Il a expliqué que cette initiative visait à aider les futurs acheteurs qui peinent à économiser pour une mise de fonds dans l’un des marchés immobiliers les plus chers du Canada.

«Nous ne nous soucions pas du promoteur. Ce qui nous importe, c’est la personne, la famille qui pourrait potentiellement emménager dans ce logement», a souligné M. Carney.

Les chiffres de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) montrent qu’en mai 2026, on comptait 5 849 appartements invendus en Colombie-Britannique, dont 4 376 dans la région métropolitaine de Vancouver, ce qui représente 75 % de l’ensemble des logements invendus.

M. Carney a dit lors de la conférence de presse de la semaine dernière, qu’avec la hausse des taux d’intérêt et l’affaiblissement de la demande, les promoteurs «sont coincés» et ne veulent pas vendre à perte.

M. Carney a affirmé jeudi que cela pourrait donner au gouvernement l’occasion d’acheter pour un prix avantageux des «condos à perte».

Lors d'une conférence de presse à Vancouver jeudi, le premier ministre de la province, David Eby, a affirmé que son gouvernement voyait ce plan comme une occasion d'acquérir des logements à un prix inférieur que celui des constructions neuves. Cela lui permettra de les mettre à la disposition des Britanno-Colombiens qui, sans cela, n'auraient pas les moyens d'accéder à la propriété.

M. Eby a réfuté l’argument selon lequel cela reviendrait à un plan de sauvetage pour les promoteurs immobiliers.

«Cela n’aidera pas les promoteurs qui ont fait un mauvais pari, et aidera plutôt un certain nombre de familles de la province qui cherchent à accéder à la propriété», a-t-il soutenu.

Des opinions divergentes

L'Initiative Missing Middle, affiliée à l'Université d'Ottawa, cherche à rendre le logement plus accessible et plus abordable à la classe moyenne canadienne.

Le directeur et fondateur, Mike Moffatt, a affirmé qu’il était possible que le gouvernement parvienne à négocier un rabais substantiel par rapport aux prix actuels du marché en rachetant des logements en gros.

Bien qu'aucun détail ne soit disponible concernant d'éventuelles transactions, la proposition pourrait améliorer l'accès au logement en Colombie-Britannique, selon l'ampleur du rabais et le type de logement acheté.

M. Poilievre a déclaré jeudi que le fait d’entrer en concurrence avec les acheteurs privés pour le parc immobilier existant n'aurait pour effet que de faire grimper les prix.

«M. Carney dit vouloir une solution financière innovante pour transformer des appartements chers et inoccupés en logements abordables et occupés. J’ai cette solution innovante: laisser les prix baisser», a-t-il déclaré.

Ce qui représente une bonne affaire pour les contribuables serait que le gouvernement parvienne à acquérir les logements à 40 sous pour un dollar par rapport aux prix actuels, selon M. Mofatt.

Mais si les promoteurs finissaient par obtenir un prix proche de celui qu'ils espéraient il y a trois ans pour les mêmes logements, la proposition correspondrait à une porte de sortie, soutient-il.

Il a comparé cette proposition à un échange de joueurs entre deux équipes de hockey: tant que l'on ne sait pas ce que l'équipe cède en contrepartie, il est impossible de dire qui fait la meilleure affaire, a-t-il constaté.

M. Mofatt ajoute que la valeur des appartements en Colombie-Britannique doit baisser, que le gouvernement intervienne ou non.

La porte-parole des conservateurs de Colombie-Britannique en matière de logement, Linda Hepner, a pour sa part affirmé en début de semaine que la crise du logement ne serait pas résolue en «gaspillant l’argent des contribuables pour soutenir artificiellement les promoteurs immobiliers».

«Si les prix sont fixés à un niveau trop élevé pour que les appartements en copropriété puissent être vendus, les forces du marché feront baisser les prix jusqu’à ce que les gens puissent se les permettre », a-t-elle déclaré dans un communiqué. «Mais si les promoteurs savent que le gouvernement viendra simplement à leur secours quand les appartements restent inoccupés suffisamment longtemps, ils ne baisseront jamais leurs prix, ce qui ne fera qu’aggraver la crise du logement.»

L’Ontario a annoncé en mars un plan similaire prévoyant de consacrer 300 millions de dollars à la conversion de 2 200 appartements invendus de la région de Toronto en logements locatifs à long terme, le quart de ces logements devant être proposés à des loyers inférieurs à ceux du marché.

— Avec des informations de Wolfgang Depner

Craig Lord, La Presse Canadienne

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