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Maltraitance des petits: déclin, puis rebond, des hospitalisations durant la pandémie

durée 10h51
23 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une baisse des hospitalisations pour maltraitance chez les moins de deux ans au début de la pandémie a été suivie d'un rebond important du nombre d’hospitalisations nécessitant des soins intensifs, démontre une étude publiée par le Journal de l'Association médicale canadienne.

L'association vraisemblable entre les deux donne froid dans le dos, puisqu'il semblerait que les mesures de confinement ont permis aux sévices de passer sous le radar et de se poursuivre jusqu'à ce que la condition des petites victimes nécessite des soins sophistiqués.

«On parle d'un enfant qui demeure dans une situation très vulnérable, avec des parents qui sont isolés socialement, qui sont dans une période de stress, a expliqué la co-auteure de l'étude, la docteure Nadia Roumeliotis du Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine.

«Alors notre interprétation (des résultats de l'étude), c'est que la violence était plus sévère et que les enfants se sont retrouvés aux soins intensifs.»

Les chercheurs ont tout d'abord mesuré un déclin de 31 % des hospitalisations pour maltraitance chez les moins de deux ans pendant les seize premières semaines de confinement.

Puis, après cette période de quatre mois d'accès restreint aux soins de santé, le nombre d'admissions aux soins intensifs pour maltraitance a explosé d'un stupéfiant 80 %.

«Cela soulève des inquiétudes quant au fait que des enfants aient pu vivre dans des situations dangereuses ou subir des abus qui sont passés inaperçus pendant la période où les mesures de santé publique les plus strictes étaient en vigueur», écrivent les auteurs de l'étude.

Les mesures strictes de santé publique mises en place pendant la première période de la pandémie ont perturbé les routines habituelles, ajoutent-ils, «entraînant la fermeture des écoles, la restriction de l'accès aux médecins généralistes et une augmentation du stress familial et de l'isolement des parents».

Ces mesures, a précisé la docteure Roumeliotis, ont vraisemblablement permis à ce qu'on appelle «des lésions sentinelles» (comme des ecchymoses) de passer inaperçues, alors qu'elles auraient normalement pu être détectées à l'école, au service de garde, par les pédiatres ou même par les grands-parents.

En d'autres mots, les sonnettes d'alarme qui auraient en temps normal retenti pour venir en aide aux petites victimes avaient été réduites au silence. Et quand elles ont recommencé à sonner, la situation était pire que jamais.

«Habituellement c'est dépisté (...) et on peut déclencher un signalement pour aller investiguer un peu plus loin, a dit la docteure Roumeliotis. Mais durant une période d'urgence, quand tous les services sont fermés, (...) on n'a pas accès aux enfants, donc on ne dépiste pas, et ça peut résulter en des lésions plus sévères.»

Une autre étude publiée en même temps précise ainsi qu'environ un enfant sur quatre victime de sévices graves s'était précédemment présenté à l'hôpital pour une lésion sentinelle.

Ces lésions, a souligné la docteure Roumeliotis, sont donc «une espèce de porte d'entrée pour pouvoir investiguer et avoir le soutien nécessaire pour ces familles-là, pour pouvoir prévenir la violence la plus sévère ou la négligence la plus sévère».

«Les lésions sentinelles peuvent paraître mineures, mais quand on se présente aux soins intensifs, ce sont souvent des lésions beaucoup plus graves, des traumas à la tête, des saignements, qui ont résulté d'une violence qui a été accrue», a-t-elle dit.

Les chercheurs identifient trois priorités advenant de nouvelles mesures d'urgence: garantir la continuité des services de santé pour les nourrissons et jeunes enfants; soutenir les familles en période de forte pression sociale ou économique; et renforcer les mécanismes de détection précoce de la maltraitance, même lorsque les services éducatifs et les contacts professionnels sont limités.

L’étude insiste enfin sur la nécessité de déterminer clairement quels services doivent être considérés comme essentiels lors de futures pandémies ou situations de crise – particulièrement ceux qui soutiennent directement les enfants et les familles.

«Malheureusement, a conclu la docteure Roumeliotis, les enfants les plus à risque sont les enfants qui ne peuvent pas s'exprimer, donc ça prend un engagement complet au niveau social, dans des périodes d'urgence, pour s'assurer qu'on a un accès et qu'on garde un œil sur les enfants vulnérables.»

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Sur internet:

https://www.chusj.org/fr/soins-services/A/Abus-physique/References-aide-et-ressources

https://www.cmaj.ca/content/198/6/E220

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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