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Lewis entame son mandat à la tête du NPD dans un climat de tension dans les Prairies

durée 14h33
30 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

WINNIPEG — Avi Lewis entame son mandat à la tête du NPD fédéral avec la lourde tâche de reconstruire le parti selon sa vision résolument progressiste — mais il se heurte déjà à la résistance des directions des formations néo-démocrates en Alberta et en Saskatchewan.

Les politiques énergétiques et environnementales de M. Lewis ont suscité une levée de boucliers de la part du chef du Nouveau Parti démocratique de l'Alberta, Naheed Nenshi, et de la cheffe du NPD de la Saskatchewan, Carla Beck.

Dans des déclarations distinctes publiées après la victoire de M. Lewis, ils ont affirmé que la position du parti fédéral était déconnectée de la réalité des travailleurs de leurs provinces.

M. Lewis a fait campagne en s'opposant aux nouveaux pipelines et aux terminaux de gaz naturel liquéfié, prônant l'accélération d'un «New Deal vert» qui met l'accent sur les investissements dans la production d'énergie renouvelable, les autobus électriques et les pompes thermiques pour les logements.

Mme Beck a déclaré qu’elle ne rencontrerait pas M. Lewis à moins qu’il ne revienne sur sa position concernant l’exploitation des ressources naturelles.

M. Lewis a affirmé qu’il souhaitait voir M. Nenshi et Mme Beck devenir premiers ministres de leurs provinces respectives et que sa porte leur serait ouverte lorsqu’ils seraient prêts à discuter.

«Je crois sincèrement que des discussions difficiles sont nécessaires. Je suis quelqu’un qui les accueille volontiers. Je pense que nous devons les avoir», a indiqué le chef fédéral lors d’une conférence de presse à Winnipeg lundi.

Mais M. Lewis n’a pas laissé entendre qu’il était prêt à faire des concessions sur la politique énergétique.

«Nous avons mené une campagne de sept mois au cours de laquelle nos propositions politiques étaient claires dès le premier jour, a-t-il fait valoir. Nous avons remporté le mandat le plus large de toute l’histoire des courses à la direction du NPD. Nous avons recruté des dizaines de milliers de nouveaux membres et nous avons remporté une victoire écrasante dès le premier tour, plus importante que toutes celles enregistrées depuis l’instauration du système “un membre, une voix”.

«Nous avons un mandat des membres et j’ai la responsabilité de rester cohérent avec les idées qui ont amené ces gens au sein du parti et qui ont soutenu notre campagne, et je continuerai à le faire.»

M. Lewis a indiqué avoir eu une bonne rencontre dimanche avec le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, l’un des deux seuls premiers ministres néo-démocrates au Canada. Il a ajouté que, bien que lui-même et M. Kinew aient des divergences d’opinions sur les exportations d’énergie au port de Churchill, ils pouvaient tout de même travailler ensemble.

«Que ce soit Churchill ou un autre endroit qui finisse par être la destination d’une plus grande partie des exportations de pétrole et de gaz, c’est quelque chose qui, selon nous au NPD fédéral, ne sert pas les intérêts des Canadiens. L’économie énergétique est extrêmement instable», a expliqué M. Lewis.

«Nous pensons qu’il faut accélérer la transition vers une économie plus stable, plus sûre et plus sécurisée, ainsi que vers une économie canadienne plus indépendante, ce qui signifie en réalité ne pas exporter nos matières premières ailleurs, mais utiliser des matériaux canadiens pour créer de bons emplois syndiqués au Canada.»

Victoire importante

M. Lewis a remporté la victoire dès le premier tour avec environ 56 % des voix, soit près du double du nombre de voix obtenues par la deuxième candidate, la députée albertaine Heather McPherson.

Lors de la dernière course à la direction du NPD en 2017, Jagmeet Singh avait remporté la victoire dès le premier tour avec 53,8 % des voix.

M. Singh a pris la tête du parti après un résultat électoral décevant en 2015 — lorsque le NPD est passé du statut d’opposition officielle à une troisième place.

M. Lewis est confronté à une tâche de reconstruction encore plus colossale. Lors des élections de 2025, le NPD a chuté à seulement sept sièges, soit cinq de moins que le seuil requis pour le statut de parti officiel — le pire résultat de l'histoire du parti.

Le caucus ne compte plus que six députés depuis que Lori Idlout a rejoint les libéraux au début du mois.

M. Lewis prend également la tête d'un parti profondément endetté. Les responsables du NPD ont rapporté lors du congrès que le parti avait une dette de 13 millions $.

Un programme «populiste»

Le programme de M. Lewis reposait sur des idées qu'il qualifie d'audacieuses, telles que la gestion publique des épiceries et des entreprises de télécommunications, ainsi que l’opposition aux nouveaux projets d’exploitation des énergies fossiles.

M. Lewis a déclaré que lui-même et le caucus fédéral du NPD avaient décidé qu’il ne briguerait pas immédiatement un siège à la Chambre des communes et qu’il s’attacherait plutôt à se faire connaître d'un plus large éventail de Canadiens.

Il a ajouté qu’il acceptait l’étiquette de «populiste» et qu’il avait hâte de montrer aux gens à quoi ressemble le populisme de gauche.

«Le populisme n'est pas seulement une chose de la droite. C'est l'idée qu'il y a une petite élite qui contrôle tous les secteurs de l'économie, et il y a 99 % de nous qui souffrent de cette inégalité de pouvoir et de richesse. Pour nous, un populisme de gauche est très important pour offrir des politiques qui améliorent la vie quotidienne de tout le monde», a fait valoir M. Lewis.

M. Lewis a précisé qu’aucune décision n’avait encore été prise concernant les rôles au sein du caucus, notamment quant à savoir qui sera à la tête du groupe parlementaire du NPD.

M. Lewis s’est présenté deux fois aux élections fédérales pour le NPD. Il a perdu dans deux circonscriptions de la région de Vancouver lors des élections de 2021 et 2025.

Interrogé sur la place du Québec dans son équipe, il a noté que le nouveau président du parti, Nial Ricardo, habite à Montréal. Il a assuré qu'il pratiquait son français tous les jours et a rappelé que l'équipe du NPD à laquelle il se joint à Ottawa comporte des Québécois.

David Baxter, La Presse Canadienne

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