Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

Les radios universitaires canadiennes peinent à rester en onde

durée 11h27
5 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

Elke Sorensen était en deuxième année à l'Université de l'Île de Vancouver lorsqu'elle a commencé à s'impliquer dans la radio communautaire du campus — une expérience qui pourrait bientôt devenir plus rare.

Après avoir passé un certain temps à se renseigner sur CHLY 101,7 FM avant de se porter volontaire, la jeune femme, alors âgée de 21 ans, raconte qu’elle s’est immédiatement retrouvée «sur la sellette» dans une cabine d’émission en direct.

Comme beaucoup d’étudiants débutants, Mme Sorensen a commencé par animer une émission consacrée à la musique canadienne, ce qui, selon elle, lui a permis de tisser des liens à l'échelle locale.

«Je me suis vraiment intégrée, j’ai appris à connaître la communauté et je me suis sentie davantage comme une citoyenne de cette nouvelle ville que je considère désormais comme mon chez-moi», confie-t-elle lors d’une entrevue.

Mme Sorensen a ensuite pu lancer sa propre émission littéraire bimensuelle consacrée aux auteurs canadiens, qu’elle a pu utiliser pour obtenir des crédits universitaires.

Elle explique que cela lui a donné l’occasion de combiner ses passions pour la radio et la littérature — et de se faire entendre dans cet espace.

Mais au fil du temps, de moins en moins de personnes ont la chance de se brancher sur ces stations, alors que les radios universitaires luttent pour rester en onde.

Barry Rooke, directeur général de l’Association nationale des radios universitaires et communautaires, affirme que la radio universitaire a atteint un point critique et a besoin de l’aide d’Ottawa pour survivre alors que les stations s’adaptent.

Il explique que la baisse des inscriptions dans l’enseignement supérieur, la fermeture des programmes de journalisme et le caractère facultatif des frais d’inscription dans certaines écoles menacent l’existence des stations de radio universitaires à travers le Canada.

L'association étudiante de l’Université Memorial de Terre-Neuve a voté mercredi la suppression du financement de CHMR, selon les médias du campus, afin de combler un déficit.

Dans la capitale canadienne, CHUO 89,1 FM a perdu sa contribution étudiante et s'est vu facturer par l'Université d'Ottawa un loyer qu'elle ne pouvait pas se permettre, selon M. Rooke. Elle a cessé ses émissions en direct en décembre dernier.

Les stations des campus des collèges Fanshawe et Algonquin devraient également cesser d'émettre, les programmes universitaires qui soutenaient leur fonctionnement ayant été supprimés.

«Le système est soumis à une telle pression (…) qu’il devient de plus en plus difficile de collecter des fonds et de trouver des annonceurs au niveau local, car tout le monde est passé au numérique», constate M. Rooke.

«Pourtant, dans de nombreuses stations de radio universitaires et communautaires, et en particulier celles des communautés autochtones, elles constituent souvent la seule source d’information et d’actualités dans ces espaces — sans parler d’un lieu où les gens peuvent partager leur passion et s’initier aux médias», ajoute-t-il.

Amara Sheppard a trouvé un nouveau moyen d’exprimer sa voix sur la station CFRU 93,3 FM de l’université de Guelph après avoir cherché un équivalent direct aux débats compétitifs auxquels elle participait dans sa jeunesse.

Pendant ses études, Amara a décroché un poste à la station et a contribué à relancer une émission musicale comprenant des concerts en direct et des entrevues d’artistes. Elle a continué à faire du bénévolat pour cette émission après avoir obtenu son diplôme, convaincue de sa valeur.

«À bien des égards, c’est encore un peu comme le Far West, dans le sens où ce milieu n’est pas aussi réglementé que d’autres formes de médias, et où il n’a pas encore été vraiment touché par le phénomène de l’IA», souligne Amara Sheppard.

Les plafonds fédéraux sur les étudiants étrangers, introduits pour la première fois en 2024, ont entraîné des licenciements massifs et des coupes dans les programmes des établissements d’enseignement supérieur. Alors que les pressions économiques s’intensifient et que les inscriptions baissent, plusieurs programmes de médias ont également été suspendus ou regroupés.

En Ontario, le gouvernement envisage d’imposer davantage de frais facultatifs aux étudiants au moyen de sa loi intitulée Supporting Children and Students Act, tandis que les associations étudiantes à l’échelle nationale cherchent des moyens de faire des économies.

Les radios réclament l'aide du fédéral

Ces réalités, résume M. Rooke, ont créé «une tempête parfaite». Il s’attend à ce que, sans intervention, les stations de radio universitaires disparaissent à un rythme accéléré.

M. Rooke juge qu'il est crucial que le gouvernement fédéral prête attention à une nouvelle campagne réclamant un financement de 30 millions $ par an pour les radios universitaires et communautaires.

«Sur cette somme, environ 25 millions $ iraient directement à ces 255 stations de radio en vertu de leur licence. Cela représente donc environ 95 000 $ par station», avance-t-il.

Cette injection de fonds contribuerait à stabiliser les ondes pour quelque 45 stations de radio universitaires, soutient M. Rooke, et permettrait au Canada de s’aligner sur les autres pays.

«Nous sommes vraiment l’un des (…) seuls réseaux de stations de radio communautaires au monde à ne pas être financés», insiste le directeur général.

L'association de M. Rooke organise également une réunion nationale des stations universitaires plus tard ce mois-ci, dans le but de leur apprendre à réduire leurs activités sans cesser d'émettre des programmes et à diversifier leurs revenus en se transformant en pôles médiatiques plus larges.

Scotty Hertz, qui anime une émission politique hebdomadaire pour CFRU, a déclaré que la station établie à Guelph avait trouvé le succès en offrant un espace pour la création de contenu, le soutien à la musique locale et en servant de tremplin professionnel.

«Ce n’est plus seulement une radio universitaire, c’est un centre médiatique», a déclaré M. Hertz.

Elke Sorensen, l'étudiante de l'université de Colombie-Britannique, prévoit de continuer à faire du bénévolat pour CHLY 101.7 FM après avoir obtenu son diplôme cette année. Elle espère que la radio locale pourra survivre, tant pour le bien de ses animateurs que de ses auditeurs.

«Il y a tellement d’avantages à allumer sa radio et à écouter des histoires locales racontées par des gens que l’on connaît peut-être, observe-t-elle. La programmation est tellement variée. On y entend de la musique du monde entier, mais aussi celle de ses voisins, et on se sent plus impliqué quand on écoute des histoires qui se passent dans son quartier», ajoute l'étudiante.

Eli Ridder, La Presse Canadienne

app-store-badge google-play-badge