Les propriétaires de RI confrontés à des obstacles pour créer de nouvelles places

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Plus de 5500 personnes attendent actuellement une place en ressources intermédiaires (RI). Plusieurs propriétaires de ces hébergements seraient prêts à développer de nouvelles places, mais ils n'y arrivent pas en raison du manque de prévisibilité des appels d'offres et du financement insuffisant de la part de Québec.
Les résultats d'un sondage Léger dévoilés mardi indiquent que 37 % des propriétaires de RI sont intéressés par la construction d’une nouvelle ressource intermédiaire, dont 1 % qui a déjà répondu à un appel d’offres pour un projet en voie de se concrétiser.
De plus, 57 % des répondants ont de l’intérêt pour agrandir leur ressource actuelle, dont 2 % qui verront leur projet se concrétiser. Ensemble, avec l'intention des nouvelles constructions et des agrandissements, il y aurait un potentiel de près de 17 200 places supplémentaires.
Au Québec, plus de 25 000 personnes vulnérables sont présentement en attente de services. En plus des RI, cela inclut les 17 000 Québécois qui sont en attente de soins à domicile et les 3500 usagers sur la liste d'attente en CHSLD, expose Carl Veilleux, président de l’Association des ressources intermédiaires d'hébergement du Québec (ARIHQ).
Il s'inquiète que le réseau d'hébergements n'arrive pas à se développer suffisamment. «D'ici 2035, il va y avoir 111 000 nouvelles personnes vulnérables qui vont avoir besoin de services, essentiellement des aînés, parce que la tranche des 85 ans et plus va avoir doublé d'ici 10 ans. Le seul mot qui me vient pour décrire, c'est crise. On a vraiment une crise au niveau des soins et de l'hébergement au Québec», souligne M. Veilleux.
«Les gens ne répondent plus aux appels d'offres»
Le sondage Léger a été réalisé auprès de 263 propriétaires de ressource intermédiaire. Les données ont été collectées du 20 octobre au 8 novembre 2025. La marge d’erreur maximale pour un échantillon de cette taille est de plus ou moins 4,8 %, 19 fois sur 20.
On a demandé aux répondants s'ils seraient intéressés à développer plus de places dans un contexte favorable. «Quand je dis contexte favorable, ça veut dire que les paramètres financiers sont adéquats parce que ça ne l'est pas dans le moment, précise M. Veilleux. Et de façon fortement marquée, la majorité des gens ont un intérêt pour ça. Ils seraient prêts à agrandir un peu ou même à construire une deuxième ressource intermédiaire pour répondre aux besoins de la population, mais il y a des blocages importants.»
Là où le bât blesse, selon un copropriétaire de RI, est par rapport à la prévisibilité des appels d'offres. Les CISSS et les CIUSSS ont une assez bonne idée des besoins d'hébergement sur leur territoire.
«Ça nous aiderait de savoir à l'avance qu'il y a un appel d'offres qui va ouvrir dans tel CIUSSS, sur tel territoire, qu'on puisse, nous, se préparer pour pouvoir aller chercher des terrains. Parce que c'est ça l'enjeu majeur, surtout en centre urbain fortement densifié, c'est de trouver des terrains qui sont dans le bon zonage et qui permettent de construire des ressources intermédiaires», explique Sébastien Barette, copropriétaire de deux RI totalisant 220 places pour aînés en perte d’autonomie.
De plus, les délais de construction sont souvent très courts «parce qu'il y a une urgence dans le réseau», dit-il. M. Barette raconte qu'en 2021, il a finalement renoncé à déposer un projet pour un appel d'offres de 120 places, car à partir du moment où on annonçait le gagnant de l'appel d'offres, ce dernier avait 30 jours pour commencer à accueillir des résidents.
Pour M. Barette, dans un monde idéal, il aurait de 18 à 24 mois pour construire une bâtisse neuve. «Il y a un retard qui se crée dans la création de nouvelles places à cause entre autres de ça. C'est-à-dire que les gens ne répondent plus aux appels d'offres», déplore-t-il.
Explosion des coûts par chambre
L'autre enjeu majeur concerne l'enveloppe budgétaire du gouvernement. Dans le modèle des RI, il n'y a pas de transaction financière entre le résident et la ressource. Les RI ont un contrat avec le réseau de la santé et les résidents paient leurs contributions directement au gouvernement.
Le sondage montre que plus de la moitié des propriétaires de RI considèrent que le financement insuffisant est le principal obstacle à la création de nouvelles places.
En l’absence de bonification de l'enveloppe, seules 10 % des RI pourraient maintenir leurs activités sans aucune difficulté. Pour les autres, des niveaux variés de contraintes sont anticipés, notamment 16 % des répondants redoutent une réduction de services et 8 % envisagent un risque de fermeture.
«Si vous voulez construire une ressource intermédiaire, 30 chambres pour héberger 30 résidents en perte d'autonomie ou qui ont des besoins, vous allez être financé jusqu'au maximum de l'échelle à 211 000 $ par chambre. [...] Un coût de construction réaliste aujourd'hui, c'est environ 330 000 $ [par chambre]», calcule le président de l'ARIHQ.
M. Barette le confirme. Son plus récent projet dans Lanaudière en 2021 lui avait coûté environ 230 000 $ par porte. «Aujourd'hui, on pourrait le faire pour 330 000 $, mais à ce prix-là, les revenus qu'on a avec l'entente nationale, ça ne nous permet pas de construire de nouvelles bâtisses en milieu urbain», dit-il.
L'entente nationale entre l’ARIHQ et le ministère de la Santé est échue depuis le 31 mars 2025. M. Veilleux affirme que la collaboration avec la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, est très bonne. «On s'entend sur des orientations qui sont claires et des solutions très très terre-à-terre. Et quand on arrive à la table de négociation, c'est un discours complètement différent qui nous est tenu», dénonce-t-il, ajoutant qu'il est temps que Mme Bélanger se mêle du dossier.
Au Québec, il existe 2200 RI qui hébergent plus de 20 000 Québécois, dont des personnes âgées en perte d'autonomie, des personnes en situation de handicap ou des personnes avec des enjeux de santé mentale.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne