Les premiers ministres sont en désaccord sur l'utilisation de la potasse

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Les premiers ministres sont profondément divisés sur la question de savoir s'il faut utiliser les ressources naturelles du Canada comme moyen de pression dans la guerre commerciale avec les États-Unis, et la potasse est devenue un sujet de discorde majeur.
Le Canada est l’un des principaux fournisseurs mondiaux de potasse, un composant essentiel des engrais indispensables au secteur agricole. Les États-Unis importent environ 85 % de leur potasse du Canada.
Alors que le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, fait pression pour que soient actionnés les leviers les plus préjudiciables à l’égard des États-Unis, Scott Moe, de la Saskatchewan, et Danielle Smith, de l’Alberta, mettent en garde contre des répercussions néfastes à long terme.
Les responsables politiques fédéraux se prononcent également. Le chef du NPD, Avi Lewis, a appelé à l’instauration d’une taxe à l’exportation sur «le pétrole, le gaz, le charbon thermique, la potasse et d’autres minéraux afin de frapper Trump là où ça fait mal».
La présidente du Parti vert fédéral, Elizabeth May, partage cet avis.
«Si vous avez affaire à un très gros tyran qui vous malmène, vous devez vraiment sortir vos clés, les glisser entre vos doigts et viser les parties molles et charnues qui vont faire mal», a-t-elle déclaré à La Presse Canadienne.
«Et pour nous, cela reviendrait à retenir la potasse», a-t-elle soutenu.
Lors d’une conférence de presse mercredi, M. Ford a affirmé que priver les États-Unis de potasse anéantirait le secteur agricole américain «d’un jour à l’autre».
Mais M. Moe, dont la province fournit aux États-Unis plus de 86% de la potasse provenant du Canada, a déclaré qu’une telle mesure se retournerait contre le pays et nuirait aux Canadiens.
«Ce serait un coup économique énorme pour notre province et pour notre pays», a estimé M. Moe lors d’une conférence de presse cette semaine, mettant en garde contre des pertes d’emplois et des hausses de prix.
La Saskatchewan ne soutiendrait aucune forme de taxe à l’exportation ni de restriction des livraisons, mais M. Moe a laissé entrevoir la possibilité de faire valoir l’accès à des capacités de production supplémentaires dans le cadre des négociations commerciales.
«Les États-Unis d’Amérique se tourneraient très certainement vers d’autres pays du monde pour s’approvisionner en potasse. Nous perdrions, dans une certaine mesure, un client de longue date», a-t-il fait valoir.
Minimiser l'impact pour les Prairies
Si les points de vue radicalement divergents de MM. Ford et Moe peuvent laisser entrevoir des fissures dans l’approche «Team Canada» que les premiers ministres provinciaux et le premier ministre ont défendue au cours de l’année écoulée, un expert estime qu’il s’agit d’une question de perspective.
«L’Ontario et la Colombie-Britannique sont les provinces qui seront les plus touchées par les droits de douane mis en place par M. Trump», a expliqué Jim Farney, directeur et titulaire de la chaire Stauffer Dunning à la School of Policy Studies de l’université Queen’s.
Il a ajouté avoir pris connaissance de certaines analyses suggérant que l’Alberta et la Saskatchewan ne seraient «pratiquement pas touchées» par les droits de douane américains.
Heather Exner-Pirot, chercheuse senior et directrice du département des ressources naturelles, de l’énergie et de l’environnement à l’Institut Macdonald-Laurier, a également déclaré que l’impact des droits de douane est «bien plus marqué» dans des régions comme l’Ontario, où les secteurs de l’automobile et de la sidérurgie sont touchés.
«Dans l’Ouest, on ne parle ni de l’ACEUM ni des droits de douane. Ils ne représentent qu’une infime partie de nos vies et de notre économie; nous ne subissons aucun préjudice et cela ne nous affecte pas vraiment», a précisé Mme Exner-Pirot, qui est également conseillère auprès du Conseil canadien des affaires, à La Presse Canadienne.
«L’impact est tellement différent dans l’Ouest, et nous ne voulons pas qu’il soit le même», a-t-elle ajouté.
Augmenter la production ?
Répondant aux questions des journalistes mercredi, M. Moe a déclaré qu’une façon de tirer parti des ressources naturelles dans les négociations commerciales consistait à proposer en échange «un accès à une production supplémentaire» de potasse, d’uranium et de pétrole.
Mais Mme Exner-Pirot a estimé qu’une telle initiative concernant la potasse n’aurait sans doute pas beaucoup d’impact.
«Aux États-Unis, le marché de la potasse n’est pas en croissance. Il est plutôt saturé. Ils en utilisent autant qu’ils le peuvent, et ils le font de manière efficace», a-t-elle relevé.
Elle a également indiqué que des entreprises de potasse comme Nutrien avaient commencé à constituer des stocks aux États-Unis afin d’anticiper d’éventuels droits de douane ou taxes à l’exportation.
«Ainsi, si nous déclarons que nous allons instaurer une taxe à l’exportation sur ce produit, cela ne s’appliquera pas aux stocks déjà présents sur le territoire», a-t-elle précisé.
Les responsables de l’administration Trump ont souligné à plusieurs reprises que les États-Unis n’avaient pas imposé de droits de douane sur le pétrole, l’énergie, la potasse et l'uranium canadiens. Les responsables de la Maison-Blanche ont indiqué qu’ils n’avaient pour l’instant aucune intention de changer de cap.
— Avec la collaboration de Sarah Ritchie et Kelly Geraldine Malone à Washington
Nick Murray, La Presse Canadienne