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Les pères québécois ont progressé, mais doivent en faire plus côté charge mentale

durée 06h01
15 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

7 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les parents québécois continuent d’évoluer vers l’égalité et se voient généralement comme une équipe au service de l’enfant, mais les mères et les pères n’ont pas la même perception quant à la répartition de la charge mentale et la compétence des pères est plus susceptible d’être mise en doute que celle des mères.

Ce sont là certaines des grandes lignes qui se dégagent d’un sondage, mené par la firme SOM pour le Regroupement pour la valorisation de la paternité (RVP) à l’occasion de la semaine de la paternité qui s’amorce lundi et qui se conclura à l’occasion de la fête des Pères dimanche prochain, et dont La Presse Canadienne a obtenu copie.

Ce sondage fait état d’une évolution marquée chez les pères, particulièrement au sein des plus jeunes couples québécois, selon Raymond Villeneuve, directeur général du Regroupement: «Ce qui est vraiment intéressant dans le sondage, c'est qu'on voit le chemin qui a été parcouru, mais, en même temps, on voit le chemin qu'il reste à faire. L'idée de la coparentalité chez les parents, particulièrement les jeunes parents, a fait son chemin: on veut faire équipe, on veut travailler ensemble, on se parle de plus en plus, on fait équipe pour s'impliquer auprès des enfants. Cependant, avertit-il, on voit que, pour le partage des tâches, la charge mentale, il y a encore des enjeux.»

Encore des stéréotypes de genre

Ainsi, si les questions touchant l’idée de coparentalité et de travail d’équipe recueillent l’appui de plus de 90 % des répondants, plus du tiers d’entre eux (38 %) estiment que les contraintes liées à l’emploi de l’autre coparent l’empêchent de collaborer à la hauteur de leurs attentes.

«Il faut réfléchir à cela, dit Raymond Villeneuve. Oui, il y a la volonté individuelle, des fois il y a des pères qui veulent peut-être moins s'engager que d'autres, mais faut voir peut-être aussi les facteurs sociétaux qui font qu'on est là. Il y a encore des stéréotypes de genre en 2026, ce n'est pas réglé. Des conceptions des rôles de père, de mère, d'homme, de femme, il y a encore des facteurs sociétaux qui nous maintiennent dans ces limites-là. On met beaucoup plus de pression sociale sur les mères que sur les pères. Dans les environnements de service, les services sont encore, en 2026, beaucoup plus destinés aux mères qu'aux pères.»

Cependant, dit-il, «ce qu'il faut vraiment reconnaître, c'est que les écarts se réduisent, notamment chez les plus jeunes. C'est vraiment marqué, là, il y a vraiment des tendances de fond à ce niveau-là. Les jeunes parents, la grande majorité, ils veulent vraiment être plus égalitaires, mieux partager les tâches. Les pères ont vraiment compris qu'il faut être présent avec les enfants, puis ça, dès le départ. Ça, ces messages-là, ils ont passé.»

Les pères et la charge mentale

Par contre, la question de la charge mentale obtient des réponses fort différentes selon le sexe des répondants et répondantes et les chiffres sont révélateurs d’une étape qui reste à franchir du côté masculin. Ainsi, quand on demande aux femmes qui assume la plus grande part de la charge mentale, les trois quarts des femmes (77 %) disent que ce sont elles, alors que près de la moitié des hommes (45 %) estiment que le partage est plutôt égal et seuls le tiers des hommes (35 %) reconnaissent que l’autre coparent en assume une plus grande part.

«La charge mentale, c'est la personne qui planifie, la personne qui pense aux rendez-vous, la personne qui organise et c’est comme si on avait de la difficulté à faire bouger ça», reconnaît Raymond Villeneuve. «J'ai l'impression que ce qui joue vraiment, c'est d'une part les stéréotypes de genre. C'est-à-dire, c'est quoi un homme, c'est quoi une femme, c'est quoi un rôle de père, c'est quoi un rôle de mère. On a encore des conceptions de ce que c’est pour beaucoup de monde, poursuit-il. Et ça, ça se retrouve aussi dans les messages sociétaux qu'on envoie aux familles. Il y a encore plus de pression sociale envers les mères qu’envers les pères.»

«Il faut modifier ça et avoir une approche d'équipe, une approche coparentale de soutien à tous les membres de la famille pour que les messages soient différents. Il faut agir, oui, au niveau individuel des pères et des mères, mais aussi au niveau des politiques publiques et des services, sinon on risque d'être encore dans la même situation dans 20 ans, dans 25 ans.»

Compétence des pères mise en doute

Une autre question posée montre d’ailleurs le chemin qui reste à parcourir. Les trois quarts (76 %) des personnes interrogées se sont dites plutôt d’accord (50 %) ou tout à fait d’accord (26 %) avec l’affirmation suivante : «Dans la société québécoise, on doute plus souvent des compétences des pères que de celles des mères pour s’occuper des enfants.»

«Le fait qu'on doute davantage des compétences des pères que des mères fait partie du problème puisque l'image sociétale qu'on renvoie aux pères c'est: dans le fond, t'es pas vraiment compétent. La mère est plus compétente que toi et beaucoup d'hommes intègrent ça. Il y a des pères qui ne se sentent pas toujours super compétents et, si la société leur renvoie ça, ça devient une forme de confirmation de leur manque de compétence», note Raymond Villeneuve.

Le sondage ne sert pas qu’à dresser un portrait générique de la coparentalité, mais bien à mesurer les appuis des parents à des mesures réclamées par le RVP et plusieurs autres groupes.

Congé de deuil périnatal réclamé

Celle qui obtient l’appui le plus important, soit de 86 % des répondants, c’est de donner un congé de deuil périnatal au père ou au coparent. Le deuil périnatal est défini comme étant la mort d’un enfant durant la grossesse, au moment de la naissance ou dans l’année suivant la naissance. Les congés et prestations accordés à la mère varient selon les cas, mais les pères n’ont droit à rien.

«C'est l'élément le plus consensuel des mesures qu'on a proposées. 86 % des parents disent que, quand il y a un deuil périnatal, il devrait y avoir aussi un congé aux pères. Quand la mère perd son enfant, elle vit son deuil seule, elle est toute à l'envers, toute seule à la maison parce que ton chum, lui, il est reparti travailler. Et le père, lui aussi vit un deuil, mais il ne le vit pas avec sa conjointe. Il retourne travailler. Ce que les études nous disent, c'est que les pères vont vivre leur deuil périnatal avec un décalage. Ils vont le vivre six mois, un an après. Et quand la mère va peut-être aller mieux, le père lui va tomber parce qu'il n'a pas vécu son deuil à ce moment-là.»

Une autre mesure réclamée est un allongement du congé de paternité. Même s’il reconnaît que le Québec a un des meilleurs régimes de congés de paternité, «on a 5 semaines, mais on a les mêmes 5 semaines depuis 20 ans».

Sensibiliser les institutions

Le Regroupement voudrait également sensibiliser les institutions à l’existence de deux parents. «Dans la pratique des services, des écoles, des CPE, des organismes de santé et de services sociaux, c'est comme si souvent, il y avait un premier parent qui est la mère, puis un deuxième parent qui est le père. Parfois, on va avoir tendance à dire comme des choses importantes à la mère et le ‘small talk’ au père. Il faut les sensibiliser sur le fait que les deux parents sont importants. Surtout qu’au Québec, il y a de plus en plus de gardes partagées aussi et c'est important que les deux parents aient l'information, mais les réflexes ne sont pas toujours là.»

Dans les cas de séparation, le RVP voudrait que l’on offre davantage de formation au personnel juridique, au personnel psychosocial pour mieux accompagner les parents et d’ajouter plus d'heures de médiation familiale gratuites. «À l'heure actuelle, c'est seulement cinq heures qui sont gratuites. Cinq heures, ce n'est vraiment pas long. Si on en avait huit, si on en avait dix, ça pourrait vraiment aider les parents», fait valoir M. Villeneuve.

Malgré tous les efforts qui restent à faire, le directeur général du RVP signale toutefois que des sondages passés à l’échelle canadienne ont clairement démontré que les pères québécois sont plus engagés et même que la notion du rôle de père est différente au Québec. «Dans le reste du Canada, le premier truc qui sortait, c'était pourvoyeur. Et au Québec, c'était vraiment donneur de soins, guide, accompagnateur», une différence qu’il explique notamment par le congé de paternité, les mesures sociales, les CPE et le soutien des organismes communautaires.

«Ce qui est intéressant là-dedans, c'est de voir les gains qu'on a faits. Il y a le chemin qui est fait, puis le chemin qui reste à faire. Il y a vraiment des trucs qui sont passés dans notre société: les pères doivent être présents, ils doivent être engagés, ils doivent être là. L’idée de coparentalité est passée. Par contre, au niveau de la réalisation de ça, il y en a encore du travail à faire», dit-il en conclusion.

Le sondage a été réalisé en ligne auprès de 2817 parents québécois qui habitent avec au moins un enfant mineur et qui ont un coparent, soit 1417 mères et 1400 pères entre le 29 janvier et le 12 février 2026.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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