Les PDG les mieux payés du Québec gagneront 236 fois plus que le salaire moyen

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les patrons des plus grandes entreprises du Québec devraient gagner 236 fois plus que le salaire annuel moyen en 2026. Au deuxième jour de la nouvelle année, ils avaient déjà empoché l'équivalent de ce qu'un travailleur québécois moyen touche en 12 mois, selon l’Observatoire québécois des inégalités (OQI).
Vendredi matin, les 21 présidents-directeurs généraux (PDG) les mieux payés du Québec avaient chacun gagné 62 795 $ en 8,8 heures. Plus précisément, cette somme doit être franchie à 9 h 47, estime l'OQI.
Pour une nouvelle année, l'OQI et le Centre canadien des politiques alternatives (CCPA) publient une analyse sur les 100 chefs d’entreprises les mieux payés au Canada, qui comprend 21 personnes dirigeant une entreprise dont le siège social est au Québec.
L'étude compile la rémunération de PDG d'entreprises cotées à la Bourse de Toronto.
À pareille date l'an dernier, les PDG les mieux rémunérés du Québec avaient gagné l'équivalent du salaire moyen un peu moins rapidement, soit en 10,1 heures, toujours selon l'OQI.
Selon l'économiste de l'Observatoire, Geoffroy Boucher, cet écart qui se creuse reflète l'augmentation des inégalités des revenus depuis 2020.
«Le revenu des personnes les mieux nanties — les 20 % les plus riches de la population — a augmenté significativement alors que le revenu des autres quintiles de revenus n'a pas augmenté beaucoup», expose M. Boucher.
Pour 2026, l'OQI estime que les 21 dirigeants québécois — un groupe qui ne comprend qu'une seule femme — auront une rémunération moyenne de 14,8 millions $, soit l'équivalent de 236 fois le salaire annuel moyen. Cela comprend des salaires et différentes formes de primes, telles que les primes en argent et les options d'achat d'actions.
En 2024, les 100 PDG canadiens ont chacun gagné en moyenne 16,2 millions $, selon le rapport du CCPA.
M. Boucher remarque que la composition de la rémunération totale des patrons des grandes entreprises a changé au fil des années. La part du salaire de base a diminué au profit des différentes formes de primes.
«C'est clairement lié, disons, aux incitatifs fiscaux que peuvent en tirer les PDG. On sait que les revenus tirés du capital sont beaucoup moins imposés au Québec et au Canada que les revenus provenant du travail», indique M. Boucher.
«Et donc, les PDG se retrouvent avec un montage de rémunération qui permet de diminuer le plus possible les impôts à payer», poursuit-il, estimant qu'«une réflexion de justice fiscale est certainement nécessaire au Québec et au Canada».
L'économiste précise que le but de l'analyse n'est pas de porter un jugement sur la rémunération des PDG des entreprises, qui est décidée par des actionnaires et des conseils d'administration.
L'exercice vise à mettre en lumière la croissance des inégalités économiques, dit-il.
«Il y a une concentration forte de la richesse entre les mains d'une minorité d'individus. Et d'un autre côté, on a une proportion importante de la population qui n'a pas un revenu suffisant pour subvenir à ses besoins de base», ajoute M. Boucher.
Un sommet pour les dividendes
L'analyse de l'OQI et du CCPA révèle également que les dividendes déclarés par les entreprises canadiennes ont atteint un nouveau sommet en 2023.
Les paiements versés aux actionnaires des entreprises à partir de leurs bénéfices nets ont totalisé 341,5 milliards $, soit un bond de 431 % par rapport à il y a 20 ans.
Les deux organismes mettent en relation ces données avec les dépenses de main-d'œuvre des entreprises, qui sont principalement composées des salaires de leurs travailleurs. La hausse de ces dépenses a été 2,5 fois moins importante que les dividendes versés, avancent l'OQI et le CCPA.
«On se demande donc si les employés de ces entreprises sont suffisamment payés à la hauteur de leur contribution aux résultats financiers fulgurants de ces entreprises-là», dit M. Boucher.
La compilation des données par le CCPA et l'OQI se fait à partir des informations divulguées par les entreprises dans leurs circulaires de sollicitation de procurations en vue des assemblées d'actionnaires.
Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne