Les patients de quartiers défavorisés ont plus de risques de décès postchirurgie

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les patients issus des quartiers défavorisés ont plus de risque de mourir 30 jours après une chirurgie planifiée non urgente que ceux issus des quartiers les plus riches, indique une étude de cohorte portant sur plus d'un million de patients en Ontario.
L'échantillon portait sur des patients ontariens ayant subi une intervention chirurgicale planifiée entre 2017 et 2023. Cependant, rien ne laisse présager que ce serait bien différent pour les patients québécois, selon Sandy Torres, chercheuse sociologue à l'Observatoire québécois des inégalités.
Elle n'est pas du tout surprise de voir qu'il y a une association entre la situation de pauvreté et un risque accru de mortalité, en l'occurrence de décéder après une chirurgie. «On retrouve ce même genre d'association quand on parle d'autres types de mortalité ou du risque d'hospitalisation ou de problème de santé en général», pointe-t-elle.
Mme Torres indique qu'il peut y avoir certaines spécificités au système de santé en Ontario, mais elle rappelle que dans les études canadiennes, et plus largement dans les pays occidentaux, on retrouve «cette même association entre la position socio-économique et l'état de santé et le fait qu'on a une vie plus courte quand on est en situation de défavorisation».
«On sait qu'en Ontario, ces inégalités sont plus prononcées. Malgré ça, ça ne me fait pas penser qu'au Québec la situation est meilleure. On l'a vu ces derniers temps, il y a beaucoup de gens en situation de précarité. Je n'ai pas de raison de penser que c'est différent au Québec, en fait», commente-t-elle.
Les failles du système de santé universel
L'étude, publiée dans la revue médicale Jama, souligne que malgré les progrès de la médecine périopératoire, près de 2 % des patients décèdent dans les 30 jours suivant une intervention chirurgicale, un chiffre qui n'a pas changé au cours de la dernière décennie.
D'autres recherches antérieures menées dans des systèmes de santé privés à but lucratif ont suggéré que les déterminants sociaux de la santé, notamment les conditions dans lesquelles les personnes naissent, grandissent, travaillent, vivent et vieillissent, jouent un rôle dans les résultats postopératoires défavorables. Mais on ignorait si ces conclusions s'appliquaient aussi aux systèmes de santé universels, comme au Canada.
Les résultats de l'étude sur des patients ontariens révèlent que ceux issus des quartiers plus défavorisés présentent un risque de décès accru de 52,0 % par rapport à ceux issus des zones les plus riches.
Ce taux est significatif, fait valoir Mme Torres. «Malheureusement, ça ne m'étonne pas du tout, lâche-t-elle. C'est un apport majeur de l'étude de mettre un chiffre, de quantifier cette association. On a besoin de ce genre de données.»
D'ailleurs, l'association entre décès et quartiers défavorisés persistait même en tenant compte des comorbidités connues des patients, comme d'avoir un cancer, une insuffisance cardiaque, le diabète ou une hypertension. Ce lien était aussi présent malgré la prise en compte des facteurs démographiques, l'état de santé des patients, des variables au niveau hospitalier et de la complexité des interventions chirurgicales.
Bien que le Canada dispose d'un système de santé universel, où le coût ne constitue en théorie pas un obstacle à l'accès aux soins chirurgicaux, les déterminants sociaux de la santé modifient l'accès à certains services de santé, dont les opérations planifiées, soutient Mme Torres.
«Ce qu'on voit dans différentes études qui sont menées au Québec et au Canada, c'est que la défavorisation matérielle et sociale, ça peut amener à retarder le recours aux soins de santé. Par exemple, vous pouvez être amené à consulter quand vraiment le problème s'est aggravé. Et puis ça peut même conduire à renoncer à se faire soigner», expose la chercheuse.
Elle cite en exemple que certains métiers laissent très peu de temps ou pas beaucoup de possibilités de prendre congé pour aller à ses rendez-vous médicaux. «Ce sont toutes ces petites choses qui font qu'en bout de ligne, quand on vit plus en situation de défavorisation, on va avoir moins accès au système de soins de santé», explique Mme Torres.
La solution prioritaire
Les personnes moins nanties n'arrivent souvent pas à couvrir leurs besoins de base, comme se nourrir et se loger, ce qui les rend beaucoup plus vulnérables face aux carences alimentaires et aux maladies, selon un document de l'Obervatoire québécois des inégalités. Elles peuvent aussi réduire leurs dépenses pour des médicaments. De plus, vivre en situation de pauvreté entraîne aussi du stress qui favorise des troubles de santé mentale.
L'amélioration des résultats postopératoires nécessite probablement de s'attaquer aux disparités sous-jacentes en matière de déterminants sociaux de la santé, suggère l'étude.
Pour Mme Torres, s'il y avait une seule solution à prioriser, ce serait de permettre aux gens de couvrir leurs besoins de base. «Ça passe par un meilleur soutien financier, mais ça peut passer aussi par des améliorations du quartier. C'est plein de choses. C'est de permettre aux gens d'être autonomes pour pouvoir acheter la nourriture qui est suffisante et de qualité; de pouvoir se loger de façon décente; de pouvoir s'habiller... Ce sont les besoins de base fondamentaux. Participer un minimum à la vie sociale et avoir quelques loisirs, ça fait aussi partie des besoins de base, et évidemment, de pouvoir se soigner et d'accéder comme tout le monde aux soins de santé», détaille la chercheuse.
Elle reconnaît que ce n'est pas une baguette magique et que les impacts positifs prendraient du temps à se faire ressentir. Les causes qui expliquent les problèmes de santé sont multifactorielles et ont un effet cumulatif, et les inégalités sociales en font partie.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne