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Les jeunes ont du mal à faire la différence entre influenceurs et journalistes

durée 16h37
30 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les jeunes Canadiens de 18 à 34 ans ont de plus en plus tendance à voir le contenu produit par des influenceurs et des journalistes citoyens comme de la nouvelle, bien que la plupart de ceux-ci n’aient pas de formation en journalisme et ne sont soumis à aucune règle éthique ou déontologique.

L’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM) de l’Université McGill publie mardi un rapport basé sur l’analyse de près de 9 millions de publications entre janvier 2023 et décembre 2025 ainsi qu’un sondage national auprès de 1518 répondants en ligne.

Les conclusions de ce rapport sont incontournables: le journalisme professionnel perd du terrain en ligne et les internautes plus jeunes se tournent donc vers d’autres sources beaucoup moins fiables.

Influenceurs: mélange des genres

L’OEM avertit toutefois que les journalistes professionnels et les influenceurs politiques «produisent un contenu systématiquement différent». L’analyse fine des contenus de YouTube et TikTok de 2025 montre que «le contenu des médias est dominé par le reportage (80 %), tandis que le contenu des influenceurs mêle reportage, opinion et analyse. Les influenceurs présentent plus souvent des affirmations sans attribution (76 % contre 31 %) et obtiennent des scores plus élevés d’intensité émotionnelle.»

Une des causes de cette percée des influenceurs et autres réside dans la décision de Meta de bloquer les contenus journalistiques sur ses plateformes afin de se soustraire à la Loi sur les nouvelles en ligne et, surtout, d’éviter ainsi de verser une contribution financière aux médias canadiens dont ils utilisent le contenu. Seulement 41 % des utilisateurs de Facebook et 23 % des abonnés d’Instagram sont au courant de ce blocage. Cependant, la plupart de ceux qui le savent se sont adaptés en se tournant vers les sites ou les applications de médias d’information.

Une autre cause est que les médias d’information eux-mêmes ont réduit l’offre d’information sur les réseaux sociaux depuis 2023. Certes, le blocage des nouvelles par Meta en explique une partie, mais au-delà de ce geste, les publications des organes de presse sur X ont chuté de 55 %. De leur côté, TikTok, YouTube et Bluesky ne comblent que partiellement le vide. Les petites rédactions locales, pour leur part, peinent à tirer leur épingle du jeu en raison de leurs moyens très limités qui les empêchent de suivre la cadence quand vient le temps de rejoindre leur public sur une multitude de plateformes.

Un fossé qui se creuse

En fin de compte, l’OEM conclut qu’en trois ans, un fossé s’est installé et continue de se creuser «entre le journalisme qui disparaît progressivement des plateformes numériques et les contenus que les Canadiens – en particulier les plus jeunes – considèrent désormais comme des nouvelles», ce qui n’étonne guère si l’on considère que chacune des plateformes n’offre plus qu’une fraction de l’information journalistique professionnelle produite au pays, quand elle en offre.

D’après les chercheurs de l’OEM, ce fossé n’est pas anodin: «L’exposition fréquente à un type de contenu est associée au fait de le considérer comme des nouvelles, sauf pour le contenu généré par l’IA, que la plupart des Canadiens refusent de classer comme tel, peu importe la fréquence d’exposition.»

Demande pour les médias en ligne

Pourtant, explique-t-on, «les fils d’actualité des Canadiens sur les médias sociaux ne correspondent pas à leurs préférences pour le contenu politique et d’actualité. Le contenu généré par l’IA et les publications d’utilisateurs inconnus apparaissent presque aussi souvent que le contenu produit par les médias traditionnels – pourtant, 74 % et 60 % souhaitent en voir moins, respectivement. De tous les types de contenu testés, les médias traditionnels et les publications d’amis et de proches sont les seuls que les Canadiens souhaitent voir davantage».

Et quand ils ont besoin d’être informés rapidement avec exactitude, ils choisissent d’ailleurs très majoritairement les grands médias d’information. «Pour 135 événements majeurs (2023–2025), les organismes de presse ont capté la majorité de l’engagement sur TikTok (88 %) et YouTube (68 %).»

Le rapport souligne que ces transformations pourraient avoir des conséquences importantes pour la démocratie. Les jeunes Canadiens s'informent de plus en plus sur la politique et l'actualité par l'entremise des influenceurs et des vidéos de courte durée, et sont aussi plus nombreux à considérer ces contenus comme des nouvelles. Les informations qui façonnent leur compréhension des enjeux publics évoluent, souvent sans qu'ils en aient conscience.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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