Les «guépards» préhistoriques du Yukon étaient plus proches du puma

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Par La Presse Canadienne, 2026
Les «guépards» élancés et agiles qui parcouraient le Yukon il y a 30 000 ans n'étaient en réalité pas du tout des guépards, mais de proches parents du puma qui s'étaient adaptés à se nourrir principalement de poissons plutôt que d'antilopes dans le climat rigoureux du Nord, comme le montre une nouvelle étude.
L'étude publiée dans la revue «Current Biology» a analysé des fossiles découverts au Yukon et dans le Wyoming, aux États-Unis, appartenant à l'espèce Miracinonyx trumani, également connue sous le nom de «guépard américain».
Avec leur corps élancé et gracieux et leurs longues pattes, ces félins aujourd’hui disparus semblaient ressembler aux guépards africains.
Toutefois, des chercheurs ont découvert que ces félins étaient en réalité plutôt de proches parents du puma, s'étant séparés de la lignée du puma il y a environ 2,6 millions d’années, à une époque où l’expansion des prairies et le refroidissement climatique ont favorisé la diversification de nombreux mammifères nord-américains.
Grant Zazula, paléontologue au service du gouvernement du Yukon et l’un des coauteurs de l’étude, a déclaré que l’identification de cette espèce sur le territoire était intéressante, car l’antilope d’Amérique, chassée par ses homologues du sud, n’y avait jamais existé.
Les chercheurs ont voulu savoir ce que mangeaient les félins du Yukon à la place; ils ont donc envoyé des fossiles pour analyse. Les résultats ont révélé une signature chimique correspondant à celle d’autres prédateurs piscivores, comme les grizzlis, a expliqué M. Zazula.
En effet, les félins du Yukon s’étaient adaptés à une alimentation principalement à base de poissons, une préférence unique par rapport au régime alimentaire plus varié de leurs cousins du sud.
«Nous n’avons jamais observé un félin se comporter ainsi auparavant», a fait remarquer M. Zazula lors d’une entrevue, jeudi.
Il a expliqué que ces chats avaient probablement opéré ce changement pour s’adapter à leur nouvel environnement après s’être aventurés plus au nord, dans un Yukon qui était très différent il y a 30 000 ans.
Les forêts boréales, avec leurs épicéas et leurs animaux tels que l’orignal, que l’on trouve dans le Yukon actuel, n'étaient pas là. À la place, les félins auraient dû faire face à des prairies dépourvues d’arbres et côtoyer des mammouths laineux, des chevaux sauvages, des bisons et d’autres grands mammifères.
«Comme il y avait énormément de ces grands herbivores dans le paysage, nous avions beaucoup de carnivores qui s’en nourrissaient», a expliqué M. Zazula. Parmi les autres prédateurs figuraient les lions, les «tigres à dents de sabre», les loups et les grizzlis.
Les guépards du Yukon auraient dû trouver leur place dans un environnement concurrentiel et impitoyable, a ajouté M. Zazula.
Heureusement, les rivières de la région regorgeaient de saumons et les félins pouvaient se nourrir de carcasses de poissons le long des berges ou faire leur choix parmi les frayères grouillant de poissons.
Ce régime alimentaire particulier a sans doute été la clé de leur survie dans le Nord, a noté le paléontologue.
«Pour vivre et prospérer au Yukon pendant la période glaciaire, il a dû trouver sa propre façon de survivre. Et cette niche alimentaire liée à la pêche n’était pas occupée», a-t-il expliqué.
Les chercheurs ont également découvert que l’environnement du Yukon avait eu un impact sur la génétique de ces chats. Deux des gènes régulant le rythme circadien — qui correspond essentiellement à l’horloge biologique de l’organisme réagissant aux variations de luminosité — étaient inactifs chez eux.
Cela pourrait s’expliquer par le fait que les animaux devaient s’adapter à des extrêmes saisonniers de lumière et d’obscurité en raison de leur habitat en haute altitude, ou bien que ces chats auraient pu être des animaux nocturnes.
Ces félins ont fini par s’éteindre après avoir été incapables de s’adapter aux changements de l’écosystème à la fin de la période glaciaire.
Mais M. Zazula a souligné que leur capacité d’adaptation à l’environnement du Yukon présentait des similitudes avec celle des personnes qui y vivent aujourd’hui.
«Toute personne qui s’installe au Yukon doit trouver une nouvelle façon de vivre si elle n’est pas d’ici, a-t-il fait remarquer. (Ces chats) ont trouvé leur voie, ils ont réussi en s’adaptant à de nouvelles ressources et à de nouvelles conditions environnementales. C’est ainsi qu’est apparu un animal unique: le guépard du Yukon.»
Marissa Birnie, La Presse Canadienne