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Les cures détox promues après les Fêtes sont inefficaces

durée 10h00
3 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTREAL — Plusieurs personnes souhaitent faire une cure pour éliminer les excès d'alcool ou de nourriture ingérés pendant les Fêtes. Gare toutefois aux charlatans qui tentent de vous vendre des produits pour détoxifier votre foie ou éliminer les toxines du corps. Il faut plutôt miser sur les bonnes habitudes de vie. Or, une fatigue s'installe auprès de la population par rapport à ce discours.

Détox n'est pas un terme médical, mentionne d'emblée le Dr Christopher Labos, cardiologue et associé à l‘organisation pour la science et la société de l‘Université McGill, dont la mission est de présenter la science au public. Il n'y a rien qui existe pour détoxifier le corps, souligne-t-il à grands traits.

«Tout ce qu'on boit, tout ce qu'on mange, va être digéré et éliminé de la façon régulière à travers notre système gastro-intestinal. Tout ce que vous voyez sur l'internet qui parle de détox d'une forme ou d'une autre, n'a aucune valeur scientifique du tout», dénonce-t-il.

Le médecin nuance que ce genre de produits de détoxification, qui sont tantôt vendus en pharmacie tantôt sur le web, ne sont pas dangereux, mais ils n'ont aucun effet bénéfique. «Pour le consommateur, c'est mieux de ne pas dépenser son argent sur des produits qui ne font pas grand-chose», dit-il.

Le Dr Labos explique que la clé est d'agir en amont, c'est-à-dire de bien manger, sans excès dans les quantités, et de ne pas trop boire d'alcool. Mais même si on se sert une grande part de bûche de Noël, rien de tout cela n'est «dangereux dans le sens aigu», sauf pour l'alcool, il va sans dire.

«Si on veut éliminer les effets néfastes de l'alcool, il ne faut juste pas boire de l'alcool et réaliser qu'un peu de modération c'est bon toute l'année, pas juste pour le janvier sec (mois de janvier pendant lequel on ne boit pas d'alcool)», indique le Dr Labos.

Il fait ressortir que les gens se donnent souvent des passe-droits. «Les effets de ne pas bien manger, ce sont vraiment des conséquences qui s'accumulent avec le temps. C'est le surpoids, le diabète, l'hypertension, le cholestérol, les maladies cardiovasculaires. Tout ça arrive avec le temps. Bien entendu, il y a les effets de l'âge, de la génétique et tout ça. Mais nos habitudes de vie jouent un très grand rôle. Il faut réaliser que si on fait des exceptions pour Noël, pour Pâques, pour le Jour de l'an, pour les [vacances] d'été, on commence à réaliser que les exceptions deviennent assez nombreuses», souligne le médecin.

Pas assez intéressantes, les saines habitudes de vie

Le Dr Labos constate qu'il est difficile de faire passer le message d'adopter de bonnes habitudes. «Le problème pour la population générale, c'est que comme recommandation, ce n'est pas intéressant, ce n'est pas sexy. C'est difficile de dire la même chose à répétition parce qu'à un certain point, les gens disent ''mais qu'est-ce qu'on peut vraiment faire pour améliorer notre santé médicale?''. Ce sont des recommandations où on ne voit pas le bénéfice parce que ce sont des bénéfices à long terme», pointe le Dr Labos.

Par exemple, il est recommandé de faire au moins 150 minutes d'activité physique d'intensité moyenne à vigoureuse par semaine pour maintenir une bonne santé cardiovasculaire. Mais le Dr Labos croit que les gens connaissent souvent ce genre de recommandation.

En sommes, il ne faut pas être trop sédentaire, bien dormir et manger de façon équilibrée. «Toutes ces choses sont importantes. Mais ce sont des choses si communes et répétées si souvent que le monde commence à faire un peu [la sourde oreille] sur ça parce qu'ils l'entendent à répétition et ce n'est plus intéressant. Et c'est ça la difficulté avec la vulgarisation scientifique. Il faut trouver une façon de communiquer à la population les choses qui sont importantes, mais pas nécessairement intéressantes», commente-t-il.

Le Dr Labos voit aussi une certaine compétitivité avec les influenceurs sur les réseaux sociaux, qui réussissent à attirer une grande masse de gens, mais sans nécessairement être factuels. «Le désavantage qu'on a comparé aux influenceurs qui sont sur l'internet — parce qu'ils peuvent dire beaucoup de choses pour essayer de créer de l'intérêt à travers la population — ils disent des choses qui ne sont pas basées sur les faits scientifiques», déplore-t-il.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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