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Les AUT seraient particulièrement périlleux après un cancer

durée 10h00
7 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Si on sait que les aliments ultratransformés (AUT) sont mauvais pour la santé, une nouvelle étude prévient qu'ils semblent être particulièrement nocifs pour les individus qui ont survécu à un cancer.

Des chercheurs italiens ont ainsi constaté, après un suivi de 15 ans, que les survivants au cancer dont l'alimentation était la plus riche en AUT augmentaient de 59 % leur risque de succomber à un cancer, et de 48 % leur risque de mortalité toutes causes confondues, comparativement aux survivants qui en consommaient le moins.

Un peu plus du tiers de ces associations, soit 37 %, «s'expliquait par des taux élevés de marqueurs inflammatoires et de fréquence cardiaque au repos», ont écrit les auteurs de l'étude.

«On savait qu'il y avait une augmentation du risque de développer un cancer lié aux aliments ultratransformés», a rappelé le professeur David Labbé, qui est scientifique au sein du programme de recherche sur le cancer à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill.

«Maintenant, il y a une évidence qu'il y a un risque accru de mourir, soit du cancer, soit d'autres causes.»

Cela étant dit, a-t-il poursuivi, même si les auteurs de l'étude attribuent environ le tiers de l'association observée à une inflammation importante et à une fréquence cardiaque accélérée au repos, il reste que les mécanismes en cause ne sont pas entièrement compris.

Il est aussi possible que les résultats de l'étude soient influencés par un biais de sélection, a-t-il souligné.

«Peut-être que (les participants sont des) patients en moins bonne forme, a dit le professeur Labbé. C'est peut-être pour ça qu'ils consomment plus d'aliments ultratransformés. Peut-être que ce sont des gens qui ont eu un cancer ou un traitement plus agressif. Peut-être qu'ils ne sont plus capables de cuisiner à la maison avec des ingrédients de meilleure qualité.»

Les substances utilisées dans la transformation industrielle des aliments peuvent interférer avec les processus métaboliques, perturber le microbiote intestinal et favoriser l'inflammation, ont expliqué les auteurs de l'étude dans un communiqué.

Par conséquent, ajoutent-ils, «même si un aliment ultratransformé a, sur papier, une teneur en calories et une composition nutritionnelle similaires à celles d'un aliment peu transformé ou 'naturel', il peut néanmoins avoir un effet plus nocif sur l'organisme».

«On ne peut pas vraiment prévenir le cancer, mais on peut réduire le risque de le développer, a dit le professeur Labbé. Il faut limiter la consommation d'aliments transformés riches en sucres ajoutés, de viandes transformées, de boissons gazeuses sucrées, etc.»

Les aliments ultratransformés sont ceux qui ont été produits industriellement et qui contiennent des ingrédients que l’on ne trouve généralement pas dans une cuisine familiale, comme des émulsifiants, des agents de conservation, des colorants et des arômes artificiels.

Cette vaste catégorie comprend des produits tels que les boissons gazeuses, les nouilles instantanées et les croustilles, ainsi que des aliments moins évidents comme les yaourts aromatisés et les pains complets préparés dans le commerce.

En ce moment, estime le professeur Labbé, même si on ne comprend pas entièrement pourquoi et comment les AUT nuisent à la santé, «il y a suffisamment de fumée pour dire qu'on devrait, en tant qu'individus et en tant que société, commencer à faire des choix ou supporter les gens pour les amener à délaisser les aliments ultratransformés».

«C'est un peu comme pour la cigarette, a dit le professeur Labbé. On ne savait pas exactement quel composé chimique pouvait augmenter le risque de cancer du poumon chez les fumeurs, mais ça n'a pas empêché de commencer à légiférer, puis d'adopter des règlements et des lois pour encadrer et réduire le tabagisme.»

Selon les données les plus récentes dont on dispose, les aliments ultratransformés représentent près de 45 % de l’apport énergétique quotidien des Canadiens de 20 ans et plus.

Les auteurs de l'étude italienne ont utilisé la classification des aliments Nova, qui est très peu connue au Québec même si des études ont témoigné de son efficacité pour contribuer à une perte de poids ou combattre des problèmes comme le diabète.

La classification Nova répartit les aliments entre quatre catégories: les aliments peu ou pas transformés (catégorie verte); les ingrédients alimentaires transformés (catégorie jaune); les aliments transformés (catégorie orange); et les aliments ultratransformés (catégorie rouge).

Les conclusions de la nouvelle étude ont été publiées par le journal Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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