Les attaques israéliennes réduisent l'aide humanitaire à Gaza, selon l'UNICEF

Temps de lecture :
6 minutes
Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Le responsable des Nations unies chargé de veiller au bien-être des enfants, ainsi qu'à l'approvisionnement en eau et à l'assainissement dans la bande de Gaza, salue le soutien apporté par le Canada aux Palestiniens. Il rapporte toutefois qu'une partie des fonds d'aide est gaspillée en raison des attaques israéliennes contre les infrastructures hydrauliques et des restrictions imposées aux organisations humanitaires.
Jonathan Veitch, responsable de l’UNICEF pour les territoires palestiniens, a affirmé que la destruction par l’armée israélienne d’infrastructures, telles que l'installation d’approvisionnement en eau «Canada Well», et les attaques contre les personnes chargées de distribuer l’eau rendaient la survie encore plus difficile pour les familles désespérées, qui vivent désormais dans des tentes infestées de rats.
«Sur le terrain, la situation est tout simplement effroyable», a raconté M. Veitch à La Presse Canadienne, lors d’un entretien exclusif accordé au cours de sa visite à Ottawa au début du mois.
«Tout ce que nous demandons, c’est que les besoins humanitaires fondamentaux soient satisfaits grâce à un processus de reconstruction et à la remise en état de certains de ces systèmes.»
M. Veitch a passé cinq jours dans la bande de Gaza début juillet, juste avant de se rendre à Ottawa. L’UNICEF est l’une des rares organisations humanitaires qu’Israël autorise à entrer sur le territoire palestinien.
La guerre menée par les États-Unis contre l’Iran et l’invasion du Liban par Israël ont détourné l’attention des médias de la bande de Gaza. L’UNICEF indique que près de 300 enfants ont été tués par les hostilités à Gaza depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre dernier.
«La situation sur le terrain ne s’est pas nettement améliorée. Le cessez-le-feu a été conclu en octobre dernier et, depuis lors, on compte pratiquement un enfant tué par jour», a-t-il déclaré.
Gaza était déjà un territoire surpeuplé avant le début de la guerre en 2023. La plupart des Palestiniens qui y vivent sont considérés comme des réfugiés par l’ONU.
Une attaque brutale du Hamas contre Israël en octobre 2023 a poussé Israël à bombarder le territoire. Depuis lors, des dizaines de milliers de personnes ont trouvé la mort dans la bande de Gaza et la plupart des bâtiments de l’enclave ont été gravement endommagés.
L’armée israélienne a étendu son contrôle sur la zone depuis le début du cessez-le-feu, a indiqué M. Veitch, et 2,1 millions de Gazaouis se retrouvent confinés sur à peine 30 % du territoire.
Les familles vivent dans des tentes de fortune entourées de montagnes de déchets, a ajouté M. Veitch. Ces dernières semaines, les températures nocturnes à Gaza sont rarement descendues en dessous de 25 °C.
«Nous avons littéralement des millions et des millions de rats qui se reproduisent et qui s'introduisent dans les tentes la nuit», a-t-il expliqué.
«J’ai vu certains de ces enfants se rendre à l’hôpital avec des morsures de rat sur le visage. Et à cause des déchets solides, nous sommes également confrontés à d’énormes problèmes d’insectes et d’infections cutanées.»
Des conditions strictes pour l'entrée d'aide et de matériel
Les responsables médicaux de Gaza n’ont souvent pas accès aux antibiotiques et aux produits nécessaires aux examens médicaux, a fait valoir M. Veitch.
Israël autorise l’entrée à Gaza de bâches, de feuilles de plastique et de fournitures destinées à maintenir la population en vie, mais interdit les générateurs, le ciment et d’autres articles qui vont au-delà des besoins de survie de base, a-t-il dit.
Il a indiqué qu’Israël exigeait des «informations extrêmement détaillées» pour l’importation de tout matériel destiné à la remise en état des infrastructures hydrauliques, notamment des spécifications précises et des photographies.
Cela s’inscrit dans le cadre du système mis en place par l’armée israélienne pour empêcher l’entrée de biens qui, selon elle, pourraient être utilisés à des fins tant civiles que militaires, soit les biens «à double usage».
Israël affirme ainsi empêcher le Hamas de fabriquer des armes ou de détourner des fournitures vers le marché noir pour financer ses attaques. Les organisations humanitaires estiment toutefois que les restrictions israéliennes sont bien trop larges.
Israël a invoqué des préoccupations similaires lorsqu’il a demandé aux organisations humanitaires internationales de fournir des données personnelles détaillées et des informations sensibles concernant leur personnel et leurs sous-traitants. Il a interdit l’accès au territoire aux organisations humanitaires qui ne se sont pas conformées à ses normes en matière de déclaration.
En tant qu’agence des Nations unies chargée de la protection de l’enfance, l’UNICEF se concentre sur la fourniture de services d’éducation, de soins de santé et de nutrition.
Mais M. Veitch a rapporté que son organisation avait dû prendre en charge les services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène pour l’ensemble de la bande de Gaza, en tant que «prestataire de dernier recours» selon les termes de l’ONU, car Israël a exclu les organisations humanitaires qui ne se conformaient pas à ses nouvelles normes.
Il a ajouté que la canalisation d’eau de Mekorot, essentielle pour le territoire, présentait d’importantes fuites et que les autorités ne parvenaient pas à se procurer le matériel nécessaire pour la réparer. Les usines de dessalement traitent l’eau de manière à ce qu’elle puisse être utilisée pour le nettoyage, mais pas pour la consommation, a-t-il précisé.
Ce n’est que récemment qu’Israël a commencé à autoriser les livraisons de tuyaux d’eau en plastique à Gaza, a-t-il dit.
En avril, lors d’une fusillade, les troupes israéliennes ont abattu deux chauffeurs travaillant pour l’UNICEF qui remplissaient des citernes d’eau à Gaza. Désormais, a affirmé M. Veitch, les camions-citernes de l’UNICEF circulant à Gaza doivent être conduits par du personnel de l’UNICEF et être escortés par des véhicules blindés et des agents de sécurité.
«Nous continuons à effectuer ces livraisons d’eau par camion jour après jour, ce qui est extrêmement coûteux et pèse sur les contribuables canadiens et d’autres», a-t-il déclaré.
«Nous pouvons résoudre ce problème assez simplement en acheminant le matériel nécessaire pour réparer ces canalisations, réduire les fuites et remettre en service certaines des stations de pompage qui sont tombées en panne ou ont été détruites pendant la guerre.»
Le bureau de Randeep Sarai, secrétaire d’État canadien au Développement international, a été sollicité pour commenter cette affaire.
Une infrastructure d'eau attaquée
En juillet 2024, des soldats israéliens se sont filmés en train de faire sauter une installation d’approvisionnement en eau dans le quartier de Tel al-Sultan, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Cette installation est connue sous le nom de Canada Well, car elle se trouve dans une zone où l’aide étrangère canadienne à Gaza s’était concentrée pendant des décennies.
Dans une déclaration la semaine dernière, les Forces de défense israéliennes ont indiqué qu’elles évaluaient toujours ce qui s’était passé.
Le COGAT, l’organisme militaire israélien chargé de superviser l’action humanitaire à Gaza, a reconnu la propagation de maladies et les pénuries d’eau dans la bande de Gaza. Il insiste sur le fait qu’il met tout en œuvre pour apporter son soutien tout en empêchant le Hamas de détourner l’aide ou de l’utiliser pour fabriquer des armes.
Le COGAT a ajouté qu’il élaborait actuellement une réponse à la recrudescence des cas de varicelle à Gaza.
M. Veitch a salué le Canada pour son soutien continu à l’UNICEF et aux agences des Nations unies grâce à un financement non lié à des projets spécifiques, ce qui permet aux travailleurs humanitaires d’affecter les fonds aux besoins les plus urgents sur le terrain.
«Le Canada a clairement joué un rôle bien au-delà de son poids en matière d’aide humanitaire nationale en faveur de Gaza et de la Cisjordanie», a-t-il déclaré.
Il a expliqué que des enfants sont accueillis dans des salles de classe de fortune grâce aux dons du secteur privé canadien et aux modestes contributions mensuelles de ses citoyens.
«Donner un peu, semaine après semaine, a fait une énorme différence pour aider ces enfants», a-t-il soutenu.
Il a déclaré que l'aide et le soutien de pays comme le Canada avaient mis fin à une famine à Gaza en renforçant l'approvisionnement alimentaire et en réduisant la malnutrition aiguë chez les jeunes enfants.
Gaza compte l’une des populations les plus jeunes de la planète — la moitié des habitants de l’enclave sont des enfants — et la guerre a fait de nombreux orphelins et amputés.
«Tous les enfants sont traumatisés. Ils se trouvent dans une situation très difficile», a dit M. Veitch, ajoutant que la paix serait plus difficile à instaurer si des milliers de personnes grandissaient sans perspectives d’avenir ni éducation.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne