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Les agriculteurs canadiens confrontés à une forte hausse des coûts

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22 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

CREMONA — La forte hausse des prix du carburant et des engrais plonge les producteurs agricoles canadiens dans un jeu de hasard coûteux.

Les prix du diesel et des engrais ont presque doublé depuis le conflit impliquant les États-Unis, l'Iran et Israël, car l'impasse a paralysé les livraisons vitales de pétrole et de gaz transitant par le détroit d'Ormuz.

Cela a des répercussions sur l'ensemble des matières premières et une pénurie d'engrais pourrait faire de la prochaine campagne agricole un pari risqué pour les agriculteurs.

Les familles de Bruce Bird et Dave Reid possèdent des fermes à Cremona, au nord-ouest de Calgary, en Alberta, depuis plus d'un siècle.

Les deux hommes ont tenté leur chance l'automne dernier et ont acheté à l'avance du carburant et des engrais pour passer cette saison de culture, alors que les semis sont prévus dans environ deux semaines.

«Nous avons immobilisé des centaines de milliers de dollars», a indiqué M. Bird, 48 ans, qui exploite environ 1300 hectares.

«Si je n’avais pas pu justifier ces coûts, j’aurais dépensé au moins 100 000 $ de plus pour exactement le même produit, les mêmes doses, tout exactement pareil», a-t-il précisé.

M. Bird a mentionné que, même avec ces économies, le coût reste élevé.

«Notre planification préalable a un coût énorme. Je n’ai pas besoin d’aller à Vegas. Je vis à Vegas», a-t-il souligné.

M. Reid, 49 ans, plante environ 1012 hectares cette année.

«Acheter à l’avance à l’automne était un pari, car les gens laissaient entendre que les prix allaient baisser au printemps», a expliqué M. Reid.

Il a précisé que le prix du diesel est d’environ 1,50 $ le litre, car les producteurs agricoles sont exonérés de la taxe d’accise.

Mais M. Reid a affirmé que les coûts restaient prohibitifs.

«Votre tracteur peut consommer mille litres par jour. Cela représente beaucoup d’argent. Les prix des céréales ne sont pas très élevés en ce moment et cela fait partie du problème. Les marges (bénéficiaires) sont faibles», a-t-il déclaré.

«Vous devez quand même payer vos équipements, vos terres, donc vous avez des dépenses fixes, que vous travailliez ou non», a-t-il ajouté.

Jill Verwey et sa famille exploitent plus de 4000 hectares près de Portage la Prairie, au Manitoba. Elle est vice-présidente de la Fédération canadienne de l'agriculture et présidente de Keystone Agricultural Producers dans la province.

La forte volatilité du secteur réduit encore davantage les marges bénéficiaires, selon elle.

«Nous allons encore ressentir l’impact sur les prix du carburant, qui ont considérablement augmenté, et, d’après mes dernières informations, le prix des engrais a grimpé de 40 %», a-t-elle avancé.

«La dernière livraison de diesel coûtait 1,51 $ (le litre). Je dirais qu’elle a probablement doublé, en réalité. Lorsque j’ai établi mon budget au printemps dernier, j’étais probablement à 80 cents le litre», a-t-elle mentionné.

Mme Verwey a expliqué que, même si les agriculteurs pourraient envisager de se tourner vers des cultures nécessitant moins d’engrais, les ajustements apportés à l’exploitation ont leurs limites.

«Si vous réduisez votre utilisation d’engrais, vous réduisez le potentiel de rendement global, et vous perdez alors votre rentabilité à l’acre. Vous essayez donc de serrer la ceinture sur tous les coûts supplémentaires que vous pourriez avoir et d’apporter quelques ajustements», a souligné Mme Verwey.

Pas près de s'améliorer

Le Dr Asim Biswas, professeur d'agriculture à l'Université de Guelph, a soutenu que les agriculteurs traversaient une période difficile.

Il a indiqué qu’il y aurait sans aucun doute une pénurie d’engrais et que, bien que le pays dispose de potasse, d’autres engrais devront tout de même être importés.

«Cela va coûter extrêmement cher. De plus, nous risquons de ne pas disposer de quantités suffisantes pour épandre les engrais au niveau souhaité par les agriculteurs», croit M. Biswas.

«À l’heure actuelle, la situation est telle que certains ont peut-être déjà passé commande, mais les produits ne sont pas livrés. Ils sont bloqués quelque part. Nous ne savons pas combien de temps […] la situation géopolitique va retarder leur acheminement jusqu’à nous. Tout cela échappe à notre contrôle», a-t-il précisé.

M. Biswas a indiqué que certains producteurs pourraient simplement décider de ne pas semer cette année, mais que ce serait une erreur.

«Souvent, les agriculteurs se disent: “Je ne vais pas cultiver quoi que ce soit cette année”, a-t-il expliqué. C'est une situation très difficile, car une fois qu'ils auront pris cette décision (...) cela va nuire à notre commerce, cela va nuire à notre économie et cela va avoir des répercussions sur la sécurité alimentaire nationale.»


Bill Graveland, La Presse Canadienne

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