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Les accords signés par Carney en Chine ne se sont pas faits en un jour

durée 17h20
16 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Les accords négociés par le premier ministre Mark Carney au cours de ses deux jours de visite à Pékin sont le fruit de plusieurs mois de travail diplomatique et de connaissances culturelles, selon les experts en relations internationales.

Fen Osler Hampson, professeur d'affaires internationales à l'université Carleton, a affirmé que M. Carney «ne serait pas monté dans l'avion» sans savoir au préalable qu'il avait «quelque chose d'important, un bon coup à ramener à la maison».

«L'équipe qui soutient l'ambassadeur a certainement dû faire des heures supplémentaires pour y parvenir.»

Vendredi, M. Carney a annoncé que la Chine avait accepté de réduire ses droits de douane sur les produits agricoles en échange d'un certain accès au marché canadien pour les véhicules électriques chinois, et que Pékin avait accepté d'assouplir à terme ses exigences en matière de visas pour les visiteurs canadiens.

La veille, il avait supervisé la signature d'accords portant sur les finances, les aliments pour animaux de compagnie, le bois d'œuvre, le pétrole et les technologies vertes.

La vice-présidente de la Fondation Asie-Pacifique, Vina Nadjibulla, a expliqué que ces accords étaient le fruit d'un «processus itératif» de discussions entre les bureaucrates et les dirigeants politiques, qui a nécessité que chaque partie crée une toute une dynamique avant la visite.

Ce processus a probablement débuté au moment de l'appel téléphonique de M. Carney au premier ministre Li Qiang en juin, qui a été suivi de deux réunions avec M. Li aux Nations unies en septembre dernier, puis de la réunion d'octobre en Corée du Sud entre M. Carney et le président Xi Jinping.

«Entre ces conversations au sommet qui créent un espace politique — indiquant ce qui est possible —, les fonctionnaires, l'ensemble de l'appareil gouvernemental tant au Canada qu'en Chine (...) se mobilisent pour essayer de donner suite à tout engagement, à toute ouverture qui a été créée lors de ces discussions entre les dirigeants», a noté Mme Nadjibulla.

Elle a ajouté que la rencontre entre MM. Xi et Carney en octobre avait certainement donné lieu à 11 semaines de discussions intenses entre les responsables.

«Les bureaucraties des deux pays ont dû travailler d'arrache-pied, y compris pendant les vacances de Noël ici au Canada, pour essayer d'en arriver au point où ils ont pu prendre l'avion et se rendre à Pékin», a-t-elle imaginé.

«Et puis, une fois arrivés, ils ont dû travailler sans relâche», a-t-elle ajouté, soulignant la déclaration du gouvernement jeudi selon laquelle ils discutaient encore des droits de douane à la veille de la réunion des dirigeants.

«Jusqu'à la dernière minute, les discussions et les négociations se poursuivent, des éléments sont ajoutés ou supprimés, et ce ne sont pas des détails insignifiants.»

Ces rencontres entre dirigeants sont précédées de plusieurs mois d'appels Zoom, de réunions de planification, de consultations avec les ministères fédéraux et les dirigeants provinciaux, d'analyses des récentes collaborations de la Chine avec d'autres partenaires et d'efforts pour relancer des projets communs.

Mme Nadjibulla a donné l'exemple du Dialogue stratégique économique et financier Canada-Chine, un groupe de travail qui était censé se réunir régulièrement. Il ne s'est finalement réuni qu'une seule fois, en novembre 2018, avant que la crise diplomatique liée à la détention par la Chine de deux Canadiens en représailles à l'arrestation à Vancouver d'une dirigeante chinoise du secteur technologique ne gèle les relations diplomatiques.

Les deux pays ont annoncé vendredi que cet organisme allait finalement reprendre ses travaux.

M. Hampson a salué le «travail préparatoire très intense, de nombreux mois de travail acharné», des diplomates et des fonctionnaires qui a permis à Ottawa d'envoyer une importante délégation de ministres à Pékin.

«On ne se lance pas à fond sans avoir quelque chose à offrir», a-t-il remarqué

Culture diplomatique.

Les facteurs culturels peuvent également faciliter ou entraver les efforts visant à conclure des accords bilatéraux.

«Dans les cultures asiatiques, les relations personnelles sont vraiment très importantes», a expliqué M. Hampson, ajoutant que la culture chinoise accorde également une grande importance à l'éducation.

L'expérience passée de M. Carney avec ses homologues chinois et son éducation formelle lui ont probablement valu une certaine sympathie de la part de la Chine, a déclaré M. Hampson.

«Ils le prennent au sérieux. On peut le voir dans leur langage corporel», a-t-il remarqué.

«Les réunions se sont déroulées dans de grandes salles avec de grandes tables et beaucoup de personnes assises autour. Et il a eu une réunion assez longue avec Xi Jinping, ils ont donc dû parler de beaucoup de choses.»

Il a comparé cet accueil à la façon dont la Chine considérait l'ancien premier ministre Justin Trudeau, dont le père, Pierre Elliott Trudeau, avait une longue histoire de coopération avec Pékin et l'allure d'un intellectuel.

«Ils espéraient en quelque sorte qu'il serait comme son père, mais il s'est avéré qu'il ne l'était pas. Ils ont donc été déçus», a-t-il fait valoir, affirmant que le parcours de M. Carney lui avait ouvert des portes à Pékin.

«Cela a ouvert des possibilités qui n'existaient tout simplement pas avec (Justin) Trudeau et qui n'auraient pas nécessairement existé avec un gouvernement conservateur si (Pierre) Poilievre avait remporté» les élections de l'année dernière, a-t-il indiqué.

M. Nadjibulla a affirmé que les interactions de M. Carney avec Xi Jinping étaient essentielles pour faire avancer les choses dans le système chinois — une bureaucratie efficace et hiérarchisée conçue pour mettre en œuvre ce que Xi Jinping juge important.

«Il donne l'autorisation, il donne des instructions et il donne une orientation au système, pour qu'il avance, trouve des solutions et contourne certains problèmes», a-t-elle expliqué.

Elle a comparé cette approche à celle du Canada, où la politique est fondée sur un processus démocratique façonné par l'opinion publique, les gouvernements provinciaux, le secteur privé et la société civile.

Mme Nadjibulla a prévenu que les accords signés cette semaine pourraient encore rencontrer des obstacles si Ottawa allait de l'avant avec des politiques et des déclarations qui irritent Pékin.

Elle a cité le registre des agents étrangers promis par Ottawa et la position du Canada sur les revendications de la Chine en mer de Chine méridionale, ainsi que ses manœuvres militaires autour de Taïwan.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne

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