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Le sildénafil pourrait aider à traiter le syndrome de Leigh

durée 09h45
21 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Le sildénafil pourrait se révéler être un allié inattendu dans la lutte contre le syndrome de Leigh, une maladie génétique rare qui se manifeste habituellement avant le deuxième anniversaire et emporte souvent ses victimes en quelques années.

Lors d'essais pré-cliniques, la molécule mieux connue sous son nom commercial de Viagra a permis de corriger certaines anomalies dans les cellules porteuses d'une variante génétique associée à la maladie.

Elle a aussi légèrement prolongé la durée de vie chez des rongeurs et des porcs présentant d'autres mutations liées à ce syndrome.

Les résultats préliminaires publiés par les chercheurs américains et européens révèlent enfin que le sildénafil pourrait avoir soulagé les symptômes de quelques patients.

«(Les chercheurs) ont vu une amélioration de plusieurs caractéristiques, donc c'est très encourageant, mais il reste encore beaucoup de choses à mesurer», a commenté le docteur Grant Mitchell, qui est généticien au CHU Sainte-Justine.

Le syndrome de Leigh est une forme grave et incurable de maladie mitochondriale qui entraîne une régression psychomotrice et des crises métaboliques.

Les maladies mitochondriales désignent un ensemble de troubles héréditaires affectant le fonctionnement des mitochondries, des structures dont la tâche est de fabriquer de l’énergie à partir des aliments que nous mangeons.

La plupart des enfants affectés développent rapidement des difficultés à respirer et à avaler, mais les symptômes, dans certains cas, n'apparaissent qu'à l'adolescence ou même plus tard.

Plusieurs gènes défectueux peuvent être mis en cause dans le syndrome de Leigh, a souligné le docteur Mitchell.

«Il y a de multiples formes du syndrome de Leigh et il n’est pas certain que toutes les formes répondraient de la même façon au traitement par le sildénafil, a-t-il dit. Il y a une forme du syndrome qui est plus fréquente au Québec qu’ailleurs à cause d’un effet fondateur génétique historique. Ni cette forme, ni le gène responsable, n’ont été mentionnés dans l’étude publiée.»

Des chercheurs avaient découvert, il y a plusieurs années, que le gène MT-ATP6 semble être à l'origine d'une charge électrique anormale dans la membrane des mitochondries.

Les auteurs de la nouvelle étude ont passé au crible tout près de 6000 molécules. Ils ont constaté que le sildénafil était particulièrement efficace dans la restauration d'une charge électrique normale.

D'autres tests in vitro et in vivo ont témoigné du potentiel de la molécule à corriger certains des problèmes associés à la maladie.

Les chercheurs ont aussi prescrit du sildénafil à six patients. L'un d'entre eux, un jeune de 16 ans, se détériorait rapidement et une hospitalisation aux soins palliatifs était envisagée. Sept ans plus tard, ses symptômes s'améliorent, même s'il ne peut toujours pas marcher sans aide.

«La façon par laquelle le médicament a produit les effets reste spéculative, a souligné le docteur Mitchell. Le médicament est connu pour dilater les vaisseaux sanguins, mais il peut y avoir d’autres effets. Il n’est pas clair par quel chemin la prise du sildénafil est liée aux effets (bénéfiques). Mais dans l’ensemble, les effets sont très encourageants.»

Un des cinq autres patients a dû cesser le traitement en raison d'effets secondaires, mais on a constaté une amélioration modeste de l'état des quatre autres.

«C'était sur une courte période, c'était analysé avec une seule (forme de la) maladie, et donc, on ne peut pas devenir trop optimistes, mais effectivement, si tout continue à marcher comme ça..., a dit le docteur Mitchell. Les auteurs ont fait un grand bond vers l'avant, c'est un papier très complexe et très détaillé.»

Des experts indépendants font enfin remarquer que le syndrome de Leigh peut être épisodique, avec une amélioration ou une détérioration soudaine des symptômes. Il peut donc être difficile de distinguer l'effet du médicament de la progression normale de la maladie.

Les conclusions de la nouvelle étude ont été publiées par le journal médical Cell.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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