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Le nouveau consulat ouvre une nouvelle phase des relations canado-groenlandaise

durée 09h35
21 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

6 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

NUUK — La diplomate canadienne qui est en poste au Groenland affirme que le nouveau consulat devrait apporter des avantages «concrets» aux Canadiens, tandis que la population exhorte Ottawa à renforcer les liens commerciaux et culturels existants avec le territoire danois.

«Cela marque simplement le début d'une nouvelle phase, plus intense, où nous sommes présents sur le terrain», a déclaré Julie Crôteau, consule par intérim du Canada à Nuuk, la capitale du Groenland.

Elle a accordé à La Presse Canadienne sa première entrevue depuis qu'elle a pris ses fonctions en novembre dernier.

«Travailler ensemble pour trouver des solutions communes à de nombreux défis et tirer parti conjointement des occasions qui s'offrent dans le contexte nordique et arctique, en particulier dans le monde actuel, je pense que ce sera un très grand succès», a-t-elle déclaré.

Mme Crôteau restera à Nuuk jusqu'à cet été — le ministère des Affaires mondiales du Canada qualifie cette mission de «micro-mission» individuelle — après avoir travaillé pendant plus de quatre ans sur des questions liées à l'Arctique au sein du service diplomatique.

Sa tâche principale jusqu'à présent était de gérer la logistique liée au lancement du consulat et d'établir des liens au sein du gouvernement, des entreprises et des communautés inuites afin de conseiller ses collègues de Copenhague et d'Ottawa sur les nuances locales et les meilleurs points de contact.

Mme Crôteau a déclaré que l'idée était d'utiliser le consulat comme «une plateforme pour faire progresser nos relations bilatérales avec le Groenland et le Royaume du Danemark», soulignant que le Canada travaillait sur ces deux relations depuis des décennies.

«Ce n'est pas comme si nous venions d'arriver», a-t-elle souligné.

Selon elle, le succès se traduirait par des «progrès concrets» d'ici quelques années dans l'expansion des relations commerciales et des liaisons aériennes et maritimes entre le Canada et le Groenland, ainsi que par une collaboration accrue sur des défis communs, comme la lutte au changement climatique et l'amélioration des conditions de vie dans le Grand Nord.

«On peut commencer à entrer dans les détails précis de la manière dont cette collaboration peut fonctionner sur des questions spécifiques», a-t-elle déclaré.

Pour l'instant, le consulat du Canada est hébergé temporairement dans le consulat d'Islande, une maison en bois rouge à toit à pignon, comme la plupart des bâtiments de la vieille ville de Nuuk. Mme Crôteau a affirmé que le projet était de nommer à terme un consul permanent et de disposer d'un bâtiment indépendant.

Elle a ajouté qu'Ottawa n'avait pas encore déterminé si ce poste donnerait droit à une compensation supplémentaire pour affectation difficile, une prime qui s'applique aux missions particulièrement difficiles, isolées ou dangereuses.

Ottawa avait initialement promis l'ouverture du consulat pour la fin de l'année 2024, avant que le président américain Donald Trump ne revienne à la Maison-Blanche et n'intensifie ses menaces d'acquérir d'une manière ou d'une autre le Groenland. Ces menaces ont déclenché une crise diplomatique avec le Danemark.

L'ouverture du consulat était prévue en novembre, peu après l'arrivée de Mme Crôteau, mais Ottawa affirme que les mauvaises conditions météorologiques ont retardé ces plans.

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a révélé la semaine dernière que le Canada prévoyait d'ouvrir aussi un consulat à Anchorage, en Alaska, cette année.

L'Inuit Tapiriit Kanatami, qui représente les Inuits au Canada, s'attend à ce que le consulat inclut les voix des Inuits dans ses activités diplomatiques et qu'il donne suite à un accord conclu en 2022 visant à améliorer la mobilité des Inuits entre le Canada et le Groenland.

M. Crôteau a déclaré qu'Ottawa souhaitait des progrès tangibles en matière de mobilité et qu'il tirerait également des enseignements de la présidence actuelle du Danemark au Conseil de l'Arctique jusqu'à ce que le Canada assume ce rôle en 2029.

Vivian Motzfeldt, ministre des Affaires étrangères du Groenland, a déclaré lors d'une réception célébrant l'ouverture du consulat du Canada au début du mois que cette mission diplomatique était plus qu'un geste symbolique de solidarité très apprécié.

«Ce consulat servira de pont essentiel pour la coopération future, en particulier alors que nous nous efforçons d'assurer la paix et la durabilité dans notre région arctique commune», a-t-elle déclaré, appelant à renforcer les liens dans les domaines «du commerce, des transports, de l'éducation, de la culture, du développement durable et de la sécurité dans l'Arctique».

Une ancienne députée groenlandaise, Tillie Martinussen, a souligné à La Presse Canadienne lors d'une visite à Nuuk au début du mois que les Canadiens devraient se montrer ambitieux dans leur partenariat avec les Groenlandais.

«Commerce, affaires, tourisme (...) vous pouvez tout proposer, nous sommes partants, a-t-elle déclaré. Le consulat devra veiller à ne pas seulement suivre l'évolution du paysage politique, mais aussi celle des Groenlandais ordinaires, qui savent bien analyser la direction que prend notre société.»

Les Inuits du Groenland et du Nord canadien pourraient partager leur art, leur musique et leur design par l'entremise de balados sur YouTube et soutenir l'industrie cinématographique en pleine croissance du territoire, a fait valoir Mme Martinussen.

Elle a ajouté que les Inuits pourraient partager des solutions à des problèmes sociaux communs aux deux régions, tels que les taux de suicide élevés, en particulier chez les hommes qui se sentent déracinés dans une société en mutation, et la nécessité d'attirer davantage de jeunes vers l'enseignement supérieur.

Mme Martinussen s'est rendue au moins dix fois à Iqaluit et a également visité Montréal, Toronto et le hameau de Clyde River, au Nunavut. Elle a fait remarquer que le dialecte inuktitut est si similaire à celui parlé au Groenland qu'il est «déconcertant quand on s'y rend pour la première fois».

Elle estime que les Inuits des deux territoires ont beaucoup en commun avec les Canadiens et les Danois.

«Notre mentalité est également très similaire à celle de l'ensemble du Canada. L'humour est à peu près le même. Nous jurons aussi beaucoup — c'est acceptable, ce n'est pas une culture américaine en ce sens. C'est plus libre et plus joyeux en général, car nous avons accès gratuitement aux soins de santé et à l'éducation, et d'autres choses qui nous unissent», a-t-elle déclaré.

Elle ajoute que les échanges entre Inuits se font à un niveau élevé par l'intermédiaire du Conseil circumpolaire inuit, mais que les militants, les artistes et les enseignants pourraient en faire davantage.

Mme Martinussen a déclaré que les Groenlandais seraient également favorables à l'importation d'un plus grand nombre de produits canadiens, car ceux-ci arriveraient probablement plus rapidement et seraient moins chers que ceux provenant du Danemark, réputé pour ses prix élevés.

Elle a appelé à davantage de recherches sur les problèmes de santé physique touchant les Inuits, tels que les problèmes de peau qui pourraient provenir de facteurs génétiques se manifestant différemment chez les populations qui ne sont pas originaires du Grand Nord.

Mme Martinussen a observé que les liens entre le Groenland et le Danemark se sont resserrés à la suite des menaces du président américain Donald Trump, après des années de tensions et de points chauds, comme les récents rapports selon lesquels des médecins danois auraient imposé des moyens de contraception à des patientes groenlandaises sans leur consentement.

La position ferme de la première ministre danoise Mette Frederiksen face aux menaces de Trump et sa décision d'inclure les représentants élus du Groenland dans les discussions à la Maison-Blanche l'ont rendue populaire auprès des Groenlandais, a souligné Mme Martinussen.

«Ce qui s'est passé pendant la crise Trump, c'est que le Groenland et le Danemark se sont coordonnés, ont travaillé ensemble et se sont tenus côte à côte, par tous les moyens officiels, a-t-elle déclaré. Cela a en quelque sorte marqué le début d'une nouvelle ère pour nous et d'une nouvelle façon d'aller de l'avant», selon l'ex-politicienne.

Tillie Martinussen a ajouté que les Groenlandais pensaient que le président Trump n'avait pas fini de menacer leur autonomie.

«Nous ne savons tout simplement pas quand la prochaine vague de terreur arrivera, a-t-elle affirmé. Nous savons qu'il s'entoure de nombreux suprémacistes blancs, donc il n'a aucun respect pour les Inuits, ni pour aucun peuple autochtone.»

Quant à la consule par intérim du Canada à Nuuk, Julie Crôteau, elle croit que les Canadiens devaient garder à l'esprit que les commentaires de M. Trump avaient «de réelles implications humaines».

«On entend beaucoup parler de la situation géopolitique, qui semble très lointaine, mais elle a des répercussions réelles sur les gens et sur leur sentiment de sécurité et de bien-être», a-t-elle souligné.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne

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