Le nombre de suicides attribuables au climat risque d'augmenter, prévient une étude

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La hausse des températures risque d'entraîner une augmentation du nombre de suicides liés à l'exposition à la chaleur dans le monde entier et certaines régions seront plus durement touchées que d'autres, prévient une nouvelle étude à laquelle a participé un chercheur canadien.
L'étude a combiné les données provenant d'un nombre sans précédent de 751 sites répartis dans 26 pays et a utilisé des modèles climatiques avancés pour estimer comment le nombre de suicides liés à la température pourrait évoluer d'ici les années 2050 selon différents scénarios de changement climatique.
«Si on regarde les projections d'ici les années 2050, dans toutes les régions qu'on a étudiées, sans exception on voit que la part de la mortalité par suicide qui est attribuable à la température augmente, a dit le professeur Éric Lavigne de l’École d’épidémiologie et de santé publique de l’Université d’Ottawa.
«Ça veut dire que le pourcentage des décès par suicide qui est dû à la température va augmenter, surtout dans le contexte où les émissions de gaz à effet de serre pourraient augmenter de façon plus importante.»
Le professeur Lavigne a participé, au fil des ans, à plusieurs études concernant l'impact du climat et de l'environnement sur la santé humaine.
Des travaux publiés en 2024, par exemple, prévenaient que des températures extrêmement chaudes ou extrêmement froides pourraient augmenter le risque d’accident vasculaire cérébral mortel. Une autre étude publiée la même année avertissait qu'une exposition à la pollution atmosphérique avant la naissance pourrait hausser le risque de paralysie cérébrale pour le bébé.
Puis, l'an dernier, ses collègues et lui ont constaté que le risque d’hospitalisation pour une maladie cardiovasculaire était plus élevé pendant la période de six mois qui suivait le passage d’un ouragan.
Cette fois, il faisait partie d'une équipe internationale qui s'est intéressée à l'association possible entre le réchauffement climatique et le suicide. Les résultats «mettent en évidence le risque que le changement climatique aggrave le phénomène du suicide et soulignent l’importance des stratégies d’atténuation adaptatives», disent les chercheurs.
«Nous montrons ici que le changement climatique devrait entraîner une augmentation de la mortalité par suicide attribuable à la température dans toutes les régions étudiées, l’ampleur de cette augmentation dépendant à la fois du scénario d’émissions et de la situation géographique», écrivent les auteurs.
Ils préviennent que les régions plus chaudes — notamment l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, l’Europe du Sud, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique du Sud — affichent «des hausses plus importantes», possiblement parce que les pays moins bien nantis ont moins de moyens pour réduire les émissions polluantes, pour adopter des mesures d'atténuation des effets de la chaleur, ou pour mettre en place des campagnes de prévention du suicide. La population urbaine y a aussi souvent moins accès à des espaces verts.
En revanche, poursuivent les auteurs, les régions tempérées et plus froides, telles que l’Amérique du Nord, l’Europe du Nord, l’Asie de l’Est et l’Australie, «enregistrent des hausses plus modestes, mais néanmoins significatives».
Cela étant dit, les projections réalisées par les chercheurs montrent que la proportion du nombre de suicides attribuable au climat risque de plafonner dans les régions les plus habituées à la chaleur, mais pas dans celles où le climat est plus tempéré.
La courbe des impacts augmente de façon presque linéaire en Amérique du Nord, a dit le professeur Lavigne, tandis que dans certains pays, comme en Asie de l'Est ou même en Australie, la courbe semble s'aplatir à des chaleurs plus extrêmes.
«Peut-être parce que l'on considère l'adaptation comportementale ou la climatisation qui va venir atténuer ces impacts-là, a-t-il dit. Mais nous (en Amérique du Nord), il n'y a vraiment aucun signe de plafonnement qui est observé.»
L'étude ne montre pas de lien de causalité entre le climat et le nombre de suicides attribuable au climat, mais des études antérieures ont démontré, par exemple, que la chaleur peut exacerber des problèmes de santé mentale pré-existants.
La chaleur peut aussi augmenter le niveau de cortisol, déréguler certains mécanismes neurologiques ou encore nuire à la qualité du sommeil, ce qui pourra affecter la régulation émotionnelle ou l'humeur, a rappelé le professeur Lavigne.
«Si quelqu'un présente déjà certains facteurs de vulnérabilité, ça peut venir, en quelque sorte, exacerber un comportement qui serait suicidaire», a-t-il dit.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Nature Mental Health.
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En ligne: suicide.ca
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne