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Le nombre de centres de données pourrait exploser au pays dans les prochaines années

durée 17h28
8 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Un document rédigé à l'intention du ministre fédéral chargé de l'intelligence artificielle, destiné à être utilisé lors de présentations auprès d'investisseurs internationaux sur l'écosystème canadien de l'IA, fait état d'un projet d'augmentation massive de la capacité des centres de données au Canada.

Mais des porte-parole du gouvernement ont vivement contesté les chiffres présentés, affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une projection de la capacité que le Canada prévoit de construire, et que la capacité totale serait bien inférieure.

Selon le document, le Canada dispose actuellement d’une capacité d’environ 337 mégawatts pour ses centres de données consacrés à l’IA, et plus de 20 gigawatts — soit 20 000 mégawatts — font l’objet de projets «en cours de planification ou de développement».

Ce chiffre figurait dans une présentation préparée par un département du gouvernement à l’intention du ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, afin qu’il puisse l’utiliser auprès d’investisseurs internationaux. La Presse Canadienne a obtenu ce document grâce à la loi sur l’accès à l’information.

«L’IA devant se développer massivement dans les années à venir, ce qui saturera les marchés existants, de plus en plus d’investisseurs recherchent d'autres options pour implanter leurs centres de données», indiquait le document.

Cette projection figurait dans un dossier de présentation préparé par le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique à l’intention de M. Solomon, et signé par le sous-ministre délégué Mark Schaan. Un site internet du gouvernement notait que ce document avait été reçu le 8 janvier 2026.

«À la suite de votre demande concernant un bref dossier de présentation sur l’écosystème canadien de l’intelligence artificielle (IA), adapté à une utilisation auprès d’investisseurs internationaux, veuillez trouver ci-joint le document demandé», est-il écrit dans le document.

Une déclaration fournie à La Presse Canadienne précisait que le bureau de M. Solomon n’avait pas trouvé d'historique d'utilisation externe de ce document.

Ces projets s’inscrivent dans un contexte où une opposition à la construction de nouveaux centres de données se fait de plus en plus sentir dans diverses collectivités à travers le pays.

Des projections hasardeuses

Dans une déclaration écrite, le cabinet de M. Solomon a précisé que le chiffre de 20 gigawatts «constituait un aperçu général, à un moment donné, des projets du secteur privé annoncés publiquement ou proposés à travers le Canada. Il regroupait des projets à des stades de développement très différents, allant de premières propositions à des plans plus avancés, et visait à illustrer l’ampleur de l’intérêt du marché à cette époque».

La déclaration a ajouté que tous ces projets ne verront pas le jour: «Ces projets restent soumis à des décisions commerciales, au financement, à la disponibilité de l’électricité, aux autorisations réglementaires et à la concertation avec les provinces, les municipalités, les services publics, les communautés autochtones et les communautés locales.»

«La majeure partie de cette capacité proposée ne devrait pas voir le jour, et les projets qui seront menés à bien pourraient se dérouler selon des calendriers ou à des échelles différents de ceux initialement proposés.»

La déclaration a également fait référence aux chiffres figurant dans la récente stratégie nationale du gouvernement en matière d’IA.

«Bien que les estimations varient, les analyses portent à croire que le Canada nécessitera d’ici 2030 jusqu’à 5,5 GW de capacité de calcul pour l’IA afin de répondre aux besoins de ses acteurs commerciaux. Une part importante de cette capacité proviendra des fournisseurs à très grande échelle desservant à la fois les marchés canadien et internationaux, et le Canada continuera d’accueillir les investissements étrangers qui génèrent des retombées manifestes pour les Canadiens», indiquait cette stratégie.

Une note d’information antérieure destinée à M. Solomon, rédigée en août 2025, avançait un total légèrement supérieur pour la capacité prévue des centres de données.

On pouvait y lire que «la liste proposée de centres de données dédiés à l’IA au Canada pourrait placer le pays en deuxième position au sein du G7, si leur capacité atteignait 22,1 gigawatts comme proposé».

Elle soulignait également qu’une grande partie de cette nouvelle capacité serait destinée aux plus grandes entreprises technologiques américaines.

«Si tous les projets de centres de données dédiés à l’IA proposés étaient menés à bien, le Canada ne serait devancé que par les États-Unis au sein du G7 en termes de capacité de traitement, mais une grande partie de cette capacité servirait à soutenir les centres américains de données à très grande échelle.»

Opposition aux projets

L’opposition aux centres de données ne cesse de croître dans les collectivités partout au Canada.

Fin juin, des manifestants se sont rassemblés à Vancouver pour protester contre l’ouverture de centres de données dédiés à l’IA.

Plus tôt dans le mois, le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a opposé son veto à la construction d’un immense centre de données au sud-est de Winnipeg.

Il a invoqué comme raison l’ampleur du projet, affirmant que la consommation d’énergie qu’il entraînerait et son impact sur la communauté l’emporteraient sur les gains limités qu'il produirait. Il a soutenu qu’il s’agissait d’«une menace importante pour l’environnement et d’un bénéfice économique négligeable».

À Olds, en Alberta, les habitants se mobilisent contre un projet de campus composé de 10 bâtiments et doté d’une capacité totale de production d’électricité au gaz de 1,4 gigawatt.

À Hamilton, en Ontario, un projet de campus de centres de données tentaculaire sur le front de mer a suscité une vive opposition de la part des habitants. Une requête en cours d’examen au conseil municipal propose un moratoire sur les nouveaux centres de données.

Lors d’une réunion en juin, les habitants ont exprimé diverses préoccupations, notamment le fait que les grands centres de données pourraient mettre à rude épreuve le réseau électrique et faire grimper les factures d’électricité.

Ils se sont également inquiétés du fait que le bruit incessant, la pollution de l’eau et la chaleur dégagée par un centre de données seraient particulièrement ressentis par les quartiers qui supportent déjà une part disproportionnée de la charge industrielle de la municipalité.

Le dossier de présentation préparé en janvier à l’intention de M. Solomon énumère les raisons pour lesquelles le Canada est la «destination de choix pour les nouveaux centres de données» — notamment la présence de six opérateurs de centres de données dans le pays et les crédits d’impôt.

«Le Canada dispose d’un réseau électrique stable, alimenté par des sources d’énergie propres et abondantes à des prix abordables, et soutenu par une réglementation cohérente», indiquait le document.

La majeure partie de la capacité des centres de données proposés est située en Alberta. Le document gouvernemental d’août 2025, qualifié de «confidentiel sur le plan commercial», précisait que cette capacité ne serait pas alimentée par l’électricité.

«La stratégie de l’Alberta en matière de centres de données d’IA vise à attirer 100 milliards $ d’investissements. Les projets à ce jour totalisent plus de 18 gigawatts, qui seraient alimentés par des centrales au gaz naturel», indiquait-il.

«Si ces 18 gigawatts étaient ajoutés et alimentés au gaz naturel, cela pourrait générer 20 millions de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone, soit près de 3 % des émissions totales du Canada en 2023.»

— Avec la collaboration de Jordan Omstead à Hamilton, Ian Bickis à Winnipeg et Lauren Krugel à Olds, en Alberta.

Anja Karadeglija, La Presse Canadienne

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