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Le mythe canadien du maintien de la paix doit disparaître, selon un général retraité

Le mythe canadien du maintien de la paix doit disparaître, selon un général retraité
Photo: La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — L'ancien chef des Forces armées canadiennes affirme que le «mythe tenace» selon lequel le Canada serait un pays de gardiens de la paix n'est plus en phase avec un monde en mutation et qu'il «doit disparaître».

Dans ses nouveaux mémoires, le général à la retraite Wayne Eyre affirme que le maintien de la paix traditionnel, à la manière de l’ONU, n’est pas seulement mort, mais qu’il n’est plus qu’un fantôme depuis des décennies. Il dit le savoir parce qu’il était présent lors de sa disparition — à Medak Pocket en 1993.

Dans son livre «Into the Breach: A Soldier's Journey», qui paraîtra le 6 octobre, M. Eyre détaille ses expériences de maintien de la paix en Croatie, en Bosnie et à Chypre, ainsi que son passage ultérieur en Afghanistan et son ascension jusqu'au sommet des Forces armées canadiennes.

Il y décrit en détail ses expériences lors de la bataille de Medak Pocket, en ex-Yougoslavie, où il avait été déployé en tant que capitaine au sein du 2e bataillon du Princess Patricia's Canadian Light Infantry. Il qualifie cet événement de «tournant qui a marqué la fin du maintien de la paix traditionnel à la manière de l’ONU».

Les Forces canadiennes en ex-Yougoslavie ont essuyé des tirs d’artillerie et de mitrailleuses lourdes dans la zone neutre, mais ont finalement repoussé les forces croates. Dans son ouvrage, M. Eyre raconte comment son bataillon a franchi un barrage routier pour pénétrer dans le village de Lički Čitluk, où il a découvert, parmi les bâtiments en feu, des preuves de nettoyage ethnique.

Une époque terminée depuis les années 1990

Une opération traditionnelle de maintien de la paix déploie une force minimalement armée pour séparer les belligérants et servir de zone tampon. M. Eyre écrit que, dans l’ex-Yougoslavie, plusieurs parties ont pris pour cible les Casques bleus, qui disposaient de moyens insuffisants, et que la mission n’a pas réussi à empêcher une escalade brutale de la violence.

«La seule chose que les belligérants respectaient, c'était la force», a déclaré M. Eyre lors d'une entrevue avec La Presse Canadienne, ajoutant que la mission plus large de la Force de protection des Nations unies n'avait pas été en mesure de fournir suffisamment de cette force.

Il a expliqué que le maintien de la paix avait constitué «une époque pour l’armée canadienne» qui a duré plusieurs décennies et s’est achevée au début des années 1990. Les missions modernes, a-t-il ajouté, s’inscrivent dans un contexte géopolitique très différent.

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«Regardez aujourd’hui où se déroulent la plupart des opérations de maintien de la paix: en Afrique, où les populations locales sont extrêmement réticentes à l’idée de voir d’importantes forces occidentales sur le terrain, pour diverses raisons historiques, afin d’assurer la paix, a-t-il dit. Et l’utilité de bon nombre de ces missions est remise en question.»

Medak Pocket a été une expérience formatrice pour M. Eyre et bon nombre de ses collègues. Il évoque les odeurs accablantes de fumée et de mort qui planaient sur le champ de bataille et explique comment, pendant de nombreuses années par la suite, il ne pouvait «sentir l’odeur d’un feu de camp sans être ramené» à ce moment précis.

Son livre, qui compte un peu plus de 400 pages, retrace les hauts et les bas de sa carrière, du champ de bataille jusqu’aux plus hautes fonctions de commandement.

M. Eyre a raconté qu’il ressentait le besoin de décrire l’histoire telle qu’il l’avait vue depuis sa place au premier rang.

«Au sein de l’armée canadienne, nous n’avons pas pour tradition que les officiers supérieurs, les généraux ou les amiraux se fassent les chroniqueurs de l’histoire», a-t-il déclaré lors de l'entrevue.

M. Eyre a expliqué qu’en tant que chef d’état-major de la Défense, il recevait fréquemment des demandes de la part de responsables politiques qui ne comprenaient pas toujours les répercussions potentielles de leurs décisions — ni à quel point les Forces armées canadiennes étaient désormais dispersées après des décennies de sous-financement et le lancement de la mission de dissuasion russe en Lettonie.

«Je sais que j’ai irrité certains membres du gouvernement. On m’a dit à un moment donné que j’étais perçu comme un obstructionniste, mais c’était la réalité de ce dont nous disposions», a-t-il dit.

M. Eyre a ajouté que l’avenir du Canada dans un ordre international en pleine mutation dépendait d’alliances solides et d’un déploiement sélectif de la puissance militaire dans le cadre d’opérations très spécifiques.

Il a qualifié la Lettonie — où le Canada dirige un bataillon sur le flanc oriental de l’OTAN et a stationné 2000 soldats — de «déploiement le plus significatif sur le plan géopolitique que le Canada ait entrepris depuis la fin de la Guerre froide».

Kyle Duggan, La Presse Canadienne