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Le microbiote se transmet entre membres d'un même ménage, montre une étude

durée 11h00
29 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les personnes qui appartiennent à un même ménage partagent davantage de souches microbiennes buccales et intestinales que celles qui n'en font pas partie, démontre une étude publiée par des chercheurs italiens.

Ce partage de souches microbiennes, sans grande surprise, était particulièrement prononcé entre les partenaires romantiques.

Les auteurs de l'étude ont toutefois aussi constaté que les mêmes bactéries associées à un profil cardiométabolique défavorable étaient plus susceptibles de se retrouver dans le microbiote intestinal des gens qui habitent sous un même toit ― en d'autres mots, que les membres du ménage s'étaient possiblement partagé des bactéries pouvant nuire à leur santé cardiométabolique.

«Dans les bactéries qui étaient partagées, c'était souvent des bactéries buccales qui peuvent se transférer dans le microbiote intestinal, par exemple quand on avale et que les bactéries passent de l'autre côté, a commenté le professeur Frédéric Raymond, un spécialiste du microbiote intestinal à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.

«Mais une des choses qu'ils ont observée, c'est que les bactéries les plus susceptibles d'être transférées semblent être associées certaines conditions pathologiques.»

L'équipe italienne a en effet noté que les espèces du microbiote intestinal associées à des marqueurs cardiométaboliques favorables semblent avoir plus de difficulté à se transmettre d'un individu à l'autre, à atteindre l'intestin et à s'y établir.

La liste des espèces «hautement transmissibles», soulignent-ils, est effectivement plutôt riche «en membres du microbiote intestinal associés au diabète de type 2 et, plus généralement, associés négativement à la santé cardiométabolique», écrivent-ils.

«Cette observation soulève la question de savoir si, à l’instar des agents pathogènes, les espèces du microbiote corrélées à une maladie donnée disposent de mécanismes particuliers pour une propagation efficace ou se heurtent à une moindre résistance à la colonisation», soulignent les chercheurs italiens.

Si tel est le cas, «les stratégies de modulation du microbiome visant à favoriser la colonisation par des espèces bénéfiques devront tenir compte de leurs inconvénients potentiels inhérents à la transmissibilité résultant de cette colonisation», préviennent-ils.

Le professeur Raymond apporte toutefois un bémol important à cette constatation, en faisant remarquer que la composition du microbiote intestinal est influencée par de multiples facteurs, à commencer par l'alimentation.

Conséquemment, si le microbiote intestinal de l'individu A ressemble à celui de l'individu B, c'est probablement parce que leur alimentation est similaire, et non seulement parce que les bactéries du premier sont passées au second. Si l'alimentation de l'individu B était différente de celle de l'individu A, les bactéries de ce dernier s'y sentiraient vraisemblablement un peu moins les bienvenues.

«Surtout que les bactéries associées à la santé cardiométabolique sont particulièrement associées à ce que l'on mange, a fait remarquer le professeur Raymond. Donc, c'est sûr que si des gens habitent ensemble, ils ont plus de chances d'avoir une alimentation qui est similaire, et ça peut entraîner un genre de biais de sélection.»

Autrement dit, «s'ils mangent les mêmes affaires, ce sont un peu (les mêmes bactéries) qui vont être sélectionnées», a-t-il précisé.

Les auteurs de l'étude soulèvent par ailleurs l'hypothèse que l'évolution et le développement du microbiome buccal aient été influencés par le baiser, dont le rôle dans l'évolution humaine a alimenté de nombreuses études.

«(Nos) observations suggèrent que l'échange de salive résultant des baisers intimes constitue un facteur clé dans le développement d'un microbiome buccal sain, outre leur rôle bien connu en tant que mode de transmission d'agents pathogènes», indiquent-ils.

Par conséquent, ajoutent-ils, «le baiser étant une pratique humaine ancienne et universelle, son impact biologique, qui a fait l’objet de nombreux débats tout au long de l’histoire de l’humanité, (...) joue probablement un rôle profond dans le développement et l’évolution du microbiome buccal».

Si les avantages évolutifs pour des adultes de partager leur microbiote buccal sont un peu plus difficiles à saisir, a conclu le professeur Raymond, ils le sont un peu moins si on pense aux baisers qui sont donnés à un petit bébé.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Cell Press Blue.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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