Le microbiote intestinal contribuerait à la force musculaire

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Le microbiote intestinal semble contribuer à la force musculaire, selon une étude publiée par des chercheurs espagnols.
La découverte concerne non pas l'ensemble du microbiote, mais plutôt une bactérie bien spécifique du genre Roseburia.
«Le fait que ça soit associé à une espèce en particulier est particulièrement intrigant», a commenté le professeur Frédéric Raymond, un spécialiste du microbiote intestinal à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.
Les auteurs de l'étude ont examiné des échantillons de selles fournis par 90 jeunes âgés de 18 à 25 ans, et par 33 aînés âgés de 65 ans et plus. Tous les participants ont indiqué être sédentaires, ne pas fumer et ne pas avoir pris de poids au cours des trois derniers mois.
Les chercheurs ont mesuré la force musculaire des participants, notamment dans les bras et dans les jambes, ainsi que leur force de préhension, en plus d'évaluer leur santé cardiovasculaire.
Les échantillons de selles contenaient une myriade de bactéries. Celles du genre Roseburia semblaient toutefois être les plus étroitement associées aux mesures musculaires.
Mais encore plus précisément, rapportent les auteurs, «l'abondance relative de Roseburia inulinivorans, mais pas celle d'autres espèces de Roseburia, était positivement associée à plusieurs mesures de la force, notamment la force de préhension, la force de poussée des jambes et la force de développé couché chez l'être humain».
«R. inulinivorans apparaît comme un modulateur spécifique de la force musculaire, établissant un lien entre le microbiote intestinal et le métabolisme et le fonctionnement musculaires, écrivent-ils. Ces résultats confirment son potentiel en tant que candidat probiotique pour des interventions nutraceutiques ciblant les maladies de fonte musculaire liées à l'âge.»
La force de préhension des aînés qui présentaient R. inulinivorans dans leurs selles était environ 30 % supérieure à celle des autres. Cette bactérie a aussi été associée à une plus grande force de préhension chez les plus jeunes, mais également à une meilleure santé cardiovasculaire.
Enfin, lors d'expériences en laboratoire, des souris à qui on a transplanté R. inulinivorans ont ensuite présenté une «augmentation remarquable» de leur force musculaire.
«La supplémentation en R. inulinivorans chez la souris a considérablement amélioré la force de préhension des membres antérieurs, alors que les autres espèces de Roseburia n'ont eu aucun effet», expliquent les chercheurs.
Cette découverte pourrait avoir un jour des applications pratiques, dont certaines sautent aux yeux. On pense, par exemple, à l'industrie de la forme physique, aux aînés qui sont en perte d'autonomie ou encore aux gens qui sont atteints d'une maladie dégénérative.
«Je suis pas mal certain (que les chercheurs espagnols) vont avoir breveté tout ça et qu'ils vont se lancer dans des études cliniques pour valider que ça fonctionne (chez l'humain)», a dit le professeur Raymond.
Mais si ça fonctionne aussi bien que ce qui est décrit dans l'étude, a-t-il ajouté, «ça pourrait effectivement être une avenue très intéressante pour les personnes âgées ou les gens qui auraient des problèmes de force musculaire».
On estime que le microbiome intestinal humain est composé d’environ 4500 types de bactéries différentes, qui contribuent toutes au bon fonctionnement de l’organisme. Un déséquilibre du microbiome peut avoir des répercussions importantes sur la santé, notamment en ce qui concerne la digestion, le poids, le système immunitaire et la santé mentale.
De manière plus large, l’impact du microbiome intestinal sur de multiples aspects de la santé humaine retient de plus en plus l’attention de la communauté scientifique. Des études publiées au cours des dernières années ont ainsi témoigné d’une association potentielle entre le microbiome et la santé d’organes comme le cœur, le cerveau et même les yeux.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical Gut.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne