Le message de Trump sur le pont Gordie-Howe a déclenché une véritable frénésie

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Un diplomate américain a soulevé plusieurs questions concernant le pont Gordie-Howe lors d’un entretien téléphonique, peu avant que les commentaires formulés en février par le président américain Donald Trump sur ce projet transfrontalier ne déclenchent une tempête politique, selon des documents récemment publiés.
Des centaines de pages de courriels, obtenues par La Presse Canadienne en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, offrent également un aperçu des coulisses de la manière dont les responsables canadiens se sont empressés de réagir à la publication de Donald Trump sur les réseaux sociaux, le 9 février.
Une cérémonie d’inauguration du pont Gordie-Howe, qui relie Windsor, en Ontario, à Detroit, était prévue le 12 juin.
L’ouverture du pont est désormais prévue pour le 27 juillet, après que le Canada a accepté d’apporter quelques ajustements à l’accord concernant le partage des recettes.
Dans son message de février, M. Trump avait insisté sur le fait que les États-Unis devraient être dédommagés avant qu’il n’autorise l’ouverture du pont.
Il avait faussement affirmé que cet ouvrage de 6,4 milliards $ avait été construit pratiquement sans aucune contribution américaine.
«Aujourd’hui, le gouvernement canadien s’attend à ce que moi, en tant que président des États-Unis, je leur permette tout simplement de “profiter de l’Amérique”! avait écrit M. Trump. Qu’est-ce que les États-Unis d’Amérique y gagnent ? Absolument rien !»
Le New York Times a rapporté par la suite que ce message avait été publié après que Howard Lutnick, secrétaire au Commerce de M. Trump, eut rencontré Matthew Moroun, dont la famille est propriétaire du pont concurrent, l’Ambassador Bridge.
Le pont Gordie-Howe fait depuis longtemps l’objet d’une opposition de la part des membres de la famille Moroun, qui sont d’importants donateurs du Parti républicain.
Un accord conclu en juin 2012 entre le Canada et l’État du Michigan a ouvert la voie à la création de l'Autorité du pont Windsor-Détroit, une société d’État canadienne, chargée de concevoir, construire, financer, exploiter et entretenir ce nouveau passage frontalier international.
En tant qu’exploitante du pont, la société devait fixer et percevoir l’ensemble des péages.
Les documents récemment publiés indiquent que le 9 février — juste avant la publication de M. Trump sur les réseaux sociaux —, la présidente de l’autorité du pont, Marie Campagna, a eu un entretien téléphonique avec Baxter Hunt, le consul général des États-Unis à Toronto.
Dans un courriel adressé à Chuck Andary, directeur général par intérim de l’autorité du pont, ainsi qu’à deux hauts responsables du ministère canadien du Logement, des Infrastructures et des Collectivités, Mme Campagna a indiqué que M. Hunt avait «soulevé plusieurs questions», notamment: «Quand connaîtrons-nous les tarifs des péages?»
Mme Campagna a indiqué que M. Hunt avait également réitéré les points qu’il avait soulevés dans une lettre précédente.
La majeure partie du courriel de Mme Campagna et la quasi-totalité de la réponse de M. Andary n’ont pas été publiées.
Quelques heures plus tard, après la déclaration de M. Trump sur les réseaux sociaux, M. Andary a envoyé un autre courriel à Mme Campagna.
«À ce propos, il semble que le président vienne de publier un message à notre sujet sur son compte Truth Social», a écrit M. Andary.
Les documents montrent que l’autorité gestionnaire du pont a rapidement procédé à une vérification point par point du message de M. Trump, contestant plusieurs de ses affirmations.
M. Andary a informé les membres du conseil d’administration de l’autorité du pont de la publication de M. Trump et a ensuite cité les commentaires du premier ministre Mark Carney à ce sujet.
L’autorité du pont a également suivi de près la couverture médiatique, notant qu’en l’espace de 24 heures, les commentaires du président américain avaient donné lieu à plus de 100 articles et reportages télévisés.
L’autorité gestionnaire du pont n’a pas répondu aux questions de La Presse Canadienne à temps pour la publication.
L’ambassade des États-Unis à Ottawa a refusé de donner plus de détails sur la lettre de M. Hunt, affirmant qu’elle ne commentait pas le contenu de la correspondance privée.
Un porte-parole de l’ambassade a indiqué que les responsables américains avaient entretenu des contacts réguliers avec divers responsables canadiens afin de répondre aux questions concernant le financement du pont et son modèle de recettes.
— Avec des informations de Kelly Geraldine Malone à Washington
Jim Bronskill, La Presse Canadienne