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Le gouvernement fédéral finance des agents extérieurs pour les centres d'immigration

durée 18h44
19 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le syndicat représentant les employés de l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) se dit déçu par la décision du gouvernement fédéral d'accorder des fonds à l'agence pour qu'elle engage, sous contrat, des agents de sécurité issus du secteur privé pour les centres de détention des immigrants, estimant que ce travail devrait être effectué par du personnel fédéral.

La mise à jour économique du printemps du gouvernement prévoyait un financement de 238 millions $ pour permettre à l'ASFC de recruter des gardiens ayant suivi une formation plus poussée en matière de sécurité dans ces centres, dont 153 millions $ proviendraient des ressources ministérielles existantes.

Il existe quatre centres de détention pour immigrants au Canada, situés à Surrey, Toronto, Laval et Sainte-Anne-des-Plaines.

Luke Reimer, porte-parole de l'ASFC, a déclaré dans un courriel que ce financement n'était pas destiné à recruter des gardiens supplémentaires, mais à assurer la continuité du service à mesure que les contrats des gardiens arrivent à échéance.

Selon M. Reimer, le personnel de l'ASFC n'assure pas les services de garde, mais détermine le placement en détention, veille à ce que les détenus soient informés de leur dossier d'immigration, rencontre les détenus et surveille leur comportement.

Il a précisé que des centaines de gardiens sous contrat sont employés pour aider l’ASFC à assurer la prise en charge et la surveillance des détenus.

«La responsabilité et l’obligation de rendre compte de la prise en charge, de la garde et de la surveillance des détenus incombent à l’ASFC, a-t-il expliqué. Compte tenu du rôle limité joué par les sous-traitants, il est important de souligner que l’ASFC conserve la responsabilité globale de veiller à ce que les conditions de détention soient conformes aux normes canadiennes et internationales, et que les droits des détenus soient respectés et préservés en tout temps.»

M. Reimer a indiqué qu’au 15 mai, l’ASFC avait sept contrats en vigueur avec la Garda Canada Security Corporation et GardaWorld, pour une valeur totale d’environ 248 millions $. L’ASFC avait également un contrat avec Commissionaires BC d’une valeur d’environ 11,7 millions $.

Mark Weber, président national du Syndicat des douanes et de l’immigration, a écrit dans un courriel qu’il était «décevant» de voir le gouvernement continuer à s’en remettre au secteur privé au lieu de faire appel au personnel d’application de la loi de la fonction publique fédérale.

Affaire Jimenez

«Comme dans tout scénario de détention, la détention dans un contexte d’immigration peut être délicate, et nous avons vu par le passé les conséquences malheureuses du recours au secteur privé, comme dans l’affaire Jimenez de 2014, où un détenu s’est donné la mort dans un établissement gardé par des agents privés, a-t-il relaté. L'une des recommandations issues de cette affaire était que le personnel travaillant dans les centres de détention de l'ASFC devrait être composé d'employés fédéraux, et non de prestataires privés.»

Lucia Vega Jimenez, âgée de 42 ans, a été retrouvée pendue dans une cabine de douche des cellules de détention de l’aéroport de Vancouver en décembre 2013 et a été débranchée de l’assistance respiratoire une semaine plus tard.

À la suite d’une enquête sur son décès, un jury du coroner de la Colombie-Britannique a recommandé la construction d’un nouveau centre de détention pour immigrants situé à moins de 30 minutes en voiture de l’aéroport de Vancouver et géré par des employés de l’ASFC.

M. Weber a indiqué que les nouveaux centres de détention pour immigrants seraient conçus pour accueillir des personnes à haut risque.

«Il est absurde que le gouvernement ignore les recommandations passées et non seulement continue de s'en remettre au secteur privé, mais confie également à des entrepreneurs privés des responsabilités encore plus étendues, a-t-il dit. Conformément à la politique de l’ASFC, la détention doit être une mesure de dernier recours, mais dans les cas graves présentant un risque pour la sécurité publique, elle est parfois inévitable. Il est donc essentiel que le personnel chargé de la détention soit de la plus haute qualité — c’est une question de sécurité pour toutes les personnes concernées. L’expérience passée montre que le secteur privé a souvent échoué à respecter cette norme.»

M. Reimer a précisé que les agents de sécurité sous contrat s’acquittent de tâches, telles que la sécurité, le transport des détenus au sein de l’établissement pour se rendre à des rendez-vous ou en vue de leur renvoi, ainsi que le contrôle et la gestion des visiteurs. Il a ajouté qu’il existe également des agents sous contrat formés selon des normes plus élevées que les agents réguliers pour gérer les personnes à haut risque.

Il a avancé qu’en plus d’une formation aux premiers secours standard, à la RCP, à l’utilisation de moyens de contention et à la gestion des comportements perturbateurs, ces gardiens reçoivent une formation dans des domaines tels que la désescalade, la santé mentale, la prévention du suicide et de l’automutilation, les prises d’otages, ainsi que la toxicomanie et la dépendance.

Catherine Morrison, La Presse Canadienne

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