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Le «cosplay», un univers où se mélange passion et bien-être mental

durée 16h25
4 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Comme chaque année, le Palais des congrès de Montréal est pris d'assaut le temps d'une fin de semaine, par une horde de personnages fictifs, lors du Comiccon de Montréal. Derrière les costumes et les maquillages ultrasophistiqués, se cache en réalité une communauté de passionnés avides de rencontres, qui souhaite briser l'isolement social du quotidien et profiter de l'effet salvateur que peut avoir leur communauté d'adeptes, ou «fandom», sur leur santé mentale.

Pour cette 16e édition, plus de 66 000 «cosplayeurs» devraient déambuler jusqu'à dimanche entre les centaines de kiosques pour y acheter des objets à l'effigie de leur univers fictif favori, se prendre en photo avec leur personnage préféré ou encore partager les secrets de la fabrication de leur costume.

Tous ici sont là pour une raison première: faire vivre leur personnage dans la vie réelle et rencontrer d'autres personnes passionnées de «cosplay» (costumade). Cela s'accompagne aussi, pour certains, d'effets salvateurs sur leur santé mentale.

Une automédication

Déguisée en Poison Ivy, Marie-Pier Brochu-Savard ne cache pas son exaltation, alors qu'elle assiste pour la deuxième fois au Comiccon de Montréal avec ses amis.

«Je viens parce que ça me fait déconnecter de mon travail, explique cette employée d'épicerie IGA. Ça me fait m'évader, je me sens dans un autre monde, et sérieusement, pour une fois, je sens que je peux me laisser aller.»

Son amie Noémie Bellefleur, qui l'a initiée au cosplay l'an passé, n'en est quant à elle pas à son premier barbecue. Elle qui pratique le cosplay depuis quatre ans partage l'opinion de son amie sur les bienfaits que peut avoir cette pratique artistique sur la santé mentale.

«Quand je viens ici, je me sens plus moi-même que si j'étais à l'extérieur, dit-elle. Ça me met dans une euphorie de bonheur et ça me sort de mon quotidien, car le travail c'est difficile pour le moral et, quand je suis ici, je vois tous ces gens heureux, ça me fait du bien.»

Le cosplay vient pallier certains maux du quotidien et aide aussi certaines personnes dans leur cheminement personnel. C'est le cas de Vanessa Langlais, une femme transgenre déguisée pour l'occasion en Mirko («My Hero Academia»), qui explique comment le cosplay l'aide dans sa transition de genre.

«Ça me donne confiance en moi, c'est une bonne motivation pour m'entraîner au gym afin de lui ressembler, mais aussi ça m'aide pour ma transition de genre, dit-elle. C'est une grosse combinaison des trois, que je puisse faire le personnage que j'adore, démontrer au monde comment je suis en confiance avec moi-même, et comment je suis en confiance avec mon identité de genre.»

La pratique du cosplay lui permet ainsi d'exprimer plus fortement sa féminité à travers le personnage de Mirko.

«Je me considère comme une femme “tomboy”, car j'ai des traits masculins, mais, avec le cosplay je peux mettre plus l'aspect féminin de l'avant afin de ressembler à mon personnage, ajoute Vanessa Langlais. Ça m'aide vraiment pour mon bien-être de pouvoir montrer mon appréciation sur une personne favorite, car c'est mon personnage que j'adore.»

Cette pratique peut aussi représenter un refuge pour certaines personnes neurodivergentes, plus à même de vivre des difficultés concernant les interactions sociales. Alexia Laperriere en fait partie. Venue incarner le personnage de jeux vidéo Sonic, elle raconte comment la pratique du cosplay l'aide à rentrer en contact avec d'autres personnes.

«Je trouve que je me fais plus d'amis ici, et ça me rend heureuse, dit-elle. Ça m'aide à avoir des interactions plus facilement avec les autres.»

Le psychiatre et professeur adjoint au département de psychiatrie de l'Université McGill, Vincent Paquin, explique que de s'identifier à une communauté d'admirateurs ou «fandom», peut procurer pour beaucoup de personnes un effet positif sur leur santé mentale.

Le Dr Paquin indique qu'une des pistes pour le rétablissement d'une personne souffrant d'enjeux de santé mentale est de combler certains besoins essentiels.

«Parmi ces besoins, il y a notamment celui d'être connecté socialement, de sentir qu'on appartient à un groupe, qu'on peut compter sur d'autres personnes quand on a besoin, et le besoin de s'exprimer, dit-il. Le fandom est un moyen de répondre à ces besoins essentiels pour beaucoup de gens, c'est en quelque sorte un moyen de connecter socialement avec d'autres personnes.»

Il considère que l'approche clinique devrait se pencher davantage sur les bienfaits du fandom et du cosplay qui en découle.

«C'est intéressant pour les cliniciens de considérer les bénéfices que peuvent apporter les fandoms dans le cadre du rétablissement d'une personne qui vit des problèmes de santé mentale et/ou qui est isolée socialement, ajoute le Dr Paquin. Dans le contexte de l'autisme ou de l'anxiété sociale, le fandom peut être un espace qui est plus sécuritaire et qui facilite les liens sociaux».

Des dynamiques toxiques

Le Dr Paquin précise toutefois que les univers du cosplay ou du fandom peuvent être le lieu de dynamique d'exclusion, de discrimination ou encore de harcèlement.

«Ça reste une communauté qui peut apporter du bien, mais qui connaît aussi ses propres enjeux», dit-il.

Il souligne que certaines dynamiques élitistes imposent des standards au sein d'une communauté d'admirateurs, que ce soit la ressemblance, la façon d'incarner leur personnage ou encore leur connaissance à son sujet.

Vanessa Langlais assure n'avoir jamais subi ou observé de transphobie au sein de la communauté, mais elle reconnaît que certains adeptes peuvent avoir des dynamiques élitistes qui ostracisent certaines personnes, notamment.

«Des gens vont reprocher à une personne qu'elle n'ait pas la bonne taille, la bonne corpulence ou la bonne couleur de peau pour (incarner un personnage)», dit-elle.

Mme Langlais explique toutefois que ces comportements demeurent marginaux dans l'univers du cosplay.

Quentin Dufranne, La Presse Canadienne

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