Le contre-interrogatoire d'une plaignante se poursuit dans le procès de Stronach

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Par La Presse Canadienne, 2026
TORONTO — Le récit d'une femme concernant sa rencontre avec Frank Stronach il y a plusieurs décennies a évolué avec le temps, de nouveaux détails ayant même émergé ces dernières années pour compléter son histoire, a suggéré vendredi l'avocate de l'homme d'affaires lors de son procès pour agression sexuelle.
Leora Shemesh a souligné les divergences entre ce que la femme — la première des sept personnes qui l'accusent et qui devraient témoigner dans cette affaire — a décrit lors des interrogatoires de police et dans des articles de presse au fil des ans, et son témoignage devant le tribunal.
Dans un cas précis, Me Shemesh a noté que la femme avait déclaré à la police en 2015 qu'il y avait de l'eau sur la table du restaurant où elle avait rencontré M. Stronach pour la première fois ce soir-là, mais qu'elle se souvenait maintenant que ses compagnons avaient bu des cocktails tropicaux.
«C'est ce que j'entends par une progression de votre récit. Vous avez ajouté des faits et des détails, et je vais vous suggérer (...) que vous êtes une conteuse», a-t-elle avancé.
«Vous avez raconté une histoire dans cette salle d'audience, et vous avez continué à raconter une histoire à divers médias pour le grand public, ainsi qu'à cette cour», a-t-elle ajouté.
La femme, qui était âgée d'une vingtaine d'années au moment des faits présumés, a rejeté cette caractérisation.
«Je sais ce qu'il m'a fait, c'est ce qui importe. Ce qu'il y avait sur la table n'a pas d'importance», a-t-elle répondu.
Même si ses souvenirs concernant le moment ou les détails de certains événements ont pu changer ou s'estomper, la femme a mentionné se souvenir clairement que M. Stronach l'avait agressée sexuellement sur une piste de danse, puis violée plus tard dans la nuit.
M. Stronach, âgé de 93 ans, a plaidé non coupable à une dizaine d'accusations liées à 7 personnes qui l'accusent pour des incidents qui auraient eu lieu entre la fin des années 1970 et les années 1990.
Les procureurs de la Couronne ont déclaré qu'ils avaient l'intention de prouver hors de tout doute raisonnable que ces incidents ont bien eu lieu, que les personnes qui l'accusent n'y ont pas consenti et que M. Stronach savait qu'elles n'y consentaient pas ou a délibérément fermé les yeux sur ce fait.
La plaignante témoigne
À la barre jeudi, la plaignante, aujourd'hui âgée d'une soixantaine d'années, a témoigné qu'elle avait croisé M. Stronach à plusieurs reprises alors qu'elle travaillait sur un hippodrome à Toronto, au printemps et à l'été 1981, selon ses souvenirs.
Deux jours avant son anniversaire, elle est sortie avec deux de ses nouveaux collègues au Rooney's, le restaurant de Toronto appartenant à M. Stronach, a-t-elle raconté. Il est apparu presque immédiatement, avec une bouteille de champagne, selon elle.
La femme lui a dit qu'elle ne buvait pas, a-t-elle souligné. Puis elle s'est retrouvée sur la piste de danse, M. Stronach la serrant fermement dans ses bras et la pénétrant avec ses doigts, a-t-elle déclaré.
Elle a essayé de le repousser et il l'a poussée dans une alcôve, où il a continué à la peloter, a-t-elle précisé.
Son souvenir suivant est de s'être réveillée dans un lit dans un endroit inconnu, d'avoir vu son visage et le dos de quelqu'un dans un miroir au-dessus d'elle et d'avoir réalisé que M. Stronach était en train de la violer. Elle s'est sentie confuse et terrifiée, a-t-elle ajouté.
Elle a indiqué qu'elle ne savait pas comment elle était arrivée là, mais qu'elle savait qu'elle n'avait pas donné son consentement.
Lors du contre-interrogatoire vendredi, la défense a interrogé la femme au sujet des notes prises par un policier de la région de Halton lorsqu'ils se sont entretenus en 2015. Selon ces notes, la femme a déclaré au policier qu'elle ne se souvenait pas si elle avait donné son consentement, a entendu la cour.
La femme a répondu qu'elle ne se souvenait pas du tout avoir parlé à cet agent et qu'elle n'avait aucune raison de dire cela, car elle savait qu'elle n'avait pas consenti.
«Je n'aurais jamais couché avec un homme marié, surtout quelqu'un d'aussi âgé», a-t-elle souligné. M. Stronach avait 47 ans à l'époque, a appris le tribunal.
Elle a également affirmé à la police cette année-là que M. Stronach avait relevé sa robe sur la piste de danse, écarté ses sous-vêtements et lui avait touché les collants, mais Me Shemesh a suggéré qu'il s'agissait d'une déduction plutôt que d'un souvenir.
La femme a reconnu qu'elle n'avait aucun souvenir de cet incident. «Les doigts sont le souvenir qui existe dans mon esprit», a-t-elle mentionné.
La plaignante n'a toutefois pas dit à la police qu'elle avait essayé de repousser M. Stronach sur la piste de danse ou qu'il avait continué à l'agresser sexuellement dans l'alcôve, d'après la défense.
«Je ne pensais pas devoir être aussi explicite», a expliqué la femme, ajoutant qu'elle s'attendait à ce que la police lui pose des questions si elle avait besoin de plus de détails.
L'année de l'incident présumé a fait l'objet de questions récurrentes, la défense soulignant que la femme avait initialement situé les faits en 1980, avant de les replacer en 1981 récemment.
Me Shemesh a suggéré que la femme avait changé la date après avoir appris que M. Stronach n'était peut-être pas au Canada en 1980, tandis que la plaignante a fait savoir qu'elle n'avait jamais été sûre de la date et qu'elle s'était décidée pour 1981 après avoir vu une lettre qui l'avait aidée à situer les événements dans le temps. Elle est désormais sûre à 90% que c'est en 1981, a-t-elle soutenu.
M. Stronach a été accusé en 2024. Son procès devant un juge seul devait initialement commencer au début de la semaine dernière, mais la défense a demandé plus de temps pour se préparer après avoir reçu ce qu'elle a qualifié de «volume important de divulgations à la dernière minute».
Le procès devrait reprendre mardi.
Paola Loriggio, La Presse Canadienne