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Le comité de la condition féminine appelle à lutter contre la misogynie en ligne

durée 20h11
16 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Des députés appellent le gouvernement à lutter contre la montée de l'idéologie antiféministe en finançant des programmes visant à contrer la «manosphère», ce réseau d'influenceurs en ligne qui attribuent aux femmes et féministes la responsabilité des problèmes des hommes.

Le comité de la condition féminine de la Chambre des communes a déposé mardi un rapport avertissant que «les idéologies antiféministes gagnent de plus en plus de terrain au Canada et à l’échelle internationale».

Selon le comité, les garçons et les jeunes hommes qui se sentent isolés ou qui ont du mal à trouver leur place dans la société sont exposés à des contenus extrêmes en ligne qui glorifient la domination et la déshumanisation des femmes et amplifient les violences sexistes.

Lors d’une conférence de presse sur la colline du Parlement, la députée conservatrice Dominique Vien, présidente du comité, a déclaré aux journalistes que les témoins qui se sont exprimés devant le comité avaient du mal à identifier une seule raison à la montée de l’antiféminisme.

«Toute la violence qui est en augmentation auprès des femmes (...) le coût de la vie, le désespoir aussi des familles, ça peut aussi nourrir ce feu-là d’antiféminisme», a déclaré Mme Vien.

Certaines études indiquent «qu'il y a des hommes qui pensent que les femmes prennent trop de place», a ajouté la députée conservatrice.

La députée libérale Marie-Gabrielle Ménard a indiqué que le comité avait entendu des témoins affirmer que la promotion de l’antiféminisme constituait également une activité lucrative.

«C’est une façon, pour plusieurs, de faire des sous. On a à vendre des choses auprès d'une clientèle ciblée, qui devient de surcroît vulnérable, et c'est payant», a-t-elle expliqué.

Les députés ont lancé leur étude à la suite d’une série d’incidents, notamment une attaque à la camionnette survenue à Toronto en 2018, au cours de laquelle un homme a délibérément foncé sur un trottoir bondé, tuant dix personnes, dont huit femmes. L’agresseur, qui a été condamné, avait été inspiré par des «incels», ou «célibataires involontaires» comme ils se désignent eux-mêmes.

Les députés ont également relevé que le robot conversationnel basé sur l’intelligence artificielle (IA) Grok avait été utilisé en janvier pour créer des millions d’images sexualisées de femmes sans leur consentement.

Le rapport indique que des influenceurs incitent les garçons à réprimer leurs émotions et à valoriser l’hypermasculinité, tout en présentant les avancées des femmes comme une perte pour les hommes.

Investir dans l'éducation et la sensibilisation

Le comité appelle Ottawa à augmenter le financement des programmes «faisant la promotion de masculinités saines et de la santé mentale des hommes, en luttant contre l’antiféminisme et en mettant en œuvre des programmes d’intervention précoce pour les personnes à risque de radicalisation».

Il réclame également des campagnes d’information du public et davantage de moyens financiers pour étudier l’influence des idéologies antiféministes sur la violence de genre et le contrôle coercitif.

Le comité réclame davantage de programmes favorisant la santé, l’alphabétisation et le sport chez les jeunes hommes et les garçons, ainsi que des initiatives visant à encourager les femmes à s’engager en politique et les filles à se tourner vers les sciences.

Les députés membres du comité souhaitent également qu’Ottawa adopte une législation visant à rendre les plateformes en ligne plus sûres pour les enfants et à ériger en infraction pénale la diffusion d’images non consenties générées par l’IA.

Le rapport invite le gouvernement à «maintenir le financement des médias canadiens, y compris en soutenant des sources locales et diverses», et à améliorer la culture numérique chez les jeunes.

Aider les victimes

Statistique Canada a constaté une augmentation de 19 % des cas de violence entre partenaires intimes signalés à la police entre 2014 et 2022. Au cours de cette période, l’agence a également relevé une hausse de 163 % des signalements d’agressions sexuelles entre partenaires intimes et une augmentation de 38 % de ce qu’elle qualifie de «communications indécentes ou harcelantes».

Les députés membres du comité estiment que les pouvoirs publics et les forces de l’ordre devraient mieux partager leurs connaissances et leurs bonnes pratiques en matière de lutte contre la violence sexiste, mais ils ne sont pas allés jusqu’à répondre aux appels lancés par certains témoins en faveur d’un cadre permettant de recenser les féminicides, le contrôle coercitif et la violence entre partenaires intimes.

La députée conservatrice Anna Roberts a souligné que les données sur la violence à l’égard des femmes étaient «biaisées», car de nombreuses femmes ont peur de se manifester.

«Souvent, comme il n’existe pas d’espace sûr pour les femmes, elles finissent par retourner auprès de leur agresseur. Et le cycle recommence. Pour obtenir des données précises, nous devons offrir aux femmes la protection qu’elles méritent afin qu’elles puissent se manifester», a-t-elle dit.

«Mais il ne suffit pas d’arrêter l’auteur des faits. Nous devons veiller à ce qu’il suive une formation pour comprendre que ce qu’il a fait n’est pas acceptable. C’est absolument la seule façon d’y mettre un terme. Si nous ne les sensibilisons pas, le cycle se perpétuera.»

Le Bloc québécois a publié son propre rapport, dans lequel il approuve les grandes lignes du rapport principal, mais fait valoir que bon nombre des propositions empiètent sur les compétences du Québec.

Le parti réclame plutôt d'augmenter de manière substantielle et permanente les transferts fédéraux en matière de santé, sans condition, afin de prévenir la radicalisation en mettant l’accent sur la santé mentale.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne

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