Le choix de pompes à insuline se multiplie, mais l'accès demeure un enjeu au Québec

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les options d'administration d'insuline pour les personnes vivant avec le diabète de type 1 se sont développées à vitesse grand V au cours des dernières années. Or, même si les pompes semi-automatiques réduisent les risques de complications et simplifient la vie des patients, leur accessibilité demeure un enjeu au Québec puisqu'elles ne sont pas remboursées pour la plupart des adultes.
Le Québec est la seule province canadienne à ne pas rembourser les pompes à insuline pour les adultes atteints de diabète de type 1. Depuis 2011, l’achat d’une pompe à insuline et autres fournitures peut être remboursé avec le Programme québécois d’accès aux pompes à insuline. Mais seuls les mineurs sont admis au programme. À l'âge de 18 ans, ils peuvent continuer d'y participer, tandis que ceux qui sont diagnostiqués à l'âge adulte n'ont pas droit au remboursement.
«Les choses ont beaucoup changé dans les 30 dernières années. Il y a de plus en plus de gens qui développent cette forme de diabète tard», souligne le Dr Rémi Rabasa-Lhoret, médecin et chercheur reconnu dans son domaine.
Les pompes à insuline sont chères. Les personnes qui ont droit au remboursement au Québec peuvent recevoir jusqu'à 6300 $ par pompe, montant auquel s'ajoute jusqu'à 4000 $ pour les autres fournitures, comme les cathéters.
Une révolution depuis l'insuline
Il existe quatre pompes à insuline présentement sur le marché, indique le Dr Rabasa-Lhoret. Santé Canada vient d'ailleurs tout juste d'approuver l'utilisation du système automatisé d'administration d'insuline mylife Loop avec le système d'exploitation iOS d'iPhone et le capteur FreeStyle Libre 3 Plus d’Abbott.
L'utilisation de mylife Loop sur les téléphones intelligents Android avait été lancée en mars 2025, ce qui donne désormais l'option aux patients pour deux modèles de cellulaires. Il s'agit du premier système automatisé d’administration d’insuline au Canada compatible avec deux systèmes de surveillance du glucose pour les personnes vivant avec le diabète de type 1.
«Le fait d'avoir plus de choix, c'est une révolution. Plus de solutions, c'est mieux pour les patients, définitivement», tranche le Dr Rabasa-Lhoret, également président du Conseil professionnel de Diabète Québec.
«Ces pompes semi-automatiques, on considère que c'est une révolution 100 ans après la découverte de l'insuline, au sens où les taux de sucre hauts sont mauvais pour les yeux, les reins, les nerfs, le cœur, le cerveau, alouette. Les taux de sucre bas sont très désagréables parce que ça donne des symptômes, ça peut aller vers des malaises, et ces pompes semi-automatiques s'ajustent en permanence au niveau de la glycémie», commente l'expert.
Il indique qu'en Ontario plus de diabétiques utilisent les pompes semi-automatiques puisqu'elles sont remboursées par la province. Selon le registre BETTER, un grand projet de recherche canadien qui collecte des données auprès des personnes vivant avec le diabète de type 1, on est passé de 30 % des patients qui utilisaient une pompe en 2019 à plus de la moitié présentement. «Et pour les petits capteurs, on est passé d'un peu plus de 50 % à quasiment 95 % des gens qui ont un capteur. Donc, on sent les choses monter de façon très importante. Et nous, on voit très bien dans nos données que dans les provinces qui couvrent mieux les pompes, comme l'Ontario, il y a beaucoup plus de gens qui font ce choix», précise Dr Rabasa-Lhoret.
Il soutient qu'il est difficile de convaincre les décideurs politiques québécois d'investir là-dedans, puisque le retour de l'investissement se ferait ressentir dans plusieurs années.
Des avantages et des inconvénients
Une pompe à insuline va injecter des doses d’insuline sous la peau de façon automatique sans avoir à utiliser de seringues. Son réservoir est relié à un petit cathéter que l’on implante la plupart du temps dans le ventre ou la cuisse.
L'un des enjeux pour certaines personnes est d'avoir quelque chose en permanence sur sa peau. Ça rend la maladie visible, résume le Dr Rabasa-Lhoret. Certains patients sont préoccupés quant à la façon d'aborder le sujet dans l'intimité, par exemple avec un nouveau partenaire.
Sur le plan médical, les avantages sont clairs. Les personnes diabétiques qui utilisent ce genre de pompe ont moins d'hyperglycémie et moins d'hypoglycémie. Les nouvelles pompes semi-automatiques réduisent grandement le risque de «complications très dramatiques», souligne Dr Rabasa-Lhoret.
«Il y a un risque de malaise au quotidien très inférieur, dit-il. C'est plus efficace, il y a moins de complications, c'est plus sûr, il y a moins de malaises, moins de risque de tomber, de se blesser, d'avoir des problèmes, mais aussi moins de charge mentale.»
La charge mentale reste toutefois présente, même si elle est réduite. Les diabétiques de type 1 doivent prendre jusqu'à 300 décisions liées à leur santé chaque jour, selon Percée DT1, le principal organisme mondial de recherche et de défense des droits sur le diabète de type 1.
Au Canada, 300 000 personnes sont atteintes de diabète de type 1 et on s'attend à ce que ce nombre grimpe à 455 000 d'ici 2040. Entre 2000 et 2022, le nombre de nouveaux cas par an a augmenté de 34 %.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne