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Le Canada s'intéresse désormais davantage aux pays du Golfe

durée 18h29
14 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le gouvernement Carney met désormais l'accent sur la diplomatie avec les pays du golfe Persique, une approche qui va au-delà de la simple recherche d'investissements au Canada pour s'étendre à des accords portant sur la défense et l'intelligence artificielle.

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, s'est rendue cette semaine à Oman et au Qatar, tandis que le ministre de la Défense, David McGuinty, était au Qatar et aux Émirats arabes unis.

Les ministres et les responsables du premier ministre Mark Carney ont effectué au moins neuf visites distinctes dans les pays du golfe Persique depuis octobre.

M. Carney s'est lui-même rendu deux fois dans la région: aux Émirats arabes unis en novembre et au Qatar en janvier.

Il a déjà fait part de son intention de se rendre en Arabie saoudite à un moment donné, à l’invitation du prince héritier Mohammed ben Salmane.

«L'étendue et la profondeur de nos relations dans la région du Golfe sont importantes, elles sont vastes», a mentionné M. McGuinty aux journalistes lors d'une conférence téléphonique depuis Doha, aux côtés de Mme Anand, jeudi.

Après avoir négligé la région pendant des décennies, le Canada s’engage désormais dans «un engagement plus large et à long terme» avec le golfe Persique, a indiqué Mme Anand.

«Je tiens à souligner que l’action du Canada à travers le monde ne se concentre plus uniquement sur l’économie», a souligné Mme Anand jeudi, quelques instants après avoir signé un accord de partenariat stratégique avec le Qatar.

«Nous sommes ici non seulement pour renforcer nos relations bilatérales, mais aussi pour montrer le soutien du Canada, non seulement en temps de paix, mais aussi en cette période très difficile de conflit», a-t-elle précisé.

Diversifier les partenariats

Leurs visites ont eu lieu alors que la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran continuait de semer le trouble au Moyen-Orient et sur les marchés énergétiques internationaux.

Thomas Juneau, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste de la région, a expliqué que le Canada était encore à la traîne, mais qu’il rattrapait ses pairs en matière de recherche d’investissements auprès des riches États pétroliers et de coopération dans les domaines de la diplomatie, de la sécurité et de l’intelligence artificielle.

Ces efforts comprennent le suivi de l’adoption de l’IA à Dubaï, de l’énergie verte en Arabie saoudite et des pourparlers diplomatiques que le Qatar a supervisés entre des parties belligérantes, telles qu’Israël et le Hamas.

Selon M. Juneau, le Canada a négligé le golfe Persique, continuant de percevoir ces pays seulement comme des puissances pétrolières et gazières.

Mme Anand a avancé jeudi que le partenariat du Canada avec le Qatar s’étendrait à la culture, faciliterait le traitement des visas et stimulerait le tourisme. Le Qatar fait partie des pays du Golfe vers lesquels le Canada autorise davantage de vols directs.

Elle a indiqué qu’elle se rendrait dans la région pour la quatrième fois cette année, à l’occasion d’une réunion du Conseil de coopération du Golfe en juin.

M. Juneau a mentionné qu’après la décision des États-Unis de lancer une guerre contre l’Iran, les pays du Golfe cherchent à diversifier leurs partenariats politiques, sécuritaires et militaires au-delà des États-Unis.

Le Gulf Research Center, un groupe de réflexion établi en Arabie saoudite, a noté dans un rapport publié en janvier que le Canada pourrait faire davantage avec les acteurs régionaux en matière de médiation.

«Le Canada a beaucoup à offrir en matière de questions de sécurité non militaires, telles que le renforcement de la collaboration en matière d’aide humanitaire et la promotion des négociations de paix dans les zones de conflit», indique le rapport.

La région affiche un bilan désastreux en matière de droits de la personne et M. Juneau a souligné que M. Carney et ses ministres avaient fait preuve d’un silence remarquable sur ces questions, en grande partie parce que les soulever pourrait discréditer les efforts visant à gagner en influence sans améliorer la situation.

Il a ajouté que le Canada a pour habitude de s’efforcer d’approfondir ses liens avec des pays et des régions avant de relâcher ses efforts à mesure que les priorités changent.

M. Juneau a soutenu qu'il faut de multiples visites du premier ministre et de ses ministres, mais qu'il faut aussi que les ambassades soient plus impliquées sur le terrain.

Des pays prioritaires

Le spécialiste a indiqué qu’il était clair qu’Ottawa avait trois pays prioritaires dans la région: l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis.

L'invitation de M. Carney en Arabie saoudite fait suite à un dégel progressif des relations bilatérales qui a commencé après que le gouvernement Trudeau eut critiqué le système judiciaire du royaume et son traitement des femmes.

Une visite de M. Carney montrerait la volonté des deux pays de revenir à des relations plus sérieuses, a affirmé M. Juneau.

Sur le plan économique, le Canada pourrait développer ses échanges commerciaux et participer à la construction d’infrastructures en Arabie saoudite, qui a prévu divers mégaprojets.

Lors de sa visite à Doha en janvier, M. Carney a déclaré que le Qatar s’était engagé à réaliser des «investissements stratégiques importants» dans les grands projets canadiens, notamment dans le domaine de l’énergie, sans toutefois mentionner de montants précis.

Le Qatar est un allié des États-Unis qui a acquis une importance diplomatique croissante. Il a accueilli des négociations entre Israël et le Hamas et a aidé le Canada dans ses efforts pour ramener dans leurs familles des enfants ukrainiens enlevés par la Russie.

Tout comme les Émirats arabes unis, le Qatar accueille un grand nombre de travailleurs canadiens, notamment dans les professions de cols blancs.

Au 8 mars — quelques jours après le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran —, 9777 Canadiens avaient signalé leur présence au Qatar auprès d’Affaires mondiales Canada et 30 632 l’avaient fait aux Émirats arabes unis.

Mark Carney a cherché à attirer les investissements des Émirats arabes unis dans l'extraction des minéraux critiques, le secteur de l’énergie, les ports et l’IA. Il s’est abstenu de critiquer le pays face aux allégations généralisées selon lesquelles il alimenterait un génocide au Soudan.

Lors d'une visite à Abou Dhabi en novembre dernier, M. Carney a mentionné que les Émirats arabes unis s'étaient engagés à investir des dizaines de milliards de dollars au Canada, bien qu'aucun engagement officiel ni calendrier n'ait été présenté.

D'après M. Juneau, le pays a investi massivement dans l’intelligence artificielle et s’est lancé dans une offensive verte en vue d’accueillir une conférence des Nations unies sur le changement climatique en 2023.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne

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