Le Canada et la Turquie étudient la possibilité d'une collaboration dans le nucléaire

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a formellement exprimé l'intérêt du Canada à s'associer avec la Turquie dans le secteur de l'énergie nucléaire vendredi, à l'issue d'une rencontre avec son homologue turc, à Ottawa.
Mme Anand et le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, se sont rencontrés en amont du sommet de l'OTAN, que la Turquie accueillera le mois prochain à Ankara. Ils ont discuté des relations économiques entre les deux pays, alors que le Canada s'efforce d'étendre ses relations commerciales au-delà des États-Unis.
Elle et M. Fidan ont visité ensemble la centrale nucléaire de Darlington, en Ontario, jeudi, a-t-elle dit en conférence de presse, à Ottawa.
Elle a indiqué avoir remis aux ministres turcs des Affaires étrangères et de l'Énergie une lettre exprimant la volonté du Canada de coopérer avec la Turquie dans le domaine de l'énergie nucléaire, provenant du ministre de l'Énergie canadien, Tim Hodgson.
«Le Canada est un leader mondial en matière de technologie nucléaire et nous voyons d’importantes occasions de collaboration pour faire progresser non seulement la sécurité énergétique, mais aussi la croissance économique et le développement des énergies propres», a-t-elle affirmé.
Mme Anand a indiqué que le Canada avait présenté aux responsables turcs les réacteurs canadiens fonctionnant à l'eau lourde et à l’uranium naturel, appelés CANDU. Elle a précisé que les discussions n'étaient encore qu’à leurs «débuts».
«La visite à Darlington fait suite à une conversation que M. le ministre Fidan et moi-même avons eue au cours des derniers mois», a dit Mme Anand aux journalistes.
«La Turquie s’intéresse à la technologie des petits réacteurs modulaires. Elle s’intéresse au secteur nucléaire. Le Canada est un leader dans ces domaines. Nous mettrons toujours à profit nos forces dans nos échanges avec nos homologues internationaux, et le nucléaire est l'une d'entre elles. Il s’agit d’un dialogue qui vient de s’engager et nous sommes très enthousiastes.»
Mise en branle de la nouvelle stratégie nucléaire du Canada
Le gouvernement fédéral a dévoilé sa stratégie nucléaire la semaine dernière.
Ce plan vise à vendre davantage de réacteurs CANDU à travers le monde, avec l'objectif d'«introduire la technologie dans au moins quatre nouveaux marchés internationaux d’ici 2040».
Il vise également à développer des relations dans «six à dix nouveaux marchés nucléaires émergents sur un horizon de quinze ans, renforçant la position du Canada comme partenaire de choix».
Cet effort de vente de réacteurs CANDU à de nouveaux marchés représente une tentative du Canada de s'imposer comme un partenaire fiable dans l'exportation d'uranium, et d'utiliser l'énergie nucléaire comme levier géopolitique.
M. Fidan a affirmé que, bien que son pays «se concentre avant tout sur les énergies vertes», telles que les barrages hydroélectriques, cela ne suffira pas à répondre aux besoins énergétiques du pays.
«L’énergie nucléaire est une ressource dont nous avons besoin», a déclaré M. Fidan par l’intermédiaire d’un interprète, ajoutant qu’il avait également rencontré des responsables d’Ontario Power Generation, propriétaire de la centrale de Darlington.
«Ma visite à Darlington hier m’a donné l’occasion de découvrir la technologie particulière utilisée au Canada, a-t-il dit. Et bien sûr, un des aspects qui a retenu notre attention est le fait que ce réacteur fonctionne sans uranium enrichi.»
La Turquie est un allié militaire du Canada en vertu de son adhésion à l'OTAN, et M. Fidan a reflété la position du gouvernement canadien, selon laquelle l'Europe devait compléter l'alliance militaire, plutôt que de dédoubler le travail de l'OTAN.
Le premier ministre Mark Carney a cherché à renforcer ses relations avec de nombreux pays autres que les États-Unis. Mme Anand s'est rendue à Ankara en mars, où elle a expliqué que la relation entre le Canada et la Turquie s'articulait autour de quatre piliers: les exportations énergétiques, les possibilités économiques et le commerce, la défense et la sécurité, ainsi que les liens entre les peuples.
Au cours de cette visite, M. Fidan a dit en turc que les relations avec le Canada devaient être élevées «à un niveau stratégique» afin de servir les intérêts mutuels et la paix mondiale.
Mme Anand a dit à La Presse Canadienne en mars que les deux pays étaient en train de définir la nature de leurs relations.
«La nomenclature ultimement utilisée pour décrire cette relation fait partie de ce dont nous discutons, mais il est sans équivoque que nous partageons la vision d'une relation bilatérale évoluée.»
Le profil en ligne de la Turquie publié par Affaires mondiales Canada la qualifie de «marché émergent présentant un grand intérêt pour le Canada», ouvrant des possibilités aux entreprises canadiennes dans des secteurs tels que l’agriculture, les sciences de la vie, l’exploitation minière et les infrastructures.
La Turquie a aidé Ottawa à évacuer les Canadiens lors de plusieurs crises au Moyen-Orient. Le pays a également contribué à rapatrier les activistes détenus par Israël pour avoir tenté d'apporter de l'aide par flottilles aux Palestiniens de Gaza.
La relation bilatérale a connu des tensions, notamment en raison de l’importante diaspora arménienne au Canada.
Le Canada soutient depuis longtemps que la Turquie a commis un génocide contre les Arméniens il y a un siècle, une affirmation qu’Ankara a nié à maintes reprises.
La vente d'armes à la Turquie a également été suspendue par Ottawa il y a sept ans – qui a resserré les règlements deux ans plus tard, avant de les abandonner – à la suite d'allégations selon lesquelles la Turquie détournait des composantes militaires canadiennes vers l'Azerbaïdjan afin de les utiliser contre l'Arménie et les résidents d'origine arménienne.
La Turquie a critiqué le Canada pour avoir accordé le statut de réfugié à des dissidents politiques qu’Ankara considère comme des insurgés. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la Turquie figure parmi les pays qui emprisonnent le plus de journalistes en vertu de ses codes pénal et antiterroriste.
Dylan Robertson et Nick Murray, La Presse Canadienne