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La vérificatrice trouve des lacunes dans la formation des camionneurs en Ontario

durée 12h13
12 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — L'Ontario ne contrôle pas efficacement les programmes de formation et d'octroi de permis des conducteurs de camions commerciaux, ce qui entraîne la présence de nombreux conducteurs non qualifiés sur les routes, a constaté la vérificatrice générale de la province dans un rapport spécial publié mardi.

Shelley Spence a déclaré que son bureau avait révélé que des établissements d'enseignement professionnel avaient rogné sur les heures de formation et les compétences requises, et constaté un manque de surveillance de la part de deux ministères provinciaux.

La vérificatrice a formulé 13 recommandations à l'intention de la province, qui les a toutes acceptées.

Les chauffeurs de camions commerciaux représentent une part disproportionnée des décès sur les routes de l'Ontario, un problème particulièrement grave dans le nord de la province.

Le bureau de la vérificatrice a envoyé plusieurs personnes infiltrées en tant qu'élèves conducteurs dans six établissements de formation pendant six mois l'année dernière.

L'enquête a permis de constater «que deux collèges privés d'enseignement professionnel avaient offert respectivement 59,5 heures et 81 heures de formation, alors que le nombre minimum requis est de 103,5 heures», a écrit Mme Spence.

«Notamment, deux des étudiants n'avaient pas reçu d'enseignement à propos de certains aspects importants de la conduite de camions, comme les virages à gauche aux intersections principales, le stationnement en marche arrière et les arrêts d'urgence», a-t-elle précisé.

Mme Spence a noté qu’entre 2019 et 2024, le ministère des Collèges et des Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité a constaté que «trois collèges privés d’enseignement professionnel inscrits avaient falsifié ou modifié les dossiers de formation d'étudiants, que quatre collèges n'avaient pas de dossiers démontrant qu'une partie ou la totalité de leurs étudiants avaient suivi les composantes obligatoires de la FCD (formation des conducteurs débutants), et que trois collèges n'avaient pas fourni d'enseignement portant sur toutes les composantes requises».

La vérificatrice générale a également relevé que le régime d’inspection du ministère présentait des lacunes et qu’en mars 2025, 54 des 216 collèges privés d’enseignement professionnel inscrits proposant une formation de base à la conduite de camions commerciaux «n’avaient jamais fait l’objet d’une inspection».

Elle a constaté que le ministère ne disposait d’aucun processus pour partager régulièrement les informations d’inspection avec le ministère des Transports, qui est chargé de faire respecter le code de la route, ce qui entrave les mesures coercitives potentielles.

Aucun des deux ministères ne surveillait les résultats de la formation des conducteurs de camions commerciaux, tels que «les taux de réussite ou d’échec aux examens sur route, les taux d’infractions au volant après l’obtention d'un permis ou les taux de collision», indique le rapport.

Mme Spence a également constaté que les examens de conduite des camionneurs n'évaluaient pas toutes les manœuvres sur autoroute à vitesse plus élevée.

Plusieurs députés néo-démocrates ont récemment effectué un voyage en voiture de Toronto à la frontière du Manitoba, puis sont revenus par les autoroutes 17 et 11 afin de mettre en évidence les dangers sur la route, particulièrement en hiver.

Ils ont cité les lacunes en matière de formation et d’octroi de permis comme l’une des principales causes des problèmes sur les routes du Nord, ainsi que les lacunes en matière d’infrastructures, notamment le manque d’autoroutes à voies séparées et de voies de dépassement.

Problèmes semblables au Québec

Le 30 mars dernier, des audiences publiques du coroner ont débuté au Québec dans le cadre d'une enquête sur des décès impliquant des camions lourds survenus en 2025.

Cette enquête publique avait été demandée par le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, dans la foulée de plusieurs accidents mortels impliquant des camions lourds survenus sur les routes du Québec.

Ces accidents ont eux aussi mis en lumière le phénomène des chauffeurs au rabais. Ces chauffeurs, souvent de nouveaux arrivants qui accepteraient de travailler pour des salaires beaucoup plus bas que ceux de l’industrie, ne sont pas des employés, mais des travailleurs incorporés.

Au moment de l'annonce du déclenchement de l'enquête, le coroner en chef du Québec, Reno Bernier, avait reconnu en entrevue avec La Presse Canadienne que «les gens se questionnent notamment sur la formation des travailleurs, sur leur encadrement, sur les conditions d'exercice du métier de camionneur».

Selon les données de la Société de l'assurance automobile du Québec, en 2024, 100 des 379 décès qui se sont produits sur les routes sont survenus à la suite d’accidents impliquant un véhicule lourd. Il s'agissait d'une augmentation de 35,1 %.

— Avec des informations de Mathieu Paquette, La Presse Canadienne

Liam Casey, La Presse Canadienne

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