La série «Rivalité passionnée» mousse la popularité de Montréal et de ses bagels

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La populaire série «Rivalité passionnée» («Heated Rivalry») contribue à attirer les regards vers Montréal. Pendant que l'une de ses boulangeries emblématiques a connu un bond important de ses ventes, sur les réseaux sociaux, plusieurs font part de leur désir de visiter la métropole du Québec en raison de cette fiction.
Dans les premiers instants du cinquième épisode, Rose Landry, personnage incarné par l'actrice québécoise Sophie Nélisse, apparaît vêtue d'un t-shirt à l'effigie de St-Viateur Bagel.
Cette scène qui dure moins d'une minute a eu des répercussions positives sur l'institution montréalaise qui produit ses célèbres bagels depuis 1957. Les commandes en ligne ont «explosé» au cours des semaines suivant la sortie de cet épisode, le 12 décembre dernier, relate le directeur marketing de l'entreprise, Benjamin Choquette.
«Les ventes de marchandises, surtout le t-shirt avec le logo, ont presque triplé», affirme-t-il en entrevue. Les commandes de bagels, dans une moindre mesure, ont aussi augmenté, précise-t-il.
Les ventes se sont principalement concentrées au Québec et en Ontario. Une demande pour le t-shirt a aussi été constatée dans d'autres provinces, comme en Colombie-Britannique et en Saskatchewan.
L'institution montréalaise a expédié quelques colis en Europe. Et un certain boom a été observé du côté des États-Unis, où la série a également connu un grand succès.
La succursale de l'avenue Mont-Royal, où M. Choquette travaille, est passé d’une centaine de commandes à environ 200 à 300 durant les deux semaines après la sortie de l'épisode.
Le directeur marketing note que bien des clients en boutique ne limitent plus leurs achats aux bagels.
«Puisqu'on affiche le logo avec les t-shirts dans toutes nos boutiques, ils le reconnaissent tout de suite et ils nous disent l'avoir vu dans la série. Ils repartent donc avec un souvenir de plus», relate M. Choquette.
L'engouement pour son article promotionnel a pris par surprise l'équipe de St-Viateur Bagel. L'entreprise savait que la production de «Rivalité passionnée» utiliserait son fameux t-shirt. La boulangerie était toutefois loin de se douter qu'il bénéficierait d'une telle mise en valeur.
«C'est vraiment une scène où il n'y a personne d'autre à l'écran, sauf l'actrice avec notre logo. Ça nous a pris un peu de court», affirme M. Choquette.
«À voir les ventes en ligne, c'est là qu'on a réalisé que, même dans nos boutiques, on va avoir aussi plus de circulation parce que nos commandes en ligne rentraient vraiment vite», ajoute-t-il.
Le gestionnaire commence à remarquer un retour à la normale des ventes de marchandises. Au moment de l'entrevue mercredi, la direction de St-Viateur disait espérer la visite de Sophie Nélisse pour conclure «ce chapitre».
Des effets sur l'industrie touristique?
Tourisme Montréal observe également un intérêt des adeptes de la série romantique gaie pour la métropole québécoise.
«Pour l'instant, on voit qu'il y a un engouement visible sur les réseaux sociaux. Il y a une multiplication des vidéos de personnes qui affirment vouloir venir à Montréal à la suite de la série», expose la porte-parole de l'organisme, Aurélie de Blois.
«Certains même se filment déjà à Montréal et affirment clairement y être grâce à la série. Ce sont des signaux qui sont révélateurs», poursuit-elle.
Bien que la série ait été tournée en Ontario, une partie de l'histoire entre Shane Hollander et Ilya Rozanov, deux joueurs de hockey rivaux devenus amants, se déroule à Montréal. Ils sont les capitaines respectifs des équipes fictives, les Métros de Montréal et les Raiders de Boston.
L'oeuvre télévisée du réalisateur et scénariste montréalais Jacob Tierney ne montre qu'une seule image réelle de la ville. Le quatrième épisode présente, pendant quelques secondes, une vue des airs du parc Jean-Drapeau et de la Biosphère.
Même si Montréal n'est pas son personnage principal, comme peut l'être la capitale française dans «Emily à Paris», la série canadienne de la plateforme Crave contribue à renforcer l'image de la ville, estime Mme de Blois.
«Rivalité passionnée» dépeint Montréal «comme étant une ville vibrante, intense et inclusive». Certaines scènes reflètent bien l'ambiance urbaine de la ville, note Mme de Blois.
«Heated Rivalry ne va pas faire remplir des avions à elle seule vers Montréal, mais elle contribue clairement à nourrir l'imaginaire autour de Montréal», nuance-t-elle, ajoutant que l'impact touristique de la série se mesurera dans le temps.
L'ADN de Montréal
Le professeur en marketing Marc-Antoine Vachon, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l'Université du Québec à Montréal, abonde dans le même sens.
La série parvient à faire résonner l'ADN de Montréal. Ce qui peut expliquer l'engouement pour la ville sans l'avoir vue réellement, avance-t-il.
«On parle d'un sport centenaire pour lequel on est très passionné, et ça, personne ne peut le nier. (...) C'est aussi une célébration de l'amour dans toute sa diversité. Et sur ce point, on a été audacieux à Montréal. On n'est pas juste dans le discours. On a fait des choses au niveau légal pour affirmer notre ouverture», soutient M. Vachon.
«On n'a pas besoin de voir des édifices, des paysages. Ça va dans la trame territoriale, dans le récit de qui on est. (...) C'est réaliste et c'est ce qu'on appelle en tourisme, l'authenticité. C'est tellement dans l'ADN de Montréal qu'on y croit, et c'est ce qui fait un récit authentique», affirme-t-il.
À savoir si l'industrie touristique montréalaise devrait surfer sur cet engouement créé par la série, M. Vachon recommande d'y aller de manière «élégante» et «délicate».
«Il ne faut pas tomber dans la récupération commerciale. À ce moment-là, on tue un peu le concept d'authenticité, fait-il valoir. Les gens qui veulent venir voir les éléments phares de la série ne sont pas censés être déçus.»
Selon lui, «Montréal peut parler beaucoup d'elle-même» et compte sur plusieurs attraits.
Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne