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La sensation de froid est maintenant mieux comprise

durée 09h59
2 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Des chercheurs américains ont illustré pour la toute première fois le mécanisme qui permet au cerveau de ressentir le froid, une découverte qui pourrait avoir des répercussions médicales, notamment en matière de soulagement de la douleur.

Grâce à la cryomicroscopie électronique — une technique qui permet d'observer des protéines congelées instantanément à l'aide d'un faisceau d'électrons —, les chercheurs de l'université Duke ont capturé plusieurs clichés du capteur TRPM8 au moment où celui-ci passe de l'état fermé à l'état ouvert.

C'est cette transition qui permet au cerveau de détecter le froid, mais cela explique aussi pourquoi et comment des substances comme le menthol ou l'eucalyptus produisent leur sensation rafraîchissante bien connue.

«Les patients nous disent beaucoup qu'ils utilisent le menthol ou l'eucalyptus (...) pour différents types de douleurs, a expliqué la cheffe du service de douleur chronique au CHU de Québec-Université Laval, la docteure Anne Marie Pinard. Finalement, ça a probablement un fondement scientifique plus important qu'on le pense et qui n'a probablement pas été beaucoup étudié.»

Le TRPM8 appartient à une famille de capteurs qui a été identifiée il y a quelques années, une découverte qui avait été saluée par un prix Nobel de médecine.

Le TRPM8, a-t-on expliqué par voie de communiqué, est présent dans les membranes des neurones sensoriels qui innervent la peau, la cavité buccale et les yeux. Il réagit aux températures froides — comprises approximativement entre 8°C et 28°C — en s'ouvrant et en laissant les ions pénétrer dans la cellule, ce qui déclenche l'envoi d'un signal nerveux au cerveau.

Les chercheurs ont constaté que le froid et le menthol activent le capteur de manière différente, mais que l'effet sur le cerveau est essentiellement le même. Quand on combine le froid et le menthol, «la réponse est renforcée de manière synergique», a-t-on dit.

Cette découverte a quelques implications médicales. Ainsi, lorsqu'il ne fonctionne pas correctement, le TRPM8 a été associé à des troubles tels que la douleur chronique, les migraines, la sécheresse oculaire et certains cancers.

«Ça a quand même des propriétés intéressantes qui pourraient nous permettre de mieux comprendre certains mécanismes de douleur, qui pourraient peut-être permettre aussi de développer d'autres substances ou des médicaments», a dit la docteure Pinard.

Par exemple, a-t-elle dit, il semblerait que si on ajoute le froid au menthol pour des conditions plus musculo-squelettiques comme l'arthrose, «peut-être qu'on aurait un effet augmenté (...) et ça confirme ce que les gens font depuis longtemps».

Et c'est loin d'être tout, poursuit la docteure Pinard. Des études animales ont ainsi démontré que le naloxone, l'antagoniste des opioïdes, bloque la sensation rafraîchissante du menthol.

«Donc, peut-être que l'étude du menthol pourrait nous aider à mieux comprendre comment les opioïdes produisent l'analgésie, parce que c'est quelque chose qu'on ne comprend pas complètement, mais aussi comment certains effets secondaires peuvent survenir», a-t-elle expliqué.

Puisque de fortes concentrations de menthol peuvent provoquer une hypersensibilité au froid, a ajouté la docteure Pinard, «ça ressemble un peu à ce qui se passe avec les opioïdes, donc peut-être qu'avec l'effet du menthol, on pourrait arriver à mieux comprendre les effets secondaires (des opioïdes) et à mieux les traiter».

Les conclusions de cette étude ont été dévoilées lors de la récente 70e assemblée annuelle de la Biophysical Society des États-Unis, en Californie.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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