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La salubrité du cannabis vendu commercialement n'est pas assurée, dit une étude

durée 10h59
23 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Le cannabis vendu commercialement pourrait toujours contenir des champignons toxiques et des résidus, et ce, même s'il a été irradié en respect avec les pratiques courantes du milieu, préviennent des chercheurs de l'Université McGill.

Si la découverte est probablement sans conséquences graves pour la plupart des utilisateurs, il n'en va pas nécessairement de même pour ceux qui consomment du cannabis à des fins médicales et dont le système immunitaire est possiblement fragilisé, a dit le professeur Saji George, du département des sciences des aliments et d’agrochimie de McGill.

«Pour les personnes qui en prennent pour des raisons médicales, en particulier celles qui suivent une chimiothérapie, par exemple, ou celles qui ont une réponse immunitaire affaiblie en raison d'un traitement ou d'une maladie, cela peut poser un problème majeur», a-t-il prévenu.

L’irradiation gamma est la méthode de stérilisation couramment utilisée dans la production de cannabis thérapeutique et récréatif. Les chercheurs ont donc examiné des échantillons de bourgeons de cannabis séchés qui n'avaient pas été irradiés; des échantillons irradiés provenant directement d’un producteur autorisé; et des échantillons prêts à la consommation provenant d’un détaillant autorisé.

Certains de leurs échantillons avaient été obtenus auprès de la Société québécoise du cannabis.

Le professeur George et sa collègue Mamta Rani ont constaté que l'irradiation gamma n’élimine pas complètement les champignons toxiques ni leurs résidus chimiques. Ils ont ensuite découvert que les méthodes d’analyse de pointe d’emploi courant dans la production de cannabis ne permettent pas de détecter les spores vivantes.

En réalisant des tests complémentaires, l’équipe a identifié des spores qui pourraient échapper à la spectrométrie de masse et aux tests ELISA qui permettent de quantifier les mycotoxines.

«Selon les normes industrielles, (l'échantillon) peut passer le contrôle de qualité, a dit le professeur George. Mais ce que nous montrons, à l'aide d'instruments avancés, c'est qu'il n'est pas complètement stérile. Ces éléments sont toujours présents dans l'échantillon, même s'ils sont peut-être au-delà de la limite de détection des normes industrielles.»

Il n'est pas ici question de négligence, a souligné le professeur George: les producteurs et les détaillants respectent la réglementation et les normes en vigueur, mais il semblerait que celles-ci soient insuffisantes pour assurer la protection des consommateurs plus vulnérables.

Même si les producteurs et les détaillants «soumettent leurs produits à un processus de stérilisation rigoureux», a-t-il ajouté, «certains peuvent encore passer à travers les mailles du filet et arriver sur le marché, alors qu'ils ne sont pas vraiment stériles».

Ces substances peuvent être tolérées si elles passent par le système digestif, a expliqué le professeur George, mais si on les fume, elles peuvent «très facilement coloniser les poumons et devenir mortelles».

«Fumer est donc très dangereux pour les personnes immunodéprimées, ce qui constitue une préoccupation majeure, a-t-il dit. Ce n'est pas vraiment bon non plus pour les gens en santé, mais nous partons du principe que vous ne constaterez peut-être pas d'effet immédiat chez eux, comme chez une personne immunodéprimée.»

Les consommateurs qui pensent que le fait de fumer le cannabis détruit les substances potentiellement nocives se trompent, a rappelé le chercheur.

«(Ces substances) ne seront pas complètement détruites ou éliminées, a-t-il dit. Elles continueront à pénétrer dans notre système pulmonaire. Il existe des preuves épidémiologiques médicales de personnes qui ont été exposées à ces spores fongiques et aux mycotoxines.»

Les travailleurs de l'industrie du cannabis pourraient aussi y être exposés, même s'ils n'en consomment pas directement, a ajouté le professeur George.

On ne retrouve dans la littérature scientifique que quelques cas d'utilisateurs de cannabis rendus malades par des spores, a-t-il dit, mais le sujet n'a jamais vraiment été étudié en détail. Il se pourrait donc que le phénomène passe tout simplement sous le radar.

Les bourgeons de cannabis contiennent des résines collantes qui favorisent grandement la contamination, a rappelé Mme Rani par voie de communiqué. Comme les champignons sont omniprésents, «nous devons resserrer la vigilance à toutes les étapes, de la culture à l’entreposage, en passant par la récolte et la transformation», a-t-elle dit.

Dans l'immédiat, a dit le professeur George, on devrait appliquer des règles de qualité différentes au cannabis récréatif et au cannabis médical, afin de protéger les consommateurs vulnérables.

Les chercheurs examinent par ailleurs diverses solutions avec des partenaires de l’industrie, comme le recours à de bonnes bactéries qui empêcheraient les champignons nuisibles de coloniser les cultures.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal scientifique Toxins.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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