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La loupe de Santé Canada pourrait combattre les maladies cardiovasculaires

durée 06h00
25 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La nouvelle loupe nutritionnelle exigée par Santé Canada sur l’emballage des aliments avec une teneur excessive en sel, en sucre ou en gras saturé pourrait réduire l'incidence de maladies cardiovasculaires en aidant les consommateurs à faire des choix plus sains, ont constaté des chercheurs de l'Université Laval.

Concrètement, chaque réduction de 10 % des aliments affichant cette loupe réduirait de 20 % le risque de maladies cardiovasculaires.

«S'il y a dix produits qui portent la loupe dans le panier d'épicerie, puis qu'on en remplace un ou qu'on en enlève un, tout simplement, ça veut dire qu'on en enlève 10 %», a dit le responsable de l’étude, Jean-Philippe Drouin-Chartier, qui est professeur à la faculté de pharmacie de l’Université Laval et chercheur affilié au centre NUTRISS de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels.

«Et à long terme, ce changement-là, selon notre étude, est associé à un risque plus faible de maladie cardiovasculaire.»

Le but de la loupe, a-t-il ajouté, «c'est que les consommateurs soient sensibilisés au contenu en gras saturés, en sucre et en sodium des aliments emballés, pour éclairer les choix par la suite».

Mais la loupe veut aussi inciter les entreprises alimentaires à améliorer leurs produits, a dit le chercheur, «puisque ce n'est pas nécessairement souhaitable d'avoir la loupe sur son emballage».

«Et on voit déjà que la valeur nutritive de certains aliments a bougé, a dit le professeur Drouin-Chartier. Les compagnies vont baisser à la limite du seuil, lorsque possible, la teneur en gras saturés, en sucre ou en sodium.»

Puisque ce symbole est obligatoire seulement depuis le mois de janvier, ses collègues et lui ont procédé à une simulation informatique pour mesurer l'impact qu'il pourrait potentiellement avoir.

Les scientifiques ont analysé les données et l'alimentation de 2123 Québécois de la cohorte CARTaGENE ayant un problème de cholestérol ou de pression artérielle, à savoir une population qui doit d'emblée apporter une attention particulière aux risques cardiovasculaires.

Parmi les 285 aliments considérés en 2011, 139 étaient ultratransformés et 99 porteraient aujourd’hui la loupe nutritionnelle: 57 % étaient trop salés, 42 % trop gras et 30 % trop sucrés. Les résultats suggèrent qu’une réduction de 10 % faisait une différence, peu importe le niveau de consommation de départ.

Et ce n'est pas tout. L'équipe a aussi constaté qu'une combinaison de médication et de changements à l'alimentation procurait une protection optimale, puisqu'il s'agit d'approches «complémentaires».

Là où la médication cible une seule chose, a rappelé le professeur Drouin-Chartier, diminuer la consommation d’aliments avec la loupe risque d’améliorer le cholestérol, la pression artérielle et la glycémie, qui sont tous des facteurs de risque de maladies cardiovasculaires.

«On démontre que diminuer la consommation d'aliments avec la loupe et prendre ses médicaments, ça va s'additionner sur la réduction du risque de maladie cardiovasculaire, a dit le chercheur. Prendre les médicaments ne remplace pas des changements nutritionnels, mais l'alimentation et la médication vont travailler ensemble pour réduire le risque de maladie cardiovasculaire, et donc la loupe est un outil simple qui peut guider les choix.»

Et même si l'étude a porté sur des individus présentant des problèmes de santé, on peut supposer que les résultats se transposent «à la population générale», a-t-il dit.

Au-delà des aliments avec la loupe nutritionnelle, l’étude s’est intéressée plus largement aux aliments ultratransformés, contenant des additifs. Une diminution de 10 % de la consommation d’aliments ultratransformés était associée à des bénéfices similaires pour la santé du cœur qu’une diminution équivalente des aliments avec la loupe.

Cela aide à combler une partie des «angles morts» de la loupe, a expliqué le professeur Drouin-Chartier. Il cite en exemple les boissons gazeuses qui échappent au symbole parce qu'elles ont remplacé le sucre par des édulcorants.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par The American Journal of Clinical Nutrition.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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