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La loi de l'Ontario sur la revente contrarie les détenteurs d'abonnement de saison

durée 06h49
5 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — La nouvelle loi de l'Ontario qui plafonne le prix de revente des billets à leur valeur nominale cause des maux de tête aux détenteurs d'abonnements de saison.

Cette loi, qui est entrée en vigueur en avril, interdit de revendre un billet plus cher que sa valeur initiale, plus certaines taxes et certains frais de service.

Avec cette mesure, il devient plus difficile pour les détenteurs d'abonnements de saison de couvrir une partie de leurs frais en vendant des billets pour les matchs auxquels ils ne peuvent pas assister.

Ryan Van Horne est abonné aux matchs des Raptors de Toronto depuis 12 ans, mais, pour la première fois, il envisage de mettre fin à cette tradition.

«Ce n’était pas une activité lucrative, mais le seuil de rentabilité n’a plus aucun sens pour moi», a-t-il souligné en entrevue.

Jusqu’à récemment, les détenteurs d'abonnements de saison pouvaient revendre leurs billets à un prix lié à la demande.

Si certains ont transformé cette flexibilité en véritable activité commerciale, tirant profit de leur capacité à proposer des sièges pour les matchs les plus prisés, beaucoup affirment s’être abonnés uniquement par amour du sport.

Ils soutiennent ne revendre leurs billets qu’en raison du calendrier très chargé et du coût exorbitant des sièges.

«Que ce soit par manque de temps, d’argent, ou les deux, ils ne peuvent pas se permettre d’assister à tous ces matchs», a expliqué Paul Beirne, un consultant en économie du sport qui a occupé des postes de direction chez Maple Leaf Sports and Entertainment (MLSE).

Les saisons de baseball, par exemple, comptent désormais plus de 160 matchs; il est donc compréhensible que le spectateur lambda ne puisse pas assister aux quelque 80 parties disputées à domicile.

D'autres ont acheté leurs abonnements il y a des années, mais le prix a tellement augmenté que la seule façon pour eux de continuer à se les offrir est de revendre leurs billets pour une partie des matchs.

Le gouvernement s'explique

Certains billets se vendent en dessous de leur valeur nominale. D'autres, proposés à un prix supérieur au prix d’origine, permettent de compenser les frais de service liés à la revente et de couvrir une partie de l'abonnement de saison.

Le nouveau plafond obligera les abonnés de saison à céder leurs billets à un prix ne dépassant pas la valeur nominale ou à envisager des ventes plus risquées et non protégées sur les réseaux sociaux.

Interrogée sur cette situation, une porte-parole du ministre de la Prestation des services publics et aux entreprises de l’Ontario, Stephen Crawford, a souligné dans un courriel que la province rendait «plus facile et plus abordable pour les familles d’assister à des concerts, des événements culturels et des matchs de sport».

Giulia Paikin a également précisé que la nouvelle législation s’applique «de manière égale» à toutes les plateformes de revente. La province mène une consultation publique sur cette politique jusqu’au 10 mai.

«Un peu frustrant»

Sho Kalache, qui est abonnée de saison du Tempo de Toronto, une équipe féminine de basketball, a subi les conséquences de cette nouvelle loi presque immédiatement.

Lorsqu’une amie lui a proposé d’utiliser sa loge pour un match et que des obligations professionnelles sont venues entrer en conflit avec d’autres matchs, elle a mis ses places en vente pour certaines parties.

Or, ses annonces ont été retirées quelques jours avant le match inaugural de l’équipe, lorsque la plateforme sur laquelle elle les avait mises en vente a mis à jour ses systèmes pour entrer en conformité avec la nouvelle législation.

«Je n’essayais pas de gagner de l’argent. Je voulais juste rentrer dans mes frais pour les matchs auxquels je ne peux pas assister», a expliqué Mme Kalache.

Elle se retrouve donc à offrir ses billets par l’intermédiaire de l’agence immobilière de sa femme, mais cette solution ne lui convient pas, car elle prend du temps et elle ne peut pas garantir que les billets iront à des partisans de l'équipe.

«C’est un peu frustrant, parce que ce n’est plus aussi facile de se débarrasser de ses billets», a affirmé Mme Kalache.

En quête de solutions

De nombreuses ligues et plateformes cherchent encore comment permettre aux détenteurs d'abonnements de saison de mettre leurs billets en vente tout en respectant la nouvelle loi.

MLSE, qui est propriétaire des Raptors, des Maple Leafs, du Toronto FC et des Blue Jays, a dit la semaine dernière être en train de travailler avec le gouvernement ontarien. L'entreprise s'est engagée à fournir plus de détails prochainement.

Selon M. Beirne, la nouvelle loi est une «mesure brutale» qui «pénalisera un comportement normal».

«Ils choisissent de facturer plus cher certains matchs et moins cher d’autres, parce que c’est la nature même du système. Certains matchs sont plus attractifs que d’autres», a-t-il mentionné.

«Mais si l’on plafonne tout au même niveau, on risque de rendre les abonnements de saison moins flexibles, moins attractifs, ce qui, en fin de compte, nuit aux équipes et aux partisans.»

Tara Deschamps, La Presse Canadienne

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