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La juge du procès Stronach s'inquiète de la tournure prise par l'interrogatoire

durée 18h13
26 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — Le procès pour agression sexuelle du milliardaire Frank Stronach a été brusquement ajourné jeudi après que la juge eut exprimé des inquiétudes quant au bien-être de l'une des plaignantes et à la possibilité que son comportement à la barre puisse nuire à l'équité du procès.

La juge Anne Molloy de la Cour supérieure de l'Ontario a suspendu l'audience plus d'une heure avant la fin, déclarant qu'elle ne pouvait plus soumettre la plaignante à un contre-interrogatoire, tout en soulignant que l'avocate de la défense, Leora Shemesh, n'avait commis aucune faute.

«Je tiens à préciser que Me Shemesh a fait preuve de mesure, de calme, de professionnalisme et de bienveillance tout au long de l'audience, a déclaré la juge Molloy. Il ne s'agit pas d'une situation où la plaignante a été intimidée ou maltraitée lors du contre-interrogatoire.»

Plus tôt dans la journée, la juge avait averti qu'elle interromprait l'audience si la plaignante continuait d'interrompre les autres et de s'égarer dans de longues digressions en répondant aux questions. Elle a toutefois précisé — et les avocats ont acquiescé — que la plaignante ne semblait pas agir intentionnellement.

Néanmoins, le contre-interrogatoire s'était transformé en une véritable joute verbale, ce qui inquiétait de plus en plus la juge, qui craignait que la défense ne puisse pas exercer son droit à un contre-interrogatoire constructif, a-t-elle expliqué en l'absence de la plaignante.

«Je comprends qu'elle éprouve des difficultés, a-t-elle ajouté. Cependant, l'accusé a toujours droit à un procès équitable.»

Anne Molloy, une juge chevronnée qui a présidé de nombreuses affaires criminelles très médiatisées, a affirmé n'avoir jamais rencontré une situation semblable au cours de ses multiples décennies de carrière.

Stronach, devenu l'une des personnes les plus riches du Canada après avoir fondé le fabricant de pièces automobiles Magna International, a plaidé non coupable à 12 chefs d'accusation découlant d'incidents présumés remontant aux années 1970. Le procureur a depuis retiré une accusation de séquestration concernant cette plaignante.

Cette femme, la sixième des sept plaignantes appelées à témoigner au procès, a comparu pour la première fois mercredi, relatant l'agression sexuelle qu'elle aurait subie en 1986.

À plusieurs reprises, elle a eu les larmes aux yeux en racontant les événements de cette nuit-là et en décrivant l'impact dévastateur de l'incident sur sa vie, la transformant en une personne recluse, aux prises avec un traumatisme, de l'anxiété et une dépression.

L'émotion a parfois rendu son témoignage inintelligible, et le juge et la Couronne l'ont exhortée à plusieurs reprises à faire des pauses et à respirer profondément pour se calmer.

La juge Molloy a écourté l'audience de quelques minutes lorsque le témoignage de la plaignante est devenu trop confus, faisant remarquer que la journée avait été longue et que la femme avait déclaré avoir peu dormi la nuit précédente.

Les tensions sont montées d'un cran jeudi, au début du contre-interrogatoire. La plaignante interrompait fréquemment la défense, parlait par-dessus elle et lançait parfois des remarques acerbes lorsque le juge Shemesh l'interrogeait sur ses déclarations précédentes à la police et au procureur. Le juge est intervenu à plusieurs reprises pour tenter de l'amener à répondre clairement aux questions et à cesser de couper la parole aux avocats.

Avant la suspension d'audience pour le déjeuner, Me Shemesh a indiqué que les cris étaient devenus si forts qu'elle se sentait obligée de poser chaque question huit ou neuf fois.

«Je pense qu'il est impératif de s'assurer que la plaignante réponde efficacement aux questions qui lui sont posées», a avancé l'avocat de la défense au tribunal, en l'absence de la plaignante.

Anne Molloy a assuré qu'elle ne savait pas quoi faire d'autre.

«C'est extrêmement difficile pour elle aussi», a déclaré la juge.

«C'est un spectacle auquel je ne peux me résoudre à participer. Je crie sur cette femme — et je n'ai pas le choix, car elle n'arrête pas.»

La Presse Canadienne

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