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La guerre commerciale et les relations avec l'UE au cœur de la reprise des travaux

La guerre commerciale et les relations avec l'UE au cœur de la reprise des travaux
Photo: La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le Parlement reprendra ses travaux lundi après une pause de trois mois, avec au cœur des préoccupations la guerre commerciale avec les États-Unis et la décision de Mark Carney de rapprocher le Canada de l’Union européenne (UE).

L'opinion publique soutient l'approche du premier ministre sur ces deux dossiers, mais les libéraux pourraient se montrer vulnérables sur la question du pouvoir d'achat, estime Daniel Béland, professeur de sciences politiques à l’Université McGill.

«Mark Carney bénéficie globalement d’un fort soutien pour son action sur la scène internationale, mais les libéraux devraient veiller à ne laisser aucune ouverture aux conservateurs pour les attaquer sur la situation économique et le coût de la vie», affirme M. Béland.

Lorsqu’il s’est adressé à son groupe parlementaire vendredi, M. Carney a déclaré que son gouvernement «resterait résolument déterminé à faire baisser le coût de la vie pour les Canadiens», tout en défendant la souveraineté du pays.

M. Carney revient tout juste d’un voyage en Europe, où la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a ouvert la voie à ce que le Canada devienne ce qu’elle a qualifié de premier «membre associé» de l’UE.

Le premier ministre a indiqué que la Chambre des communes aurait l’occasion de débattre et de se prononcer sur toute alliance qui serait proposée.

Ce statut potentiel de membre associé — qui n’existe pas actuellement au sein de l’UE — est la dernière initiative en date du recentrage de M. Carney vers l’Europe, en réaction aux relations avec les États-Unis qui ont conduit à l’interruption des négociations commerciales en août.

M. Carney a suspendu les négociations tout juste avant l'expiration d'un délai fixé par les États-Unis concernant les droits de douane. Il a expliqué que les États-Unis avaient formulé des exigences auxquelles le Canada ne pouvait pas accéder, notamment des restrictions concernant la protection de la langue française et sa capacité à conclure des accords commerciaux avec d’autres pays.

Les relations entre les États-Unis et le Canada se sont encore tendues lorsque le président Donald Trump a dit la semaine dernière que, si le Canada devenait le premier membre associé de l’Union européenne, cela pourrait constituer un «acte hostile».

M. Carney continue de se concentrer sur les questions internationales alors que la Chambre des communes s’apprête à reprendre ses travaux. Dimanche, il a rencontré le président français Emmanuel Macron à Saint-Pierre-et-Miquelon et a reçu le premier ministre norvégien à Ottawa.

Il doit se rendre à New York lundi pour participer à l’Assemblée générale des Nations unies.

S’adressant vendredi à ses députés, M. Carney a déclaré que cette session de la Chambre des communes serait «cruciale».

«Nous allons présenter certains des textes législatifs les plus importants, non seulement de ce gouvernement, mais aussi depuis des décennies», a-t-il affirmé.

Parmi celles-ci figure un projet de loi visant à rationaliser l’examen des projets d’infrastructure, qui s’intitulera la «Loi pour un Canada plus fort».

Le leader du gouvernement à la Chambre, Steven MacKinnon, a indiqué que des textes de loi économiques «très importants» constitueraient la «pièce maîtresse» de la session d’automne, sans toutefois entrer dans les détails.

M. Béland prévient que les modifications que les libéraux prévoient d'apporter au Code du travail pourraient prêter à controverse. Samedi, la ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, a déclaré que les projets de loi à venir contribueraient à réduire le nombre d’interventions du gouvernement fédéral en cas de grève.

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Poilievre critique l'approche de Carney

Les libéraux effectueront leur retour au Parlement avec une faible majorité. On compte également trois nouveaux députés dans les rangs du gouvernement, après que le parti a remporté haut la main trois élections partielles le 31 août.

L’ancien chef de cabinet adjoint de M. Carney, Braeden Caley, s’est imposé dans North Vancouver-Capilano, tandis que Tanveer Shahnawaz a remporté la circonscription de Beaches-East York. Le Parti libéral a également gagné dans la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord, qui était auparavant détenue par le député conservateur Richard Martel, qui a accepté un siège au Sénat cet été.

M. Martel fait partie des nombreux députés conservateurs qui ne feront plus partie de ce groupe parlementaire cet automne. Cathay Wagantall et Larry Brock ont tous deux démissionné, tandis que quatre autres députés, soit Chris d’Entremont, Michael Ma, Matt Jeneroux et Marilyn Gladu, ont changé de camp, passant des conservateurs aux libéraux.

Le chef conservateur Pierre Poilievre a dit à ses députés lors d’une réunion du groupe parlementaire à Penticton, en Colombie-Britannique, que les Canadiens connaissaient des difficultés financières, et a accusé M. Carney de «négocier en secret» avec l’UE.

«Bien que nous soutenions le libre-échange et la poursuite de la coopération au sein de l’OTAN avec nos alliés européens, les conservateurs s’opposent à l’imposition de taxes de l’UE, à l’application de lois de l’UE et aux règles de l’UE en matière d’ouverture des frontières pour l’immigration au Canada», a-t-il affirmé.

Les conservateurs font également leur retour à Ottawa après un été marqué par des querelles internes publiques concernant l’orientation du parti, ce qui a conduit certains stratèges à remettre publiquement en question le contrôle exercé par M. Poilievre sur son groupe parlementaire et la discipline au sein des rangs conservateurs.

M. Béland croit qu’il est difficile pour les conservateurs de marquer des points contre M. Carney alors que celui-ci est en déplacement et tient tête à l’administration Trump.

Dans un contexte de guerre commerciale et de tensions internationales, «les gens ont tendance à se rallier massivement derrière leur dirigeant, en l’occurrence le premier ministre, alors je pense que les conservateurs sont en difficulté en ce moment», avance-t-il.

Le NPD affaibli

Le NPD a lui aussi perdu un siège, après la démission en août du député québécois de longue date Alexandre Boulerice. Ce départ fait suite à la défection de la députée du Nunavut Lori Idlout, qui a rejoint les libéraux plus tôt cette année.

Les néo-démocrates tenteront de se faire entendre avec seulement cinq députés au Parlement — un chiffre qui n’inclut pas leur chef, Avi Lewis. Ce dernier a déclaré qu’il ne se précipiterait pas pour se présenter à la Chambre des communes et qu’il voulait plutôt aller à la rencontre des militants et reconstruire le parti.

M. Béland juge que la position affaiblie du NPD permet plus facilement à M. Carney de proposer des idées, comme la prise en charge par des investisseurs privés de l’exploitation des quatre plus grands aéroports du Canada. Il souligne que M. Carney a fait évoluer les libéraux davantage vers le centre droit de l’échiquier politique.

«Cette situation serait normalement l’occasion pour le NPD de se mettre en valeur», soutient-il. Mais si la faiblesse du NPD donne aux libéraux une plus grande marge de manœuvre, le gouvernement devrait veiller à ne pas céder à l’excès de confiance et à ne pas adopter de mesures auxquelles les Canadiens s’opposent, selon M. Béland.

«Ils tentent de mettre de l’avant certaines propositions qui pourraient leur retomber dessus à un moment donné», avertit-il.

Anja Karadeglija, La Presse Canadienne