La guerre commerciale avec le Canada devient un enjeu électoral aux États-Unis

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Par La Presse Canadienne, 2026
WASHINGTON — Alors que les États-Unis se préparent à des élections de mi-mandat décisives en novembre prochain, un nouvel enjeu inattendu occupe l’esprit des électeurs dans de nombreux États: l’escalade de la guerre commerciale entre le président Donald Trump et le Canada.
«Le Canada est notre ami, notre plus proche allié et notre premier partenaire commercial», a déclaré la sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, à Politico, dans une entrevue publiée la semaine dernière.
«Ce n’est pas de la Chine que nous parlons. Ce n’est pas un pays hostile. Et… nos économies sont tellement liées que si vous essayez de nuire à l’une, vous finissez par nuire au Maine.»
Mme Collins est depuis longtemps une figure politique influente dans son État frontalier, mais les politiques impopulaires de Donald Trump — notamment sa campagne de droits de douane contre le Canada — ont mis son siège en péril.
Le Canada est le premier partenaire commercial du Maine et de nombreuses industries clés de l’État, comme celles des produits de la mer et du bois d’œuvre, sont étroitement liées aux secteurs canadiens. Mme Collins a reconnu que les droits de douane imposés au Canada étaient «terribles pour le Maine» et rendaient sa réélection beaucoup plus difficile.
Si le siège de Mme Collins dans le Maine est peut-être le plus menacé, il n’est pas le seul à être ébranlé par les attaques de M. Trump contre le Canada, alors que les républicains cherchent à conserver le pouvoir au Congrès.
Matthew Lebo, professeur de sciences politiques à l’Université Western de London, en Ontario, a expliqué que les tendances historiques à long terme montrent que, en général, les élections de mi-mandat sont souvent défavorables au parti du président au pouvoir.
De nombreux observateurs politiques prédisent depuis un certain temps que la Chambre des représentants basculera du côté des démocrates, mais le Sénat pourrait désormais également être en jeu, a ajouté M. Lebo.
«Certains des États clés qui sont devenus des États indécis sont ceux qui entretiennent des relations commerciales très étroites avec le Canada», a indiqué M. Lebo, citant l’Alaska, l’Iowa, le Maine, le Michigan et l’Ohio.
«Il y a des candidats républicains qui sont confrontés à des politiques commerciales défavorables au Canada, qui compliquent les exportations vers ce pays et rendent certaines importations très coûteuses pour les habitants de ces États.»
Contre-mesures dans des États clés
Les relations entre le Canada et les États-Unis ont été bouleversées par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Du jour au lendemain, le Canada s’est retrouvé la cible de droits de douane et de menaces d’annexion de la part d’un président qui le considère davantage comme un adversaire que comme un allié proche.
Alors que les Canadiens ont suivi de très près ces bouleversements, de nombreux Américains n’ont pas pris conscience de la détérioration de ces relations. Cela a changé le mois dernier, lorsque les tensions se sont intensifiées après l’échec des négociations commerciales entre les deux pays.
Donald Trump a ensuite imposé des droits de douane de 50 % sur toute une série de produits canadiens, allant des bâtons de hockey au ciment en passant par le miel. Il a également intensifié sa rhétorique anticanadienne et signé un décret visant à rebaptiser le lac Ontario «Lake America».
Le Canada s'apprête à mettre en œuvre ses contre-mesures mardi. Bon nombre d’entre eux visent des secteurs clés dans des États où la course aux élections de mi-mandat s’annonce serrée.
Les deux pays se sont mutuellement accusés d’avoir apporté des modifications de dernière minute aux négociations. L’équipe de M. Trump s’est exprimée sur les chaînes d’information américaines pour tenter de rejeter la responsabilité sur Ottawa et d’accuser le premier ministre Mark Carney d’avoir fait échouer un accord pour des raisons de politique intérieure.
M. Carney, réfutant ces allégations, a déclaré la semaine dernière qu’il ne pensait pas que «les membres du gouvernement américain, nommés et non élus, soient des experts en politique canadienne».
Il est difficile de savoir si les arguments de l’administration Trump concernant la guerre commerciale fonctionnent. Tant les droits de douane que la décision de renommer le lac Ontario s’avèrent très impopulaires auprès des Américains.
Un sondage Ipsos/Reuters publié la semaine dernière indiquait que deux Américains sur trois désapprouvaient le changement de nom du lac. Il révélait également que seuls 20 % des Américains étaient favorables à une hausse des droits de douane à l’encontre du Canada.
Une source non autorisée à s’exprimer publiquement a fait savoir que des républicains issus d’États frontaliers avaient approché le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, lors d’un événement à la Maison-Blanche le 2 septembre. Ils ont demandé au responsable des affaires commerciales de Donald Trump de trouver une issue à la guerre commerciale, car celle-ci devenait politiquement toxique, a précisé la source.
Une opportunité pour les démocrates
Les démocrates n’ont pas tardé à exploiter les faiblesses mises en évidence par la guerre commerciale avec le Canada. Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, a déclaré la semaine dernière que «cette guerre de vanité n’est pas une guerre contre le Canada.»
«C’est une guerre contre le Michigan, car c’est nous qui en payons le prix, a-t-il ajouté. Et nous le payons chaque jour pour des produits qui ne devraient pas coûter aussi cher.»
M. Lebo a mentionné que certains candidats républicains tentaient déjà de prendre leurs distances de M. Trump et de ses droits de douane imposés au Canada.
Alors que la gouverneure démocrate de New York, Kathy Hochul, n'a pas mâché ses mots pour critiquer la guerre commerciale avec le Canada, son adversaire soutenu par M. Trump, Bruce Blakeman, s'est montré plus évasif.
«Je ne vais pas m’exprimer sur les questions fédérales», a déclaré M. Blakeman, à la fin août, lorsqu’il a été interrogé par Spectrum News au sujet des tensions commerciales.
D’autres républicains en rajoutent une couche. Anthony Constantino, candidat républicain pour un siège à la Chambre des représentants dans l’État de New York, a qualifié le changement de nom du lac Ontario de «génie marketing» et a affirmé que «M. Trump avait fait preuve de force dans les négociations avec le Canada en jouant la carte dont il disposait».
Christopher Sands, directeur du Centre d’études canadiennes de l’université Johns Hopkins, a expliqué que, dans une perspective plus large, l’économie américaine est en pleine mutation, ce qui engendre une grande incertitude à l’approche des élections de novembre.
La guerre avec l’Iran, la hausse des prix de l’essence et les droits de douane ont affecté l’investissement et l’emploi nationaux, à un moment où la question principale du scrutin est le pouvoir d’achat.
M. Sands a ajouté que, même si aucun des deux partis ne peut s’attendre à ce que ça soit un jeu d’enfant en novembre, M. Trump a offert une opportunité aux démocrates en s’en prenant au Canada.
Les démocrates cherchent depuis longtemps un sujet susceptible de rassembler les membres centristes du parti et les factions plus à gauche, comme les Democratic Socialists of America. M. Sands croit que la guerre commerciale avec le Canada pourrait bien remplir ce rôle.
«Ils estiment pouvoir faire valoir qu’il s’agit d’une guerre commerciale absurde, a-t-il expliqué. Je pense que la plupart des Américains ne comprennent même pas pourquoi elle a lieu.»
Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne