La course à la chefferie du Parti libéral du Québec s'amorce lundi

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La course à la chefferie du Parti libéral du Québec (PLQ) s'amorce lundi afin de trouver un successeur à Pablo Rodriguez, qui a démissionné au coeur de la tempête qui a frappé le parti. Pour un expert, le PLQ devra se munir d'un «sauveur».
Charles Milliard, l'ex-dirigeant de la Fédération des chambres de commerce du Québec, a annoncé se lancer dans la mêlée, après avoir terminé deuxième derrière M. Rodriguez lors de la course précédente. L'agriculteur Mario Roy a aussi fait part de son intention d'être candidat pour une deuxième fois.
Les personnes souhaitant briguer la chefferie auront jusqu’au 13 février à 17 h pour signaler leur intérêt. Le nouveau chef libéral sera choisi lors d'un congrès du parti qui se tiendra le 14 mars.
Le PLQ a annoncé la semaine dernière avoir nommé un «responsable de la conformité et de l’éthique» afin de s'assurer notamment du respect de la Loi électorale en matière de financement dans le cadre de sa nouvelle course à la chefferie.
«Le Parti libéral a véritablement besoin d'un sauveur et ils ne sont pas nombreux, ces sauveurs-là», a soulevé Alain-G. Gagnon, professeur titulaire au département de sciences politiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
Marc André Bodet, professeur titulaire au département de science politique de l’Université Laval, a déclaré que la course sera «très rapide» ainsi qu'avec des moyens plus limités. Elle sera de cette façon différente de la précédente.
Le PLQ a été meurtri par des semaines de crise lors de la session parlementaire de l'automne. M. Rodriguez a finalement démissionné le 18 décembre, peu après que «Le Journal de Montréal» a allégué qu'une vingtaine de donateurs se seraient fait rembourser leurs contributions de 500 $ lors d'une soirée de financement, une pratique illégale en vertu de la Loi électorale.
En novembre, le média avait également publié des textos suggérant que des sommes d'argent, des «brownies», auraient été versées pour inciter à voter pour Pablo Rodriguez lors de la course à la chefferie libérale.
Mercredi dernier, «La Presse» rapportait que M. Milliard récoltait l'appui de 200 jeunes libéraux.
Le professeur Gagnon a souligné que d'autres noms de candidats potentiels circulent, comme celui de l'ancien président-directeur général de Via Rail Canada, Yves Desjardins-Siciliano, et de l'ancien président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier.
L'ex-président du Conseil du patronat, Karl Blackburn, a déjà annoncé qu'il ne serait pas sur les rangs.
Une pente difficile à remonter
Alors que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a déclenché une «enquête criminelle» sur le PLQ, le nouveau chef du parti devra tenter d'éloigner la formation politique des scandales de corruption.
«Le fait de recruter soit Milliard, soit Cormier, soit Desjardins-Siciliano, ce sont des gens qui sont quand même à une distance critique par rapport à ce qui s'est fait au Parti libéral et ça leur donnerait une crédibilité, je pense, pour mettre de l'avant des mesures pour protéger le parti contre de telles situations», a indiqué M. Gagnon.
Le professeur Bodet a aussi indiqué que l'image de marque du PLQ, dans son histoire récente, a été entachée par des allusions ou des confirmations de situations irrégulières, ce qui représente une difficulté pour le parti en vue de la prochaine campagne électorale provinciale, l'automne prochain.
«Mais ce qu'on sait dans les travaux les plus récents en sciences politiques, c'est que les idées, ou du moins les perceptions qu'ont les gens des partis politiques, changent de plus en plus rapidement parce qu'il y a beaucoup moins d'attachement partisan, il y a beaucoup moins d'idéologie dans le vote des électeurs et des électrices québécois et québécoises. Donc, en ce sens-là, les chances sont peut-être meilleures maintenant qu'il y a 20 ans», a-t-il nuancé.
«Disons que la côte à remonter va être très difficile, surtout que Charles Millard était là dans cette course précédente», a ajouté M. Bodet.
Selon lui, le parti tentera de ne pas aborder ce sujet épineux pour se concentrer sur l'économie. «Le Parti libéral tente de redevenir le parti de l'économie, donc de se baser sur une de ses anciennes forces auprès de l’électorat», a-t-il affirmé.
Mobiliser les membres
Le professeur Gagnon a également souligné que le PLQ devra faire sa place en dehors des circonscriptions qui lui sont assurées, notamment dans l'ouest de Montréal.
«La venue de quelqu'un comme Charles Millard permettrait d'aller recruter au sein même de la Fédération des chambres de commerce, peut-être des chefs de file en région. Je pense que ça, ça pourrait permettre au Parti libéral d'élargir son front et sa présence dans chacune des régions du Québec», a indiqué M. Gagnon.
M. Bodet a fait valoir qu'une autre difficulté pour le PLQ réside dans le fait que les organisateurs et les membres du PLQ et du Parti libéral du Canada sont «un peu les mêmes». Avec les élections fédérales en 2025, M. Bodet a dit que ces gens ont déjà été «très sollicités».
«Ça va être difficile de mobiliser tous ces gens-là, à la fois pour une course au leadership, mais aussi pour une élection à l'automne prochain, surtout si, au fédéral, le gouvernement ne réussit pas à survivre très longtemps puisqu'il est en situation minoritaire, là ça serait compliqué pour le Parti libéral du Québec», a expliqué M. Bodet.
- Avec des informations de Vicky Fragasso-Marquis
Coralie Laplante, La Presse Canadienne