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La conservation des sites naturels en terres privées rapporte 700 M$ par an au Québec

durée 14h55
3 septembre 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les politiciens et la population perçoivent souvent la conservation des milieux naturels comme une dépense environnementale, mais un rapport publié jeudi démontre que les milieux naturels protégés en terres privées génèrent près de 700 millions $ par année en services rendus aux collectivités du Québec.

Les milieux naturels conservés «sont des actifs indispensables au fonctionnement de l’économie», a fait valoir François Delorme, de la firme Delorme Lajoie Consultation, lors d'une conférence de presse jeudi.

«Notre étude montre que la conservation contribue à la fois à l’économie d’aujourd’hui et au capital naturel dont dépend notre prospérité future», a indiqué l’économiste.

Le rapport de la firme qu’il a cofondée a été commandé par huit organisations membres du Regroupement des organismes de conservation du Québec (ROCQ) et conclut notamment que «la valeur économique des services écosystémiques devrait être intégrée davantage dans la prise de décision» des décideurs publics.

Près de 700 M$ par année en services rendus aux Québécois

Il y a au Québec 85 285 hectares de milieux naturels protégés par les organismes membres du ROCQ. Cette superficie correspond aux milieux protégés sur des terres qui n’appartiennent pas à l’État et qui sont principalement situées au sud de la province.

L’ensemble des services écosystémiques de ces 85 285 hectares sont évalués à 678,3 millions $ par année.

Ces services incluent, par exemple, la filtration de l’air par la végétation, la réduction de l’érosion grâce aux arbres et à leurs racines, la diminution des risques d’inondations et le traitement des polluants par les milieux humides, ou encore la capture du carbone par la végétation.

La somme de 678,3 millions $ par année «reste une valeur qui est vraiment plancher, une valeur très conservatrice parce qu'il y a beaucoup de choses qu'on n'a pas été en mesure de quantifier», a indiqué Camille Lajoie, cofondatrice de Delorme Lajoie Consultation.

Elle a donné l’exemple de «la pollinisation, un service écosystémique qui est crucial au bien-être des Québécois et des Québécoises et à la survie de notre secteur agricole», mais qui est difficilement quantifiable.

Un hectare de milieu humide: 8940,31 $ par année

Parmi les services qui sont inclus dans le rapport, on note, par exemple, que la valeur médiane annuelle d'un hectare de milieu humide situé en périmètre urbain au Québec est estimée à 8940,31 $ par année.

Cette valeur se décompose selon les différents services rendus.

Ainsi, en prévention des inondations, un hectare de milieu humide a une valeur de 4290 $ par année, mais en traitement de polluants, ce même hectare a une valeur de 1930 $ par année.

«Il faut s'attarder sur le fait que le capital naturel, donc tous les hectares qui sont protégés, par exemple par les organismes du ROCQ, est ainsi irremplaçable. Du moment qu'on détruit un milieu naturel, il n'y a aucune façon de revenir en arrière. On est alors sur un chemin de non-retour et on ne peut pas, avec aucune infrastructure humaine, remettre en place les services écosystémiques qui vont avoir été retirés», a expliqué Camille Lajoie lors de la conférence de presse jeudi.

Valeur ajoutée de plus de 48 M$

Les activités de conservation au Québec représentent 640 emplois et génèrent une valeur ajoutée de plus de 48 millions $, selon le rapport.

Les auteurs font valoir que chaque dollar créé par les activités de conservation génère 0,92 $ de valeur ajoutée dans le reste de l’économie.

La valeur actualisée des services rendus serait «d'au moins 70 fois supérieure au coût d’acquisition moyen» d'une terre vouée à être protégée.

«À l'échelle locale aujourd'hui, on voit que» la valeur économique de la conservation de la nature « commence à être intégrée dans les réflexions et dans les prises de décision parce qu'il y a une compréhension des apports de la conservation et des milieux naturels à l'économie locale», a indiqué Brice Caillé, directeur général du ROCQ.

Toutefois, il semble que pour les politiciens et les décideurs «au niveau provincial ou fédéral, c’est encore trop abstrait».

Le rapport souligne que les activités de conservation reposent principalement sur les ressources humaines et les services professionnels locaux, comme les notaires, les arpenteurs ou les biologistes, ce qui limite le recours à des équipements ou biens importés.

Par conséquent, 78,7 % de l'ensemble des dépenses d'exploitation de ce secteur reste au Québec.

Méthodologie

Pour estimer la valeur monétaire des services écosystémiques, les auteurs soutiennent avoir réalisé une analyse spatiale par Système d'information géographique (SIG) pour découper le territoire selon le type d'écosystème.

Les auteurs n’ont pas réalisé des études de terrain spécifiques pour chaque site étudié, mais ont plutôt consulté la littérature scientifique afin de trouver des évaluations économiques antérieures «menées dans des contextes écologiques et géographiques comparables».

Nature-Action Québec, Héritage Saint-Bernard, Corridor Appalachien, Canards Illimités Canada, Conservation de la nature Canada, le Regroupement des organismes de conservation du Québec, la Fondation de la biodiversité et de la faune du Québec ainsi que l’Alliance canadienne des organismes de conservation sont à l’origine du mandat qui a mené à la publication de l'étude.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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