La C.-B. permettra la coupe de bois malgré l'avis défavorable de ses propres experts

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Par La Presse Canadienne, 2026
VICTORIA — Le gouvernement de la Colombie-Britannique a fait fi de l'avis d'un de ses propres ministères pour ne pas interdire l'exploitation forestière dans une zone où vit le caribou des montagnes du Sud, une espèce menacée.
L'interdiction était recommandée par le ministère de l'Eau, des Terres et des Ressources de la province, mais le ministère des Forêts l'a rejetée.
Cette information figure dans une note de service datée de juillet 2025 émanant du ministère de la Gestion des ressources, obtenue par un groupe de résidents après que l'exploitation forestière dans cette zone eut commencé.
La note indique qu'une harde d'environ 200 caribous dépendait des forêts pour se nourrir, élever ses petits et se protéger contre les prédateurs, mais le ministère des Forêts a quand même donné une autorisation à la compagnie West Fraser Timber pour exploiter la zone.
Les auteurs de la note mettaient en doute les données de l'entreprise.
«West Fraser a déclaré qu’il y aurait au total 200 [hectares] de nouvelle exploitation pour les quatre [permis de coupe]; cependant, la superficie des trois parcelles pour lesquelles nous avons reçu des informations s’élevait à 329,9 [hectares]», précisent-ils.
En tenant compte des différentes zones tampons, la superficie totale perturbée pourrait atteindre 815,2 hectares.
Mike James, dont la famille possède un chalet près du lac Quesnel, dit ne pas comprendre pourquoi le gouvernement de la Colombie-Britannique a ignoré ses propres biologistes pour autoriser l'exploitation forestière.
«Ça me laisse sans voix, s'exclame-t-il. Comment est-ce possible ? C'est le renard qui protège le poulailler.»
M. James demande l'arrêt de toute exploitation forestière dans la région afin de favoriser le rétablissement du caribou menacé.
Le groupe environnementaliste Wilderness Committee affirme que des photos satellites prises ce mois-ci montrent que la coupe de bois avait commencé dans ce secteur.
Il accuse le gouvernement de la Colombie-Britannique, et plus particulièrement le ministère des Forêts, de donner la priorité à l'industrie.
«À l’heure actuelle, le ministère des Forêts agit avec ce que l’on peut qualifier d’impunité totale en matière de protection des espèces en péril et de protection de la forêt dans la province, lance Lucero Gonzales, une militante du groupe. Il n’y a aucune autre explication au fait qu’ils aient décidé d’ignorer non seulement l’avis d’un autre ministère, mais aussi leur propre responsabilité de protéger les espèces menacées répertoriées dans la Loi sur les espèces en péril. »
Le ministère des Forêts a déclaré dans un communiqué qu’il tenait compte de nombreux facteurs lorsqu’il s’agissait de délivrer un permis d’abattage ou de construction de route.
Parmi ceux-ci figurent la sécurité publique, la gestion et la conservation des ressources forestières, ainsi que les avis d’experts tels que les spécialistes du rétablissement du caribou, a-t-il précisé.
«Le ministère peut refuser de délivrer un permis d’abattage ou de construction de route s’il estime que les répercussions sur les valeurs susmentionnées sont inacceptables», peut-on lire dans le communiqué.
L'aire de répartition du caribou s'étend principalement dans l'est de la Colombie-Britannique, du centre-nord de la province vers le sud, avec quelques poches dans l'ouest de la province et le long de la frontière américaine.
Mais des décennies d’exploitation forestière ont détruit leur habitat, réduisant leur population totale à moins de 1400 individus répartis en 18 hardes, selon les chiffres du gouvernement datant de 2023.
Le caribou des montagnes du Sud a été classé comme espèce menacée en 2003 en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada.
Wolfgang Depner, La Presse Canadienne